‹ Lamennais, d'après des documents inédits [microform]Chapitre 3 sur 87 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

LA FAMILLE ROBERT DE LAMENNAIS. — UN AÏEUL BELLIQUEUX. BOUTADE ANTI-MUNICIPALE. — LA METTRIE. UNE PLAISANTERIE LUGUBRE. — UN PREMIER OUVRAGE. FÉLICITATIONS DE M. EMERY. — BULLE d'eXCOMMUNICATION LANCEE CONTRE l'empereur ET INTRODUITE FURTIVEMENT EN BRETAGNE, DANS UN CHAPEAU. — LETTRE DE FELI A l'aBBÉ BRUTE : « NUIT DE LA FOI REMÈDE CONTRE l'oRGUEIL V. — PRÉDILECTION DE FELI POUR LA SOLITUDE : JEAN LA JUGE EXAGÉRÉE. « IL FAUT COMBATTRE LES COMBATS DU SEIGNEUR. » NOTE DISCORDANTE. — LETTRE DE FÉLI : « l'ÉTERNITÉ, COMPRENONS-NOUS BIEN CE MOT-LA? »

VOICI un premier document qui établit la filiation des La Mennais ou plutôt des Robert, car ils ne furent d'abord connus que sous ce nom. Cet écrit est sans date, mais il doit remonter au siècle dernier, peut-être même à la première moitié. Il est intitulé : « Notes historiques » : je le transcris littéralement, comme d'ailleurs je le ferai pour les autres.

<^ Jean Prairier, marié à Guyonne Le Maistre était capitaine de navire à St-Malo ; par suite de ses voyages il resta au Cap français, isle St-Domingue où il avait une habitation près le Cap, ce qui

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s'apprend par des lettres qu'il écrivait à sa femme en 1690. Alors François Robert, son gendre, commandait un navire de 40 canons, armé en guerre et marchandise. Peu de temps après cette époque la France se trouva en guerre avec l'Espagne qui s'arma par terre et par mer pour prendre la ville du Cap, ce qui leur réussit [sic).

a Jean Prairier se crut obligé de se réunir à l'armée française et fut tué dans la bataille. A cette époque François Robert, son gendre, qui commandait un navire se trouvait dans la rade du Cap. Prairier, prévoyant le malheur qui devait lui arriver, conseilla à Robert de se rendre avec son vaisseau au Port au Prince, afin de n'être pas pris par les Espagnols, ce qu'il fit, en lui disant que si, sous huit jours après la bataille qui aurait lieu, il ne recevait pas de ses nouvelles, c'est qu'il n'existerait plus et qu'il n'avait d'autre parti à prendre que d'appareiller au plus vite pour retourner en France, ce qu'il exécuta ; mais il mourut à la mer en retour de son voyage et laissa à sa veuve 70 à 80 mille livres. Ceci se passait en 1695. »

Ce François Robert Des Saudrais laissait, outre sa veuve, Marie Prairier, un fils mineur qui s'appelait François, comme lui. Plus tard, celui-ci épousa Marie Hyver des Rivières. Il habitait Saint- Servan. Le 8 Mai 1 7 1 7, il eut un fils nommé Louis- François. A son nom patronymique de Robert il ajouta celui de Mennais que l'on voit paraître pour la première fois : c'était le nom d'une métairie que la famille possédait dans la commune de Trigavou.

En 1742, Louis se maria, en premières noces, à Marie-Thérèse Padet Dudreneuf qui mourut à Saint-Servan au mois de mai 1744, après lui avoir donné deux fils, tous deux nés à Saint-Servan, l'aîné, Pierre-Louis Robert, le 10 juin 1743; l'autre, Denis-François, le 14 mai 1744. Quand on rapproche la date de la naissance de ce dernier et celle de la mort de sa mère, on arrive à conclure que celle-ci très probablement mourut en couches.

