‹ Lamennais à La ChênaieChapitre 24 sur 42 · ÉVANGILE SELON SAL.NT MATTHIEU · texte numérisé non relu

ÉVANGILE SELON SAL.NT MATTHIEU

CIIAI'ITRE III Jean-Baptiste

Lorsqu'un grand changement doit s'accompur dans le monde, toujours il y a des voix qui l'annoncent, des précurseurs qui disent : Préparezvous, les temps approchent. Et le signe qu'ils parlent au nom de Celui qui tient en sa main l'avenir, c'est leur mépris des choses présentes, de tout ce que convoitent les sens, de tout ce que poursuit ardemment la foule corrompue.

Que faut-il à ces hommes de fer? Un vêtement de" poils de chameau, une ceinture de cuir, un peu de miel sauvage. Le reste, ils le dédaignent: le reste,

d8-2 Ai'i'ENDicr.?;

ils labandonnent à ceux qui cherchent dans celle vie et dans les jouissances de cette vie le but de la vie même, à ceux qui disent au corps : i< Sois bien, c'est tout; rien que toi et rien après toi. »

Ils ont au-dedans d'eux-mêmes le souffle de Dieu, sa parole, et cette parole est comme un feu qui consume le vieux monde usé, la paille sèche. Ils s'en vont recueillant le bon grain, ceux qui vivent de l'Esprit; ils les marquent au front pour qu'ils se reconnaissent; ils les baptisent, les plongent dans les eaux de la vie nouvelle. Ainsi purifiés, ainsi fortifiés, ils marcheront, sûrs de vaincre, au combat qui doit se livrer entre eux et les enfants du siècle, armés pour défendre ce qu'ils viennent renverser. Si un tombe, dix autres le remplacent.

Ils germent dans les sillons oi^i la mort les a endormis. Hier, qu'étaient-ils? Quelques pauvres insensés dont se riaient les puissants, les sages. Demain, ils couvriront la terre, et, sur la tombe scellée des moqueurs et des oppresseurs, ils chanteront, au milieu des peuples rachetés, le canlique de la délivrance.

ClIAl'ITHb; V

La voie de la perfection

Mleindrc à la perfection de Dieu est impossible à l'homme, mais il doit faire de constants efl'orls

RKl'LKMONS SUR LES KVANGILES IBi'

pour en approcher toujours plus. C'est la voie où, dès l'origine, il fut commandé au genre humain de marcher, voie laborieuse, voie rude, si on regarde aux dinicultés qu'on y trouve à chaque pas; voie consolante et douce à cause des fruits dont elle est semée et dont le dernier sera, sur la terre, avec le développement des biens qui nous y ont été préparés, la paix fraternelle, le règne de la justice et celui de l'amour, d'où la grande unité finale.

Mais l'unité n'étant qu'une plus intime communication des èlres unis, la fusion de la vie de chacun dans la vie de tous, de la vie de tous dans la vie de chacun, nul autre moyen de la réaliser que le détachement de soi dans la mesure qu'implique cette union, le renoncement volontaire à ce qui sépare, isole, et c'est là tout le fondement de la doctrine évangélique.

Elle se résume dans la charité ou dans l'amour universel dont la sphère immense embrasse Dieu et toutes les créatures de Dieu. Mais parmi celles-ci l'homme doit surtout son amour à l'homme, à cause de la communauté de nature et de la perfection plus élevée de cette nature, d'où dérivent de plus hautes fonctions. A ce point de vue tout change.

De l'égoisme individuel sortaient l'orgueil, la cupidité, les convoitises sensuelles, l'envie, la co- Irre, les inimitiés : du sentiment d'une vie commune dont le centre est en Dieu, naissent l'oubli de soi, la douceur, le support mutuel, le calme in-

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térieur, les pures joies de l'espérance qui se mêlent aux pleurs mêmes, et transforment les souffrances terrestres en un gage assuré de la félicité future.

Mais souvenez-vous bien de ceci : plus vous avancerez dans cette voie de Tordre véritable, plus vous vous efforcerez d'y introduire les autres, plus les enfants du siècle, les sujets du roi du passé (l), vous susciteront d'obstacles. Ils vous haïront, ils vous persécuteront, vous traîneront devant leurs tribunaux, vous jetteront au fond des cachots pour étouffer le bien dans son germe, le bien dont vous répandez la semence autour de vous, et perpétuer le mal dont ils sont les minisires.

Affermissez vos cœurs, fortifiez votre courage, pour qu'il ne succombe pas dans cette lutte sacrée. Léguez-la, comme la plus sainte portion de votre héritage, à ceux qui vous suivront. Le repos après le combat, et le combat jusiju'au jour où il sera dit : Dieu a vaincu, son royaume est maintenant établi sur la terre et ses enfants ont une patrie.

