HUITIÈME ENTRETIEN
« De même que l'orgueil est combattu par l'humilité, la concupiscence a son contraire dans la
fl) ïnitium omnis peccjli est siiperhia. Kccli. x, l5. (2) Philip. II, 7.
mortification. La mortification se partage en deux branches, parallèlement à la concupiscence qui se divise, comme nous Tavonsvu, en concupiscence de Tesprit, et concupiscence de la chair.
« L'exercice de la mortification, relativement à la concupiscence de Tesprit, doit se porter d'abord sur tous les actes de Tintelligence, déclarés coupables par la loi divine. Il doit s'appliquer sans relâche à étouffer toutes ces pensées qui s'élèvent de Tàme comme une vapeur maligne et à épurer rintcUigcnce de toute souillure (formelle). Telle est la loi. Mais est-ce assez que de se renfermer strictement dans le précepte de la loi, de ne s'abstenir que de ce qui est défendu rigoureusement, nous tenant ainsi sur la limite du bien et du mal ? Celui qui s'assoit à deux doigts de l'abîme risque fort d'y tomber, et celui qui s'en tient à la ligne tracée par la loi et marche ainsi à cote du mal, est bien exposé à mettre le pied sur la terre défendue. Cette disposition à laisser aller la pensée jusqu'où elle peut aller sans pécher prouve d'ailleurs que la concupiscence nous possède encore et que ce n'est qu'à regret que nous lui
mettons un frein : disposition manifesteau péché, tendance mauvaise que l'on n'ose pas s'avouer, mais qui ne larde pas à nous faire tomber. Il faut donc aspirer à un second degré de mortification, afin de s'éloigner d'autant plus du danger. Ainsi, l'esprit de mortification, après avoir enchaîné la pensée coupable, ne permettra pas à l'âme de se livrer à celtes, fort innocentes sans doute, qui nous bercent agréablement, mais qui ne portent aucun caractère d'utilité.
« Le Chrétien, sevrant peuàpeusonintelligcnce des jouissances toujours égoïstes au fond, et bornant de plus en plus une curiosité qui part d'un principe désordonné, s'élèvera à la plus haute mortification spiriiuclle, qui sacrifie même les recherches utiles et bonnes, qui n'ont pas Dieu immédiatement pour but, et détachera de plus en plus la pensée de toute distraction humaine pour l'avoir plus constante à Dieu.
a La mortification corporelle doitagirconjoinicmentetde concert avec la mortification spirituelle. Elles ont besoin l'une de l'autre, se partageant l'homme, en quelque sorte, et dominant, l'une
sur rànie, Tautrc sur le corps, et toutes deux harmonisant en Dieu ces deuxparties.de l'homme, la mortification corporelle suivra la marche de la mortification spirituelle et s'élèvera par les mêmes degrés. L'Ecriture nous représente sans cesse la puissance funeste et les effets mortels de la concupiscence de la chair, appelant notre corps un corps de péché et de corruption ( i). L'Eglise, venant au secours de notre faiblesse, a multiplié les jeûnes et les abstinences et nous aide ainsi puissamment à vaincre cet antique et irréconciliable ennemi de l'esprit. Mais ces moriiticaiions spéciales, si sagement distribuées par TEglise, dans le cours de Tannée, doivent être liées entre elles, dans les intervalles qui les séparent, par une série de mortifications moins éclatantes, il est vrai, mais assidues, mais infatigables, rétrécissant de jour en jour le foyer de la concupiscence, éteignant chaque jour une étincelle de ce feu maudit et serrant un nœud autour du corps, à l'exemple des Saints qui le macéraient si durement, et nous souvenant
(l; Iitfclix Sii'i hintt), ^itis m; lihcr.xhit Ac cor porc inortis hiijits ? Rum. vu, -j.i..
D APRKS DES DOCUMENTS INEDITS
toujours des paroles de St Paul : Je châtie mon corps et le réduis en servitude (i). Nous devons mourir; notre premier pas dans la vie est un acheminement vers le tombeau. Qu'avons-nous donc à faire que détacher notre ûme des affections terrestres, que la déprendre insensiblement de ce corps de péché, afin qu'au dernier jour, la séparation, ainsi préparée à la longue, s'opère sans peine et comme naturellement? Voyez comme les Saints mouraient : que de force de renoncement et de mortification î Ils en étaient venus à ce point que pas un fil ne les retenait plus à la terre. Ils partaient comme l'oiseau qui a usé le lien qui le retenait captif. »
(i) Castigo corpus meum,et in servitittem reJigo, I. Cor. ix, 27.