Louis Robert se remaria, en avril 1 75 2, à Jeanne Robert Perrine Briand de la Feuillée. *

Pendant que son aîné conservait le nom de Mennais, Denis reprenait celui de son aïeul et de

son bisaïeul; il se faisait appeler Robert des Saudrais.

Les deux frères épousèrent, le même jour (5 septembre 1775), les deux filles de Pierre Lorin, sénéchal de la juridiction civile et criminelle de Saint-Malo.

La femme de Pierre-Louis avait pour prénom Gratienne. Les deux époux habitèrent Saint-Malo: ils eurent six enfants, tous nés dans cette ville : Louis-Marie naquit le 1 2 septembre 1 776 ; Pierre- Jeuii, le 24 juin 1 778 ; — Jean-Marie, le 8 septembre 1780; - Félicité, le 19 juin 1782 (i); - Marie-Joseph, le 25 février 1784, et Gratien- Claude, le 2 mai 1785.

Marie épousa, en 1814, Ange.Blaize dont elle eut plusieurs enfants, et entre autres une fille aommée Augustine, qui, dans la suite (i836), épousa M. Éli de Kertanguy, décédé en 1846.

tl) A tri>is heures de laprès-midi. comme il l'écrivit en juin 1845 à M. Manon : « Le 19 de ce mois, à 3 heures de laprès-midi (vous voyez que ,e sais mon affaire), jaurai 63 ans accomplis : Dies hominis super terram pauci et mali. Tant que dureront les miens, je vous aimerai

m"J '! \r!. " ''"' '"-' "■°"''' ^'^ P*"* '^^^^ •• (Lettre publiée par M. de la Vilkrabel), , *^

d'après des documents inédits

M"" de Kertanguy assista aux derniers moments de son oncle Félicité qui rétablit sa légataire universelle; elle est morte le 9 mai 1891. Jean- Marie fut le saint prêtre et le grand homme de bien que chacun sait.

M. Pierre-Louis de Lamennais fut anobli par lettres patentes du 12 mai 1788.

Nous avons pensé que ces documents biographiques, donnés jusqu'ici, d'une façon incomplète ou inexacte, ne seraient pas sans intérêt pour ceux qui désirent connaître Lamennais, dans tous les détails de son origine; à plus forte raison, pour ceux qui, plus tard, seront tentés d'écrire sa vie.

La boutade qui suit est le premier autographe, pour la date, que nous ayons de Lamennais. Elle doit remonter, d'après les indications que nous donna verbalement M. Houet, il y a cinq ans, aux premiers temps de l'Empire, vers i8o5 ou 1806, lorsque les deux frères, Jean et Féli, étaient retirés à la Chênaie, pour refaire un peu leur santé (i).

(l) Peut-être était-ce à cette petite satire que faisait allusion son oncle Robert des Saudrais (mort 1829), lorsqu'il lui écrivait en 1806 : J'ai lu

C'est, sans doute, le début du grand écrivain dans sa vocation de polémiste, il ne saurait dès lors pipi|uer d'intérêt. Malheureusement, nous n'avons qu'un fragment de cette curieuse satire : Il est possible qu'elle n'ait jamais été achevée.

Alors, comme aujourd'hui, le temps, paraît-il, était aux statues et aux inscriptions commémoratives. Saint-Malo, qui comptait de glorieux enfants dont Lamennais devait lui-môme augmenter le nombre, ne pouvait demeurer en retard de certaines villes, peut-être moins favorisées, sous ce rapport. Hotre jeune Malouin raille de cette innocente manie sa cité natale qui devait l'en punir plus tard, puisque aujourd'hui encore rien n'y rappelle l'un des plus grands écrivains de notre siècle, si ce n'est toutefois son portrait exposé dans l'une des salles de la mairie. Nous copions textuellement l'original.

