II
A l'époque où nous sommes arrivé, Lamennais était à l'apogée de sa gloire et dans toute la maturité de son génie. Environné de jeunes hommes de talent, quelques-uns même doués de facultés supérieures, comme ils devaient le prouver avec tant d'éclat, le Maître vit retiré à la Chênaie, au milieu des taillis et des landes de cette vieille Bretagne, sa patrie, qu'il aima toujours si passionnément. Il distribue à ces intelligences d'élite le pain de la science humaine et divine, celui de la science divine surtout, car il rêve d'en faire avant toutes choses d'intrépides champions de la vérité évangélique. Il est navré de voir les outrages prodigués à l'Eglise sa mère; son désir ardent est delà venger.
Or, il sait que, pour atteindre ce but, il faut que les défenseurs de TÉvangile soient non seulement des savants, mais des saints. Voilà pourquoi il réunit chaque jour ses disciples dans la chapelle rustique, bâtie par ses soins (il au bout du parc. Là il célèbre, tous les matins, le Saint-Sacrifice, en leur présence et les convie au banquet eucharistique où il leur distribue, de ses mains, la manne céleste, le piiit des forts. Dans le cours de la journée on reviendra souvent prier dans cet oritoire. Le soir oit y fera une dernière visite au Saint-Sacrement et à certains jours on chantera un Salut solennel. Voilà comment vivront maître et disciples, comment ils sanctifieront leurs études jusqu'au moment où la petite communauté devra se disperser ;^2|.
Avant que ne sonne cette heure fatale, pénétrons dans ce petit sanctuaire de la Chênaie,
|i) M On trace demain les fondements de la chapelle, j'ai été obligé de loi donner deux pieds de longueur de plus que je ne me proposais ». Lettre de Féli à Jean {Avril l8lo). Blaize I, 71. Celte chapelle est démolie depuis quelques années.
(2) Le 7 Septembre l833. Cf. « Souvenirs et Imp-esshns ■ etc., par F. du Breil de Pontbriand de Marzan. p. 47,
asseyons-nous au pied de l'autel et là prétons une oreille attentive à la voix de celui que l'on appelait un nouveau Bossuet et qui devait être un second Tertullien. Le silence de cette Thébaïde sylvestre semble encore devenir plus profond. Le Maître ouvre la bouche et de cette bouche éloquente tombent les enseignements suivants, que s'empressent de recueillir de jeunes âmes affamées, comme la sienne, de vérité, de justice et de paix; de jeunes cœurs embrasés de Tamour de Dieu et de TEglise, et battant, dès lors, à Tunisson du sien i .
ENTRETIENS SUR LA VIE SPIRITUELLE Félicité de La Mennais