I.AMENNAIS
ses réflexions sur cet article inséré dans ses colonnes a tenu parole (i).
« Il est juste, dit-il, de dire que tous les niem- (y bres de la société de Saint-Pierre ne partagent « point Tesprit et les vues de quelques chefs. Nous « savons que plusieurs curés et autres sont bien « loin de donner dans les exagérations que Vlnva- « riable signale. Quelques-uns ont quitté la so- « ciété, d'autres n'attendent qu'un signe de Tau- « torité pour s'en retirer. Il nous semble aussi que « V Invariable a caractérise un peu sévèrement les « Frères de l'Instruction chrétienne établis par '( M. de Lamennais, en les peignant en général « comme des espions auprès des curés. Nous « croyons que. beaucoup de ces Frères ne s'occu- « pent que de leur œuvre r> (n** 2 171).
« Et dans le n° 2175 :2). « Nous avons inséré " l'article extrait de V Invariable sans garantir tou- « tes les assertions qui s'y trouvaient. Nous avons '< reconnu en effet que, sur divers points, l'auteur « de l'article n'avait pas été exactement informé et
(il 24 oci. i8'?3. n" 2 171.
{2} Samedi 2 novembre i833.
« nous nous sommes hâté de modifier quelques « accusations un peu trop générales ».
a II ne dit pas un mot de Saint-Méen ni de Malestroit, il ne parle que des Frères et dit que La Chênaie n'est point la maison principale de Tordre, « mais tout au plus une espèce de petit « Ferney, où les dévots de la secte vont réchauffer « leur zèle ». Il ajoute que la maison de Técolc projetée à Rennes est en vente (i); et enfin que le chef du parti n'est plus supérieur général; que le nouvel élu est le même que celui des Petits Frères des campagnes. « On sait, dit-il, « quels liens étroits Tunissent à Tancien chef « dont on craint l'influence secrète. »
On nous dispensera de la tâche aussi répugnante qu'inutile de réfuter des assertions où l'ineptie le dispute à la méchanceté. Bornonsnous à quelques observations.
Malestroit que l'on nous donne pour une
(1) Cette école est devenue l'institution du Thabor, pensionnat très florissant de jeunes gens, tenu par les Frères Lamennais. (Cf. même n* 2175 de TAmi de la Religion).
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sorte de sentine de vices et de corruption dont les habitués poussaient la scélératesse au point d'étudier l'arabe, l'hébreu, le syriaque, le chinois^ le grec^ le latin et presque toutes les langues vivantes, avait à sa tête MM. Blanc et Rohrbacher qui comptaient parmi leurs élèves MM. de Hercé, plus tard évoque de Nantes; Guilloux, mort, il y a quelques années, archevêque de Port-au-Prince ; Combalot, le zélé missionnaire que Ton sait: Bornet que M^"" Gcrbet, devenu évêque de Perpignan, prit pour vicaire-général; Eugène Bore, qui profila de sa connaissance des langues orientales pour multiplier les écoles dans le Levant et dont la congrégation des Lazaristes qu'il gouverna en qualité dç supérieur général pleure toujours la perte. Il me sera bien permis d'ajouter à ces noms le nom plus humble, il est vrai, mais non moins vénérable de mon regretté supérieur M. Houet.
Les anciens prêtres du diocèse de Rennes, élèves autrefois, à Saint-Méen, de ces professeurs qu'on nous dépeint sous des couleurs si noires, seraient bien étonnés si on leur apprenait que,
d'après des documents inédits 109
loin de puiser la vertu à l'école de ces maîtres pour la mémoire desquels ils conservent toujours tant de respect, je dirais même tant de culte, on ne leur enseigna jamais qu'à liguoriser.
Pour La Chênaie que V Ami de la Religion, trop heureux d'enregistrer les insanités bestiales de la feuille Suisse, qualifie de petit Ferney, on ne voyait jusqu'alors dans cette maison que le boulevard de rUltramontanisme en France, mais c'était précisément pour ce motif qu'on donnait son chef pour un Voltaire aux petits pieds et ses disciples, les Lacordaire, les Montalembert, les Gerbetpour des Diderot et des d'Alembert avortés. Il est vrai que plus tard Montalembert et Lacordaire durent rentrer en grâce auprès de Y Ami de la Religion, en reniant les doctrines romaines de leur ancien Maître.
Tout ceci, répétons-le, n'est qu'odieux et grotesque, mais ce qui dépasse les limites du grotesque et de l'odieux, ce sont les accusations portées contre M. Jean de Lamennais et ses pauvres Petits Frères, transformés, par un travestissement scélérat, eh espions au profit de nous ne savons
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quelle secte qui n'exista jamais que dans la cervelle des rédacteurs de V Invariable de Fribourg et de ÏAmi de la Religion (n. Ce dernier journal toutefois veut bien avouer que son confrère en calomnie exagère sans doute un peu et que tous les Petits Frères ne sont pas des espions, si tous les prêtres de Saint-Méen ou de Malestroit sont des professeurs d'immoralité; ses restrictions ne sont, nous Tavons déjà dit, qu'une perfidie, qu'une lâcheté de plus, en laissant subsister, dans leur généralité, des accusations aussi abominables que gratuites dont il abandonne la primeur à un journal étranger qui certainement recevait ses inspirations d'ailleurs que des bords de la Sarinc. On s'en servait comme d'un plastron pour se mettre à couvert d'une responsabilité que l'on savait d'autant plus écrasante qu'elle avait pour principe l'infamie.
Le vulgaire axiome :Ab iino disce omnes trouve ici toute son application.
( i) L'Ullramonianisme en effet ne fut jamais une seclc que dans l'esprit singulièrement étroit des CîuUicans ; tandis qu'aujourd'hui le Gallicanisme est pire qu'une secte, c'est bel cl bien une hérésie.
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M. Jean de Lamennais et ses chers Petits Frères, méprisant les lâches calomnies de VAmi de la Religion et de ses pareils, continuaient de se vouer à l'instruction chrétienne des pauvres, n'attendant leur récompense que de Dieu; et plaignant les hommes assez pervers pour dénaturer leurs intentions de la façon la plus odieuse et insultera la pureté de leur héroïque dévouement. Nous pouvons dire la môme chose des autres victimes de ces calomnies brutales et ignobles : tous les méprisèrent, tous, excepté celui qui,, peut-être, eût dû les dédaigner davantage, bien qu'il fût le plus particulièrement visé. A l'aspect de tant de bassesse, de tant de méchanceté, Lamennais qui passait tout à la race d'Adam, hors les vices du cœur (i), se sentit profondément ulcéré. Confondant ses adversaires loyaux et courtois avec ces vils calomniateurs, il se laissa précipiter dans l'abîme et refusa obstinément de saisir les mains généreuses qui plus tard se tendirent vers lui pour l'en retirer.
I) Voir tome I", p. 340.
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Les Gallicans poussèrent un cri de triomphe : leur plus formidable ennemi était à terre et il ne devait plus se relever; nul ne se doutait alors de la revanche éclatante et décisive que, seize ans après la mort de Lamennais, devait prendre ce même Ultramontanisme que l'on croyait à jamais renversé avec lui.