‹ Landry vs Hamel [microforme] (volume 2)Chapitre 7 sur 68 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

Histoire des événements causes du procès,

Avant de présenter les sujets de nos justes plaintes, il importe, pour la parfaite intelligence de la cause soumise au jugement de Vos Eminences, de faire connaître, en quelques mots, l'histoire des événements qui l'ont précédée et qui l'ont fait naître.

Nous ne pouvons faire mieux que de laisser la parole au D' Landry qui nous les raconte sous la foi du serment. (Voir pièces N. 1-c et N. 3.)

“ M. l'abbé Lemieux ayant eu l'obligeance, après son retour d'Europe, de venir me dire la sainte messe chez moi, nous causâmes un peu de la situation vraiment déplorable de la société actuelle en Europe, grâce aux progrès effrayants que font les sociétés secrètes par le monde entier. Je manifestai surtout mon étonnement à la vue du concours qu'on affirme être prêté aux sociétés secrètes par des membres du clergé, et cela à Rome même. J'ajoutai que les sociétés secrètes faisaient aussi de grands progrès au Canada, où on dit que quelques prêtres sont affiliés à ces sociétés ennemies de l'Eglise.

“ Quelques jours après ma conversation avec M. l'abbé Lemieux, M. l'abbé Bégin vint me trouver et me demander, au nom de l’Officialité diocésaine de Québec, si je voulais lui donner les noms des prètres canadiens que je disais être francs-maçons et lui dire d'où je “ tenais ces informations.

“ Je répondis à M. l'abbé Bégin que les renseignements que je pouvais avoir en dehors des documents publics sur les francs-maçons canadiens, je les tenais de confidences privées, et que, par conséquent,

je ne pouvais pas en parler, Mais, cependant, j'ajoutai que, si on le voulait, je pourrais donner (même au tribunal de l'Officialité) quelques renseignements sur lesquels je ne suis pas tenu au secret e’ que je tiens de la bouche mème de M. le Grand Vicaire Hamel. Ces renseignements portent que lui, M. Hamel, alors recteur de l'Université Laval, avait fait tout ce qu'il avait pu à Rome pour faire comprendre que les francs-maçons du Canada n'étaient pas aussi méchants ni aussi dangereux que ceux d'Europe (et cela sans distinction aucune), attendu qu'ils ne sont considérés que comme des membres d'une société de bienfaisance ou de secours mutuels ; mais qu'à Rome on ne voulait pas entendre raison sur ce point et qu'on devenait tout rouge lorsqu'on leur affirmait de telles choses.

“ Je dis alors à M. Bégin que sur les opinions de M. Hamel exposées à Rome et communiquées à moi ensuite, j'avais répondu que les francs-maçons sont partout les mêmes vis-à-vis l'Eglise et la société; que M. Hamel m'ayant objecté, comme exemple, que M. le docteur Sewell (l'un des professeurs de l'Université Laval) était ur homme honorable, quoique tranc-maçon, je lui répondis que M. le docteur Sewell pouvait bien être respectable lorsqu'il n'agissait pas comme franc-maçon.

“ Je dis encore à M. Bégin que si M. Hamel était convaincu, comme il le disait, que la maçonnerie n'était en Canada qu'une société de bienfaisance ou de secours mutuels, je ne voyais pas pourquoi on ne serait pas en droit de conclure qu'il, M. Hamel, pourrait parler dans le même sens aux personnes qui le consulteraient au confessionnal ou ailleurs, à savoir qu'il n'y a pas de mal à faire partie de la francmaçonnerie en Canada. ,

Ce témoignage assermenté du D' Landry est corroboré par le Très

Révérend M. Hamel lui-même, l'accusé en cette cause, lorsque celui-ci écrit, en date du 30 avril, les significatives paroles qui suivent :

LS

“ Je me rappelle, Monsieur le Docteur, que vous me fites alors la réflexion (qui était l'expression de votre opinion) que les francs-macons sont ici ce qu'ils sont partout ailleurs. Comme la question se résumait pour moi en une question de personnes à l'égard desquelles j'avais mes preuves (les professeurs de l'Université), il n'était pas nécessaire de discuter avec vous le principe général, et la conversation entre nous n'alla pas plus loin. (Voir pièce N. 1-). ,

Ce qui veut dire tout simplement que le Dr Landry ayant affirmé,

Que

en thèse générale, que les francs-maçons étaient les mêmes partout, cette thèse ne rencontrait pas l'approbation de M. Hamel, qui l'appelait une expression de l'opinion du Dr Landry; mais, comme pour M. Hamel, la question se résumait en une question de personnes, il ne trouva pas nécessaire de discuter le principe général et, comme il le dit, “ la con- “ versation entre nous n'alla pas plus loin. ,

La conversation est donc prouvée, la divergence d'opinions clairement établie, admise par M. Hamel lui-mème.

Cette entrevue de M. l'abbé Bégin avec le Dr Landry eut lieu vers la fin d'octobre ou dans les premiers jours de novembre 1882.

Six mois plus tard, le 30 avril 1883, M. Hamel écrit au Dr Landry une lettre impertinente, remplie de sarcasmes, de fiel, de perfides insinuations, de noires calomnies, et qu'il termine en disant au Dr Landry qu'il est ou un fou ou un homme aveuglé par le préjugé et l'esprit de parti. (Voir pièce N. 1-b).

Au lieu de lui répondre par écrit, le Dr Landry envoie son gendre, le Dr A. LaRue, solliciter de M. Hamel la faveur d'une entrevue qui, si elle eût été accordée, aurait pu amener une solution à l'amiable et terminer ainsi, le plus pacifiquement du monde, un différend qui n’a causé que déboires et scandales.

