‹ Lamennais, d'après des documents inédits (volume 4)Chapitre 19 sur 35 · UN PETIT FERNEY ». TRIOMPHE DES GALLICANS · texte numérisé non relu

UN PETIT FERNEY ». TRIOMPHE DES GALLICANS

REVANCHE AUSSI DÉCISIVE Qu'lMPRÉVUE.

"VTous demandons au lecteur la permission de ^ ^ revenir un instant sur nos pas. Pendant que ce second volume était sous presse, nous avons eu l'occasion d'étudier, à Ploërmel, les archives considérables des Frères de l'Instruction Chrétienne que le Très-Révérend Frère Cyprien, le digne successeur de M. Jean de Lamennais, a bien voulu mettre à notre disposition : nous le prions d'agréer ici l'hommage de notre vive reconnaissance (^K

(i) Nous profitons de l'occasion pour remercier également les chers Frères Aboi et Lucien de l'empressement qu'ils ont mis à nous aider dans nos recherches. D'antre part, nous n'oublierons point l'accueil si hospitalier, si cordial que nous avons reçu dans cette vénérée maison de Ploërmel où il semble que l'on rencontre, à chaque pas, la sainte et grande ombre de M. Jean de Lamennais.

Or, en fouillant ce trésor inappréciable, nous avons trouvé des documents 'du plus haut intérêt que nous jugeons à propos de publier dès cà présent, bien que cela nous oblige à remanier complètement ce qui reste encore à imprimer de notre manuscrit. Nous pensons que personne ne nous saura mauvais gré^ la cause étant toujours pendante, d'introduire de nouveaux documents, de nature à la faire mieux connaître et à permettre par suite au lecteur, désireux de porter sur Lamennais un jugement aussi éclairé qu'impartial, de ne prononcer son verdict qu'après avoir entendu tous les témoins à charge et à décharge.

La halte que nous venons de foire ne nous aura pas été inutile, si nous avons su en profiter pour retremper notre courage : c'est l'oasis où se repose le voyageur, déjà fotigué par un long chemin, avant de reprendre sa course et de s'enfoncer dans les profondeurs d'un désert aride et brûlant où il ne doit plus rencontrer désormais que tristesse, amertume et désolation.

Lors du dernier voyage de Féli h Rome, M. Jean de Lamennais écrivait de Redon, le 12 Mars 1832,

d'après des documents inédits 119

à M. Ruault, son digne collaborateur de Ploërmcl, une lettre dont nous extrayons ce passage :

— J'ai reçu hier une lettre de mon frère en date du 13 MarsCO; la voici :

« Nous sortons de chez le Pape, qui nous a reçus avec infiniment de bonté, et qui nous a donne à chacun une médaille. Il m'a aussi donné sa bénédiction pour toi et pour tous les enfants qui sont dans tes écoles. Nous avons été présentés par le cardinal de Rohan, qui a eu pour nous toutes sortes de bons procédés. Nos ennemis tenaient fort à ce que nous n'eussions pas d'audience et depuis notre arrivée ils assuraient hautement que nous n'en aurions pas. Elle nous a été accordée de très bonne grâce, sur la demande que nous en avons faite directement au cardinal Bernetti. On a aussi remué ciel et terre pour empêcher que nos doctrines ne fussent examinées : elles le seront néanmoins, nous en avons la certitude. Seulement, il est à croire que cet examen sera

(i) Elle doit être placée avant celle publiée page 22 de ce volume.

long, à cause de la lenteur avec laquelle tout se fait ici et de Timportance de la chose elle-même. « Tu recevras cette lettre un peu tard parce qu'elle voyagera avec Lacordaire, qui part aprèsdemain pour retourner à Paris. Montalembert qui tient à voir l'Italie plus en détail ne partira qu'en Août ou Septembre, et moi, je reste pour suivre notre aiîliire. J'irai loger chez le P. Ventura dont le zèle et l'amitié sont au-dessus de ce qu'on peut dire... (^) »

Je vous prie de communiquer cette lettre à

M. Blanc, qui lui-même la communiquera à

M. le Recteur de Malestroit.

A bientôt...

Tout cl vous, cher ami,

Jean.

Lamennais avait publié sa lettre de soumission à l'Encyclique du 15 Août 1832. L'évêque de Pamiers lui écrivit à ce sujet la Jettre suivante ; il lui avait d'ailleurs lui-même écrit quelque temps auparavant.

(1) Cf. Forgues II, p. 231 et I.1 note i.

D APRl-S DES DOCUMENTS INEDITS 1)1

« Pamiers, 2 octobre 1832.

« Monsieur l'Abbé,

« La lettre honorable que j'ai reçue de vous, souscrite (sic) par les généreux émules de vos glorieux travaux, nie flatte au-dessus de toute expression.

« En m'intéressant, M. l'Abbé, au succès de vos immenses entreprises pour la défense de la foi de nos pères, attaquée de nos jours par toutes les forces réunies de l'enfer, j'ai voulu en quelque sorte satisfaire au cri de ma conscience, en même temps qu'à une partie dd l'infinie reconnaissance que vous devront à jamais les Catholiques de tous les pays.

« Votre déclaration si prompte, si simple, si franche, si respectueuse, publiée d'après le désir présumé, je crois, plutôt que formel, du Chef suprême de l'Eglise, déclaration qui n'est d'ailleurs que l'expression fidèle des sentiments et des principes qui se manifestent à chaque page de vos sublimes écrits, vous élève, M. l'abbé, au jugement de tout être qui sait penser, de toute la

Page 1