CIIAI'ITRE VI

Le royaume de Dieu

Ce n'est pas l'insouciance et l'indolence que le Christ recommande ici; mais il enseigne aux

(1) Le dcmon qui rcj^iiail jusqu'alors s;uis ccul'sle.

KKFLKXIONS SLR LKS EVANGILES 18j

hommes às'afiranchir des appréhensions exagérées qui ont leur source dans une préoccupation dominante des choses matérielles, des besoins du corps.

11 leur apprend à vivre d'une vie plus haute que celle qui leur est commune avec les animaux et les plantes mûmes : car s'ils vivaient de cette vie élevée, la véritable vie des créatures intelligentes et libres, ils auraient peu à s'inquiéter de la vie inférieure^ aux nécessités de laquelle la nature, associée au travail de l'homme, pourvoit comme d'elle-même.

Où serait l'indigence, si chacun cherchait premièrement le royaume de Dieu et la justice, c'està-dire si, docile à la loi de Dieu, aux devoirs qu'elle impose, chacun s'efiorçait avant tout de les accomplir (idrlement?. ..

Donc, Seigneur, que voire royaume advienne : que votre loi devienne la loi du monde régénéré... Qu'il soit la demeure... de frères empressés à se secourir mutuellement ; (jue, plus nombreux de jour en jour, vos enfants s'unissent pour détruire le mal, pour abattre le temple de Satan, et reconstruire le vôtre sur ses ruines !

CH.\PITKE vil Faux prophètes

Faire aux autres ce que nous voudrions qu'ils nous lissent, c'est la loi, la loi de tous les lieux, de

I8r> AIM'ENDICES

tous les temps, la loi de Tavenir comme du jjassé, la loi éternelle. Mais combien ont cette loi sur les lèvres, et non dans le cœuri Combien la proclament en paroles, et la nient par leurs actes! Combien s'en vont disant : Seigneur, Seigneur, et que le Seigneur rejettera, parce qu'à la place des o'uvres, ils ont mis de vains mots, des pratiques mortes, d'hypocrites discours... Jésus leur dira : Je ne vous connais i)oint; passez avec les faux prophètes.

Or, il y a dans le monde plusieurs sortes de faux prophètes : les prophètes de la chair, qui ne parlent qu'au corps, pour lui promettre la jouissance des biens qui! convoite, la pleine satisfaction de ses appétits, insouciants de l'àme...; les prophètes del'Esprit, qui, n'ayant point l'Esprit en eux, tournent ses enseignements au profit de leurs intérêts et de leurs passions personnelles. Gardezvous de ces faux prophètes; ils ne sauraient que vous égarer, que vous conduire à la perdition.

Mais il est souvent diflicile de les discerner des vrais prophètes, de ceux qui ont reçu, pour le répandre, le souille qui vivifie, car ils en all'eclent les dehors, mêlant dans leur langage le mensonge et la vérité, déguisant le mal sous certaines apparence du bien. Jésus-Christ savait qu'ils viendraient bientôt dénaturer ses pures doctrines, corrompre sa loi, et retarder ainsi l'avènement du

royaume de Dieu. C'est pourquoi il a dit : Vous les reconnaîtrez à leurs fruits. Regardez donc aux fruits, et jugez par eux tout le reste.

CUAPIÏRE Mil

Le renoncement

Les enseignements abondent ici : la puissance de la charité qui doit un jour guérir toutes les maladies, toutes les infirmités, toutes les langueurs de l'humanité soutirante, chasser les démons qui s'emparent des hommes et les tourmentent,... les penchants vicieux, les instincts mauvais, les passions sensuelles qui transforment la créature intelligente en un animal immonde, et la conduisent par l'abrutissement à la perdition; la puissance de la foi qui obtient tout et qui opère tout, car le monde appartient à ceux qui croient, et quand elle s'éteint, il ne reste plus que l'inertie et la servitude.

Mais en ces temps où les jieuples attendent le signal du plus grand combat qui jamais se livra sur la terre entre le bien et le mol, où des bruits de guerre grondent sourdement à tous les points (le l'horizon, où chacun sent que bientôt se cho- ({ueront les deux armées qui décideront du sort futur du genre humain, de sa liberté ou de son esclavage, l'armée de Dieu et l'armée de Satan; en

ces temps solennels, ce qu'il faut surtout qu'on sache bien, c'est que pour mériter d'tHre soldat dans l'armée de Dieu, il faut, comme un chef, renoncer à tout, il faut laisser les ynorts ensevelir leurs morls; et ceux-là sont morts qui, plongés uniquement dans les soins de ce qui passe, le souci des choses matérielles, ne savent pas même qu'ils ont une âme à délivrer, et que vivre, c'est combattre, c'est mourir pour accomplir cette srande délivrance.

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