« Un bruit assez singulier nous est parvenu

de Sfpljalfft On dit qu'il y est question d'exhumer

ta petite drôlerie, mon cher Féli. Rien de si bon, ni de mieux fait. »

Cité par Bkue, Inlwi. f , tji).

tout ce que cette ville a produit d'hommes mémorables dans tous les genres, pour en placer un dans chaque rue, un peu au-dessus de la borne. Soit; autant là qu'ailleurs et apparemment les morts n'y regardent pas de si près. Beaucoup de vivants, il est vrai, se soucieraient assez peu de ces honneurs qui courent les rues; mais qu'importe ? Considérons la chose sous le point de vue le plus favorable, imitons le sage Conseil municipal de St-Malo, où cette importante affaire a été discutée, approfondie; et, comme lui, efforçons-nous de voir, dans ces burlesques écriteaux qui décorent des carrefours, une distinction honorable. Toujours conviendra-t-on qu'il faut être conséquent, et ne pas allier à des noms justement respectés, des noms flétris avec justice, et qu'un honnête homme ne peut prononcer sans indignation. « On a, dit-on, proposé, dans le Conseil, de joindre aux La Bourdonaie, aux Cartier, aux Dugué-Trouin, un homme dont la famille jouit depuis longtemps d'une considération méritée; mais qu'il lui a laissée toute entière, car assurément il n'en a rien gardé pour lui : je veux parler

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de La Mettric. Des réclamations se sont élevées contre cette profanation des honneurs citadins; on a représenté que La Mettrie était un fou, un misérable charlatan, un vil bouffon de cour, sans mœurs, sans religion, sans Dieu. A cela M. H.... a répondu que c'était un philosophe ; et quelqu'un a fort judicieusement ajouté que toutes ces accusations étaient de faux bruits répandus par les prêtres. Je ne suis pas prêtre : ainsi je puis dire mon avis sans conséquences.

« Mais non ; j'aime mieux qu'on entende celui de Voltaire qui n'était pas prêtre non plus. « Aviez-vous, écrivit-il de Berlin à M. d'Argen- « tal (i), aviez-vous entendu parler d'un médecin, « nommé La Mettrie, brave a//re^, gourmand célè- « bfe?... Ses idées (2) sont un feu d'artifice toujours « en fusées volantes. Le fracas amuse un demi- « quart d'heure, et fatigue mortellement à la « longue.

« Il vient de faire sans le savoir, un mauvais « livfe, imprimé à Postdam, dans lequel, il pros-

(1) Lettre du i3 novembre 1751.

(2) Lettre à M»« Denis du 6 novembre lySo.

« crit la vertu et les remords y fait V éloge des vices « invite son lecteur à tous les désordres, le tout sans « mauvaise intention. Des gens sensés se sont « avisés de lui remontrer l'énormité de sa morale ; « il a été tout étonné (à peu près comme le conseil, « quand on lui a fait les mêmes remontrances) ; il « ne savait pas ce qu'il avait écrit, (pourquoi le « conseil en saurait-il davantage ?) il écrira de- « main le contraire si on veut (imitez votre héros, « messieurs). Dieu me garde de le prendre pour « mon médecin ; il me donnerait du sublimé cor- « rosif au lieu de rhubarbe, très innocemment et « puis se mettrait à rire. »

« Je voudrais, messieurs, pouvoir m'arrêter ici ; je sens combien votre tendresse pour votre illustre compatriote doit souffrir de ces citations; car enfin ce n'est pas un dévot qui parle. Rassurezvous ; je serai discret ; encore un passage seulement. « J'envoie à mon héros (i) des folies qu'il « m'a demandées, et qui orneront sa bibliothèque « par la belle impression et les grandes marges. Il

(I) Lettre au duc de Richelieu du 27 janvier 1752.

