‹ Läme du criminelChapitre 27 sur 39 · LE GRIME, LE REMORDS ET L*IDB£ DE JUSTICE · texte numérisé non relu

LE GRIME, LE REMORDS ET L*IDB£ DE JUSTICE

Pour mettre sous nos yeux un commode schéma, admettons et prenons à la lettre la symbolique légende de Gain et d*Abel; assistons à Tun des premiers combats singuliers qui se soient livrés sur la terre.

En ce temps-là, le système nerveux de Thomme, infiniment moins compliqué qu'il ne Test aujourd'hui, plein d'images rudimentaires et vide d'idées générales, procédait par réflexes simples. Si mon lecteur veut bien se reporter à ce que nous avons appris ensemble de l'anatomîe cérébrale, il concevra ce cerveau de l'homme primitif, comme dénué de neurones d'association et simplement muni de neurones de projection le reliant au monde extérieur par la Yoie sensitive et par la voie motrice.

Or, voici la querelle entre les deux frères. Frappé par le bras de Gain, Abel frappe à son tour, rend ce qu'il a reçu, transforme la sensation en action correspondante. Gaïn réplique. Il est plus vigoureux, plus bestial, plus prompt. Son poing brutal réduit Abel à l'impouvoir, et voilà le plus faible avec un bras cassé, sans riposte possible. Il a perçu, pourtant, le rude heurt du frère; c'est une véhémente vibration nerveuse venue à son cerveau, et qui ne peut pas s'évader, devenir un acte pareil, se transformer en accomplissement comme toute sensation a coutume de faire chez un être impulsif et simple. Le réflexe demeure comme en suspens,

inachevé, le désir est inassouvi, l'équilibre est rompu. Et celte angoisse du mouvement paralysé, de la vengeance annihilée, ce a tu n'iras pas plus loin » survenant tout à coup, alors que Têtre entier se ruait à Faction, cette vibration sur place d'une sensation qui ne s'écoule pas, c'est l'aube d'une idée générale, d'une idée d'injustice, laquelle a précédé, je crois bien, l'idée de justice. Celle-ci n'est venue que plus tard, quand, par exemple, un être faible et près d'être vaincu a vu son adversaire dévoré par un fauve, écrasé par quelque rocher, foudroyé parle feu du ciel ; alors son mouvement naturel a été de tomber à genoux, de se courber pour adorer une Force inconnue. Bien imprécise encore, pour celuilà, l'idée de justice s'est incarnée dans quiconque venait le tirer de l'esclavage, de la mort imminente, et rétablissait l'équilibre, en secourant son impuissance. Beaucoup plus tard, lorsque les hommes ont dûment possédé, quand la propriété a commencé à s'organiser, quand la vie sociale s'est constituée, l'idée de justice s'est généralisée; on l'a positivement formulée, enseignée, et elle s'est ancrée dans les esprits. Ne faites jamais à autrui ce que vous ne voudriez pas qu'on vous fît à vous-même, c'est l'humble axiome primordial, né de l'expérience, puis promulgué par les religions et les lois^ qui peu à peu a pénétré le cœur des hommes et a fini par y pousser des racines profondes. Alors seulement a pu naître le sentiment intime du mérite et du démé-

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