Bec. Poét., Vers écrits à l'Ermitage
LES SOlf S. »»
et là dans ma mémoire comme des notes éparses d'un air oublié 1 . J> Avec ces notes éparses, Lamartine fait un couplet. Il ajoute de son fonds des mélodies originales qui s'adaptent harmonieusement à ces commencements d'hymnes. On dirait une broderie qui recouvre un (in tissu presque invisible. Ailleurs ces notes éparses donnent l'éveil à un poème musical qui sommeillait dans un coin de l'imagination : car il faut toujours à Lamartine un appel. Tantôt il vient du dehors, des choses mêmes, par le ravissement du regard ou l'enchantement de l'oreille ; tantôt il est amené par un brusque sursaut de la mémoire ; alors se déploie le lent déroulement des chansons intérieures. Le génie n'est pas seulement le sens créateur de la vie qui dégage la poésie des choses ; il est aussi cette puissance évocatrice d'images ou de chants retentissants.
Voilà pourquoi les imitations du poète, d'ailleurs inconscientes, se présentent souvent comme des souvenirs de chansons. Ce n'est pas l'idée ou le sentiment qui est répété ; c'est le rythme qui est reproduit, entraînant les mêmes rimes, sinon les mêmes images :