€ est vrai qu'il n'y a pas une bonne page dans tout «i cela... Au restfce p%st pas la meilleure morale du «I monde, et il est heureux que de tels livres soient « mal faits. La Mettrîe aurait été trop dangereux, « s'il n'avait pas été tout à fait fou. Son livre contre <i les médecins est d'un enragé et d'un malhonnête « liOinilie : avec cda c'était un assez bon diable dans « la société (c'est peut-être en cette qualité de bon « iia^/e qiif irow âir«» <le§sein de l'honorer).

« Comment concilier tout cela? c'est que la t» folie concilie tout. // a laissé une mémoire exé- « arable à tous ceux qui se piquent de mœurs un « peu austères. Il est fort triste qu'on ait lu son « éloge à l'Académie, écrit de main de maître. Tous «ceux qui sont attachés à ce maître (le Roi de « fusse} €11 ^missent. Il semble que la folie de « La Mettrie soit une maladie contagieuse qui se « 80Ît communi<|uée. »

« Pardon de ces derniers mots ; ils ne sont pas de moL

« Beaucoup de gens ignorent peut-être ce qui nous a valu ces' beaux témoignages du grand Lania de Fernev.

K:l,iw%ijyfc.iJÉ:.&i^

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« Admirez la Providence philosophique. La Mettrie, médecin, devait naturellement n'empoisonner que ses compatriotes; La Mettrie, devenu cosmopolite, se dut au genre humain tout entier, et il acquitta sa dette par ses écrits. A quoi cependant tenait cette haute destinée ? Hélas ! à une tête de femme; et puis qu'on dise que les femmes n'ont point de tête ! Le père de notre philosophe se mit un jour en frais, comme la cigogne, pour traiter ses amis. La Mettrie, qui appa/emment craignait' le brouet clair, et qui déjà aimait les expériences, quoique simple/raferdans un hôpital, crut faire merveille en renforçant le potage des reliefs d'une dissection à laquelle il avait assisté le matin. La tête d'une femme adroitement jetée dans la marmite, à l'insu de la cuisinière, prépara à celle-ci une grande surprise et aux convives un mets tout nouveau, du moins dans ce temps-là. Mais voyez ce que c'est que les goûts : ce bouillon ne fut pas trouvé bon du tout par les administrateurs d'alors, qui n'étaient pas les administrateurs d'aujourd'hui; et notre jeune anatomiste noblement courroucé, et même puisqu'il le

faut dire, avec raison un peu effrayé de Taccueil que SCS premières expériences recevaient dans sa patrie, se retira prudemment à Berlin, où une indigestion mortelle prouva bientôt, en dépit de ses prétentions, qu'il n'était ni plante ni machine. Or, pourtant, sans cette tète et sans ce voyage, La Meitrie probablement demeurait inconnu à Voltaire et à l'Europe ; et qui maintenant se souviendrait de lui, même parmi ses compatriotes ? Bien peu é@ persDanes sans doute, car il y a longtemps que ses amis s'en seraient allés, l'un vide de sangj tauirtflein de séné célébrer sa gloire dans l'autre monde , d'où apparemment ils ne reviendraient pas aujourd'hui pour le clouer contre une muraille au coin de la rue.

■n Au reste, messieurs du Conseil s'imaginent peut-être qu'eux et Voltaire sont les seuls qui aient su dignement apprécier un aussi rare génie : mais je leur en demande pardon, et les prie de permettre que Diderot s'explique à son tour sur cette illustre plante maloitine.

« La Mettrie est un auteur sans jugement... qui « n*a pas écrit une seule bonne ligne dans son traité

