SAINT-MÉEN
Bûcheron
Pricaud
La Provostaye
Roussel
Allain
Mermct
Fontaine
Piau
Chavin
Haran
Masson
Doucet
Depuis longtemps, Lamennais comptait sesennemis les plus irréconciliables, moins encore parmi les incrédules et les impies que parmi les Gallicans
(1) Le même, croyons-nous, qui devint archevêque de Port-au-Prince. après avoir été longtemps à Ploërmel l'un des auxiliaires les plus zélés de l'abbé Jean.
(2) Mort évéque de Nantes, neveu du dernier cvêquc de Dol, Tune des victimes de Quiberon.
(3) Les noms compris dans cette seconde liste sont ceux des étudiants de Malestroit détachés au Petit-Séminaire de St-Méen, en qualité de professeurs.
dont il battait en brèche la citadelle avec une y raie fur ia/rancese y ')oimc k une obstination toute bretonne. Ces tenants du vieux Gallicanisme s'efforçaient de ruiner leur formidable adversaire en dénaturant ses paroles et ses écrits. Si Lamennais parlait de l'autorité papale, ils prétendaient qu'il voulait les ramener à l'absolutisme pontifical du Moyen-Age et que, selon lui, les papes avaient le pouvoir de déposer les souverains temporels, quand ils le jugeaient à propos, ou, en d'autres termes, quand bon leur semblait. D'autre part, s'il attribuait aux peuples quelques droits inaliénables et imprescriptibles; s'il prononçait le mot de liberté, ces ennemis plus haineux, peut-être, que loyaux s'étudiaient à démontrer que Lamennais prêchait l'insubordination et la révolte. C'est ainsi que, de toutes façons, ils s'efforçaient de le rendre suspect au pouvoir civil, en attendant de le rendresuspect à l'autorité pontificale elle-même. Ils ne devaient que trop réussir dans cette double tâche qu'ils s'étaient imposée afin de se débarrasser à tout prix de ce fâcheux et fougueux contradicteur. Prudents et cauteleux, ils tablaient.
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s'il nous est permis d'employer ce terme, sur la franchise, pour ainsi dire, outrée de Lamennais qui lui interdisait les acceptions de personnes, afin de le perdre plus sûrement. Encore une fois, leur campagne, habilement menée (Dieu nous garde d'une telle habileté!), eut un plein succès, dans ce sens qu'ils se débarrassèrent, en effet, de leur rival; ils préparèrent et provoquèrent la chute de Lamennais, mais ils ne se délivrèrent pas aussi facilement des doctrines dont il s'était fait l'intrépide champion. Aujourd'hui, le pape est infaillible, en dépit du Gallicanisme; et toujours en dépit de ce dernier, il est admis généralement aujourd'hui, du moins en France, que les peuples ont réellement quelques droits à l'égard de leurs princes et ceux-ci, par suite, quelques devoirs à l'égard de leurs peuples. Lorsque le Gallicanisme tua Lamennais, il avait déjà reçu de sa main le coup dont il devait mourir lui-même.
Nous avons sous les yeux la réfutation d'un ouvrage publié vers 1829 par l'un de ces Gallicans dont nous parlons. On démontre, pièces en mains, que l'auteur, à son insu, peut-être.
s'est complètement mépris sur la pensée de Lamennais auquel il fait dire ce qu'il n'a jamais dit, accumulant erreur sur erreur, et triomphant d'autant plus aisément de son adversaire qu'il refuse de l'écouter ou qu'il l'entend à faux. Nous ne publions point cette réfutation péremptoire, parce que probablement elle le fut dans le temps; mais aussi et surtout par respect pour la mémoire de cet écrivain qui fut sincère dans ses convictions, nous voulons l'admettre, mais qui, en tout cas, racheta par une mort héroïque, sur une barricade de la rue St Antoine, en 1848, ses exagérations de doctrine. Le même sentiment nous fait un devoir de ne point reproduire, intégralement du moins, la lettre qu'écrivit, à ce sujet, M. de Lamennais, le 28 Mai 1829, et qu'il adressait au comte de S{entft) (i). Je me bornerai seulement à citer un fragment. Il nous donne, ce nous semble, une idée exacte de ce qui devait se passer
(l) Elle a d'ailleurs ctc publiée par Forgucs. Si nous lui empruntons ce passage, malgré la loi que nous nous sommes faite de ne publier que des documents inédits, c'est, nous le répétons, à cause de ce que nous appellerons, si on nous le permet, soa importance psychologique.
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alors dans rame du grand écrivain qui, par son génie et Tusage qu*il en avait fait Jusque-là, se croyait le droit de défendre TEglise, sa mère, outragée sous ses yeux.
« Le 28 mai, jour de l'Ascension 1829.
« Quand est-ce que, nous aussi, nous nous élèverons au-dessus de cette terre (comme J.-C.)? Quand nos pieds s'en détacheront-ils et la regarderons-nous d'en haut? Il s'en allait loin de la vallée de larmes, dans la cité de paix, là où la lumière ne tarit point, où ne pénètre aucun des vains bruits de ce monde, où tout est harmonie, vérité, amour; il montait vers son Père, et longtemps après, l'œil de ses disciples le cherchait encore dans l'espace immense. Pauvres exilés, errants dans le désert aride et stérile de la vie, ohl quand nous sera-t-il donné de le suivre et de prendre à jamais possession de la demeure qu'il est allé nous préparer? Qiiis dabit mihi pennas? Volabo et requiescam (i).
(l) Ps. LIV. 7.
« Lorsque je viens à considérer Tétonnant phénomène que nous offre le temps présent, je trouve à peine assez de force en moi-même pour me consoler d'avoir rompu le silence que tant d'autres ont gardé, heureusement pour eux. L'Église était là, seule dans Tarène, livrée aux bêtes et aux gladiateurs. J'ai senti le désir de combattre pour elle, de la défendre selon ma faiblesse. Aussitôt évêques et prêtres accourent pourvoir cela (i). Les poches remplies de pierres, ils s'asseyent, et c'est à qui, de dessus les bancs où ils se reposent à l'aise, lapidera le mieux le mal avise qui a eu l'audace de vs'exposer à la dent des ours et des tigres, sans mission. Ceux-mémes qui l'excusent de cette hardiesse s'irritent, quand ses mouvements ne sont pas à leur gré; ils n'auraient pas fait comme cela et la pierre arrive pour le lui prouver.
« Ne pensez pas au reste qu'en jugeant ma posi-
(1; Nous n'avons pas besoin d'inviter le lecteur à faire la part de l'exaspération. Lamennais se servait volontiers de verres grossissants. Il eut toujours une forte tendance à généraliser et souvent il s'y laissa entraîner. D'ailleurs, n'oublions pas que Lamennais parle ici dans l'inlimité : on clcve parfois la voix, dans sa chambre, par inadvertance, sans songer que l'on peut être entendu du dehors.
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