Kueff, édit., t. I, 1892, t. II
sa personnalité, on peut dire que la doctrine de Tunité immuable de la Personne a fait son temps. M. Pierre Janet, notamment, nous a donné des modifications de la Personnalité par Tidée fixe, par a rétrécissement du champ de la conscience », une conception si précise, si forte, établie sur des observations si frappantes et sur des expériences si ingénieuses, qu'elle entraîne irrésistiblement la conviction. Les toutes modernes découvertes en anatomie cérébrale lui donnent encore plus de poids. Aujourd'hui nous pouvons nous représenter objectivement et visuellement, pour ainsi dire, le rétrécissement du champ de la conscience, à savoir, un groupe de cellules accaparant à lui seul l'énergie de l'ensemble, et tout le reste de Técorce insensible, inactif, les cellules ratatinées, les collatérales rétractées, comme dans le sommeil ^
C'est là, sans doute, un mode fort important des modifications morbides de la personne humaine, mais ce n'est pas le seul. Nous en savons un autre, peut-être plus fréquent, et dont l'intérêt n'est pas moindre. Je veux parler des changements profonds,
1. Voir, à ce propos, R. Lépine, Sur un cas d'hystérie de forme particulière, in Revue de Médecine^ 10 août 1894, n* 8, p. 2^1 7, Voir aussi Ch. Pupin, Le neurone et les hypothèses hisiologiques sur son mode de fonctionnement; théorie du sommeil. Thèse de Paris, 1896.
des révolutions d'âme qui provoquent en nous les oscillations d'ensemble de notre activité nerveuse, dans le sens de la dépression ou le sens de l'excitation. Ce sont là proprement les passions et les émotions de rhomme.
Jusqu'ici nou6 avons surtout fait de la géographie, cérébrale : intéressons-nous à présent à l'histoire de ces pays de l'âme, à leurs variations vitales, à leur torpeur, à leurs convulsions. Voilà longtemps que Descartes, que Spinoza, que Malebranche ont génialement entrevu ce que viennent d'apprendre d'une façon plus positive les travaux de l'Américain William James S ceux du Danois Lange ', ceux de Georges Dumas *, et mes recherches personnelles sur la tristesse, la paresse, la colère et leur traitement ^.
A l'heure actuelle, voici comment on est conduit à envisager le mécanisme de l'émotion triste, par exemple : « Si nous perdons quelqu'un que nous aimons, l'accablement profond où nous voilà plongés n'est pas la conséquence de notre chagrin mais sa cause L'affreux spectacle de la mort, ou l'annoncé de la nouvelle fatale, par nos yeux ou par nos