« du bonheur, qu'il ne l'ait ou prise dans notre a philosophe (Senèque),ou rencontrée par hasard, « ce qui nVst et ne pouvait malheureusement être « que très rare ;... dont on reconnaît la frivolité de « Tesprit dans ce qu'il dit, et la corruption du cœur « dans ce qu'il n'ose dire ; qui prononce ici que « rhomme est pervers par sa nature, et qui fait *< ailleurs delà nature des êtres la règle de leurs de- V voirs et la source de leur félicité ; qui semble « s'occuper à tranquilliser le scélérat dans le crime, « le corrompre dans ses vices ; dont les sophismes « grossiers, mais dangereux par la gaieté dont il « les assaisonne, décèlent un écrivain qui n'a pas « les premières idées des vrais fondements de la « morale ; dont le chaos de raison et d'extravagance « ne peut être regardé sans dégoût que par ces lec- « teurs futiles qui confondent la plaisanterie avec « l'évidence, et à qui l'on a tout prouvé quand on « les a fait rire ; dont les principes poussés jusqu'à « leurs dernières conséquences renverseraient la « législation, dispenseraient les parents de l'éduca- « tien de leurs enfants, renfermeraient aux petites « maisons l'homme courageux qui lutte sottement

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« contre ses penchants déréglés, assureraient Tini- « mortalité au méchant qui s'abandonnerait sans « remords aux siens, et dont... »

I^apsii'ayQîîs feint retrouvé la suite de ce morceau dans les papiers de M. Houet. Tout à l'heure, fions émettions l'hypothèse que Lamennais s'en était peut-être tenu à cette feuille, d'ailleurs absolument remplie, et qu'il ne s'était pas donné la peine d'en prendre une seconde, ne fût-ce que pour finir la citation de Diderot. Nous devons reconnaître cependant que l'écriture est très soignée, qu'il y a fort peu de ratures et que les mots effacés sont remplacés par d'autres, écrits avec une encre bien plus moderne, mais de la même inaîn, sans aucun doute ; quand une fois on a vu cette écriture fine et régulière de Lamennais, on ne saurait plus la méconnaître. Enfin, les mots soulignés le sont avec une règle pour que le trait soit d'une rectitude absolue. Il est évident que Lamennais tenait à cette boutade humoristique et pourtant rien n'y décèle le grand artiste, ni même peut-être le très habile écrivain.

On y retrouve, en retour, cette sorte de plaisanterie qui chez lui, dans sa correspondance du moins, fut toujours un peu froide et banale, quand elle ne fut point sarcastique ou amère (i). Sous ce rapport, il était, ce nous semble, bien inférieur à son frère qui sut pratiquer, à merveille, le badinage aimable et spirituel. La malicieuse bonhomie de Jean lui valut plus d'un triomphe, tandis que nous né sommes nullement surpris de l'insuccès de cette petite diatribe de Félicité, supposé toutefois qu'il l'ait fait connaître aux intéressés. L'administration malouine, en effet, n'a point effacé La Mettrie de son souvenir municipal, puisqu'elle a donné son nom à une rue. En revanche, le portrait de Vhomme-plante n'est pas affiché dans la salle de la Mairie, dite salle des grands hommes, tandis que celui de Lamennais s'y trouve, non loin... du bon abbé Trublet.

M. Lamennais perdit son frère aîné, Louis- Marie, sur la fin de i8o5; il tomba lui-même gravement malade ; Jean-Marie, alors vicaire à

(i) Ici même, ce rire de Lamennais, avouons-le, est passablement lugubre.

Saint-Malo, et souffrant lui aussi, conduisit, sur le conseil de son père et de son oncle, Félicité à Paris, afin de Vy faire soigner par les plus habiles praticiens de la capitale (i). Les deux frères passèrent à Paris tout le printemps de 1806 (2); les médecins jugèrent leur existence très sérieusement compromise, celle de Félicité surtout; Tun et l'autre devaient à des excès de travail Tépuisement de leurs forces.

En juillet, ils étaient de retour à Saint-Malo; leur santé se rétablissait peu à peu. On leur avait recommandé Tair de la campagne, le régime en liit, beaucoup d'exercice et peu de travail intellectuel (3).

