‹ Lamennais à La ChênaieChapitre 14 sur 42 · NEUVIÈME ENTRETIEN · texte numérisé non relu

NEUVIÈME ENTRETIEN

L AMOUR gi;m;ral oi'I'OSk a l amour individuel. —

ORDRES RELIGIEUX FONDÉS l'OUR LE DÉVELOPPEMENT DE l'amour général. — LES TROIS VŒUX d'oBÉIS- SANCE, DE PAUVRETÉ, DE CHASTETÉ OPPOSÉS A LA Tlill'LE CONCUPISCENCE

Toutce que nous avons diljusqu'ici se (rapporte) aux deux principes qui constituent riuimanité, savoir : l'amour supérieur qui est la loi de Tordre universel, et l'amour inférieur ou la loi des membres (Saint Paul) [1], destructive de l'ordre universel.

Tous les peuples ont connu ces deux principes et y attachent les mêmes idées d'ordre et de désordre.

(1) Video aliion legem in membris mois, repuijtiantem legi mentis mea' et caplivanlcm me in lege peccati, q me est in tnembris meis. Ilom., vu, 23.)

LAfOTRR 73

Les Indous avaient fait un dieu de l'amour individuel (Çivai 1 et l'appelaient le destructeur des formes.

L'état de grâce est la prédominance dans Ihomme de l'amour supérieur sur l'amour inférieur : ainsi, la loi chrétienne est l'expression de ce qu'il y a de plus profond, de plus intime 'et en même tempsj de plus élevé dans l'humanité. L'état de grâce se maintient ;)ar la lutte constante de l'âme contre les trois sourc Js de malj que l'Apôtre a nommées orgueil de la oie^ concupiscence des yeux et concupiscence de la chair, à l'aide de l'humilité, de la mortification spirituelle et de la mortification de la chair.

Notre vie terrestre n'est ainsi qu'un long combat qui tend au triomphe de l'amour général sur l'amour individuel. Telle est la condition des fidèles dans l'ordre commun de la vie chrétienne.

Mais Dieu sépare de la foule et range comme par bataillons sacrés des combattants d'élite qui portent au plus haut degré de puissance celte lutte et ce triomphe.

Les ordres religieux ont été institués pour développer l'amour général ou la charité au delà des lin)iles communes et obligatoires , et en répandre, pour ainsi dire, le surcroît dans le monde.

y\insi les uns se consacraient au service des malades, les autres à la rédemption des captifs,

(1) Ce n'est pas le lieu de discuter ici cette assertion.

l\ LAMENNAIS A LA CHKNAli:

quelques-uns se dévouaient à l'étude, au développement de la science, et prenaient pour eux les recherches les plus pénibles de l'esprit humain, charité sublime qui éclairait les hommes.

D'autres enfin, et ceux-là suivaient la vocation la plus élevée, se livraient uniquement à la prière, a prière, aimant mystérieux qui aspire les faveurs divines et répand sur le monde les rosées du ciel.

Les vœux d'obéissance, de pauvreté et de chasteté sont les bases de la vie religieuse. Ces trois vœux sont opposés (aux trois formes de péché) : l'orgueil, (l'avarice et la sensualité). Nous avons vu que tout chrétien est rigoureusement obligé à combattre ces trois principes du mal.

Quelle est donc la différence delà vie du simple) chrétien à la vie religieuse? Toute la différence consiste dans la pratique plus rigoureuse et plus élevée, imposée par les vœux, et la plus grande perfection qui en est le fruit.

La vie religieuse amasse de grands trésors de mérites, parce que les moindres actions, indillérentes et stériles dans la vie commune, sont (ici) sanctifiées et rendues méritoires par l'esprit d'obéissance. La vie religieuse rend facile et aisée l'œuvre du salut, parce que l'àme, accoutumée à se vaincre dans les plus pelilcs choses et comme familiarisée avec l'esprit de sacrifice, se trouve pleine de force et de grâce contre les grands obstacles.

LAPOTIii: /O

L'obéissance est le premier vœu de la vie religieuse, car Tobéissance est la première condition de l'ordre, et la condition indispensable de la vie en commun. Ce principe est si général et reçoit tant d'applications journalières qu'on ne saurait douter desa nécessité.

Mais le vœu d'obéissance repose encore sur d'autres considérations plus hautes et qui sont plus dans l'esprit de la vie religieuse.

Si l'humilité, comme nous lavons vu, n'est qu'une continuelle obéissance à la loi supérieure par la lutte habituelle de l'âme contre la loi inférieure, l'obéissance n'est autre chose qu'un vœu d'humilité. De même que l'orgueil est au fond de tous nos vices, l'humilité doit être au fond de toutes nos vertus. En d'autres termes, l'humilité est l'essence de la vie chrétienne. Or l'humilité et l'obéissance étant une même chose, le vœu d'obéissance est un lien plein de force qui nous attache à la pratique la plus pure du christianisme.

DIXIHME ENTRETIEN

VŒL D UBKlSSAN'Cr:. — LA VRAIE LlBIiHTE AFTlVEi;

SLH l'obéissance. — l'obéissance aux lois

IILMAINES A SES LIMITES, CELLE A LA LOI DE DIEU n'en a I'AS.

L'obéissance est le principe de l'ordre universel et de la conservation du monde. Nous avons vu que la désobéissance à la loi de Dieu avait soumis l'bomme à la mort.

C'est qu'en effet la dissolution et la mort sont, dans tout ordre de clioses, la conséquence nécessaire de la violation de ce principe de vie. Prenons un exemple dans l'ordre le plus simple et le plus étroit, dans la famille. Supposons une famille où viennent à cesser toute subordination entre les époux et des enfants aux parents, la mort de la famille ne serait-elle pas la suite immédiate d'un tel désordre ?

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