Le 1 2 mars 1 809, M. Emery écrivait à \1 . Brute, au sujet d'un mémoire anonyme que, dans une note, M. Houet déclare être Toeuvre de M. Lamennais publiée plus tard sous le titre de : « Réflexions sur l'Etat de VEglise, etc. »

(1) Lettre de labbé « Mcslé de Grand Clo» » à lÉvêque de Rennes, M»' Enoch, en date du 23 janvier i8o6.

(2) Lettre du même au même, i5 mars 1806.

(3) Lettre de M. Bossard à M. J. » de Lamennais », du 2b juillet 1806,

« Le mémoire est très bien écrit et plein de bonnes vues. 11 est des endroits qui pourraient déplaire au gouvernement; et il en est d'autres dont il ne pourrait qu'être content. Si Laréveillère Lépaux vivait encore, je crois qu'il faudrait adoucir ou supprimer son article. Si j'avais eu le temps, j'aurais pu faire quelques observations. On voit bien que l'auteur est un ecclésiastique... »

Le 5 juillet 1809, le digne Sulpicien adressait ce mot à « M. Mennais » (Jean-Marie) : « J'ai bien des remerciements à vous faire de l'exemplaire de votre ouvrage que vous avez bien voulu me faire remettre. ,

« Il honore également et vos talents et votre zèle. »

Quelques mois plus tard, 12 octobre 1809, il engageait son jeune correspondant malouin à se fixer à Paris pour y continuer plus fructueusement son genre d'études qu'il disait être « le plus utile et le plus nécessaire dans les circonstances. »

Ce conseil, en réalité, s'adressait aux deux

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frères, dont les travaux scientifiques étaient alors

comurnis.

Tous deux se montraient pleins d'un zèle impéti|«ll3l qm ne reculait devant aucune difficulté mais tandis que Féli se heurtait de front aux obstldcs et s'efforçait de les renverser de haute lutte, pour ainsi dire, son frère les tournait quelquefois habilement et réussissait où peut-être il aurait échoué lui-iïlôinç. Voici une anecdote qui nous permet de surprendre Jean de Lamennais en fîagraiit dllitde ru$cavec la police du i«r Empire. Il avait pour complice l'un de ses amis.

M. Faillon, dmm upe lettre du 4 avril 1846, demandait à M. Jean és Lamennais des renseignements sur la bulle d'excommunication, lancée contre l'Empereur, en 1809, par le Pape, alors prisonnier à Savone.

M# I. f|e Lamennais répondit à M. Paillon, le 22 mai suivant : « Quant à la bulle d'excommunication de Bonaparte, je ne puis rien dire qui ne vous soit connU| sinon que je me trouvais en retraite i Issy (1809), lorsque M. Emery reçut un exemplaire de cette bulle ; désireux qu'elle fût

connue en Bretagne, il engagea M. l'abbé de Mazenod, aujourd'hui évêque de Marseille, à en faire une copie et il nous chargea, mon saint ami Brute et moi, de l'apporter dans notre province et de l'y répandre. M. Brute la cacha dans la cuve de son chapeau. Arrivés à Vitré, nous fîmes ce que nous avait dit de faire le vénérable supérieur et Père. M. Emery avait désiré aussi que nous fissions l'un et l'autre des études sur l'histoire des refus de bulles : je m'en occupai, et je commençai peu après à recueillir les matériaux qui ont servi à composer l'ouvrage de la Tradition de l'Eglise sur l'institution des évêques, publié en 18 14 (i). » La police impériale ne poussa point ses investigations jusqu'au fond du chapeau de l'abbé Brute; dans ces deux jeunes ecclésiastiques Bretons, elle ne voulut voir rien de suspect ; l'un d'eux pourtant, comme nous le verrons plus loin, ne tarda pas à fixer sur lui l'attention du gouvernement et ce livre de la « Tradition, etc. » composé en collaboration avec Féli provoqua la colère du Maître dont

(1) « L'histoire des refus de bulles termine Touvrage. » Lettre de Jean à M. Brute 27 avril 1814. Gournerie. p. 87.

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