M. Hamel refuse, par une lettre en date du 1” mai (Voir pièce N. 2-a), dans laquelle il insère un plan de rétractation allant à dire que le Dr Landry est un menteur, un calomniateur, un faiseur et un disséminateur de cancans et d'assertions erronées, et demandant au Dr Landry de vouloir bien signer cette pièce diffamatoire et boire ainsi sa propre condamnation.

Le Dr Landry, dans une lettre en date du + mai, lettre qui contraste singulièrement avec la violente épître de M. Hamel du 30 avril, à laquelle elle est une réponse ferme, digne et tout à fait respectueuse, fait l'historique des événements, affirme avoir entendu la conversation que M. Hamel lui a tenue, et termine en disant :

“ Voila, M. le Grand Vicaire, ce que je puis déclarer sous serment

en présence de tout tribunal ecclésiastique ou civil , (Voir pièce N. 1-c).

Et de fait c'est ce qu'il a &ttesté sous la foi du serment (Voir

pièce N. 3).

M. Hamel répond au Dr Landry qu'il est un entêté, lui donne le paternel conseil de ne rien jurer positivement, l’accuse d'avoir formulé contre le Cardinal Franchi l'accusation d'être un franc-maçon, et insinue

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arrément, malgré qu'il prétende que ce ne soit pas une insinuation, que Mgr l'Archevèque de Québec n'a pas été à l'abri d'une telle accusation de la part du Dr Landry.

Cette troisième lettre est aussi impertinente, aussi injurieuse et aussi calomniatrice que la première (Voir pièce N. 1-d).

Le Dr Landry maintient derechef ses assertions premières dans une seconde lettpé, en date du 7 mai, de quelques lignes seulement, et qu'il termine, comme la première, par cette déclaration :

“ Voilà, encore une fois, ce que je suis toujours prêt à déclarer “ sous la foi du serment, dans les conditions que je vous indiquais dans “ ma dernivre lettre , c'est-à-dire “ aussitôt qu'on m'en donnera l'oc- “ casion , (Voir pièce N. 1-e).

Vient alors une dernière lettre de M. Hamel qui contient l'étonnante admiscion que voici:

“ Je ne soupçonne aucunement votre bonne foi, dit-il au Dr Landry, et “ je crois que vous êtes récllement sous cette impression , (c'est-à-dire sous l'impression que je vous ai tenu la conversation que vous m'attribuez).

Et c'est après avoir ainsi admis la bonne foi du Dr Landry, après avoir reconnu qu'il est réellement sous cette impression, que M. Hamel x le triste courage d'exiger une rétractation.

Exiger une rétractation d'un homme dont on proclame la bonne foi, exiger qu'il déclare faux ce que volontiers l'on admet être réellement vrai pour lui, c'est tout simplement lui proposer une bassesse.

C'est ce que fait M. Hamel.

Et parce que le Dr Landry n'a pas voulu agir contre les dictées de sa propre conscience, parce qu'il refuse le déshonneur qu'on lui présente, que fait M. Hamel ?

“ Comme vous ne m'acurdez pas la déclaration à laquelle je crois “ avoir droit, dit-il, je fais publier notre correspondance, vos lettres “ comme les miennes , (Voir pièce N. 1-f).

Et, de fait, M. Hamel envoie toute la correspondance échangée entre Jui et le Dr Landry (moins la lettre dans laquelle il refuse l'entrevue demandée) au payier nouvelles Le Journal de Québec, qui publie toute cette pièce diffamatoire dans son numéro du 8 mai 1883, avec une lettre d'introduction de M. Hamel et des réflexions er parte du même monsieur, en forme de résumé, réflexions aussi insultantes et aussi Calomniatrices que les autres lettres de ce haut fonctionnaire ecclésiastique, comme il s'intitule lui-même,

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Ce n'est pas tout.

S. G. Mgr l'Archevèque de Québec, prenant fait et cause pour son (rand Vicaire, intervient dans le débat, et usant ou abusant de son autorité pastorale, permet la publication dans la presse de la correspondance échangée, et, à son tour, publie un mandement, en apparence contre les sociétés secrètes, réellement contre ceux qui les combattent, et une iettre dans laquelle $. G. dévoile les motifs de la publication de son mandement et où elle vise aussi clairement que possible, sans toutefois le nommer, le Dr Landry, qui est dénoncé comme ayant tenu vis-à-vis M. Hamel une conduite injuste et déloyale.

C'est ce dernier document que désigne $. G. lorsque plus tard elle avoue s'être prononcée dans une lettre destinée à devenir publique.

Ce n'est pas encore tout.

Le Dr Landry était professeur honoraire de l'Université Laval depuis près de trois ans, après avoir été professeur titulaire de cette institution pendant vingt-sept années. Le conseil de Laval s'assemble un bon jour et, sans forme de procès, ex parte, décrète d'autoité l'expulsion du Dr Landry de la Faculté de médecine.

Et lorsqu'à la fin, fatigué de cette persécution constante, organisée, que seules l’animosité et une aveugle prévention peuvent souffler, le citoyen, blessé dans ses droits, attaqué dans son honneur, se lève pour conserver intacte une réputation aussi belle qu'un homme puisse ordinairement la désirer et pour revendiquer l'honneur de son nom, quelie justice reçoit-il ?

Mes portes vous sont fermées, dit l'Archevèque de Québec.

Je ne saurais vous ouvrir les miennes, répond le tribunal de l'Officialité.

Et sachant tous deux que le Dr Landry est infirme, qu'une cruelle paralysie l’a rendu ingambe: Allez à Rome, disent-ils, allez et trouvez un tribunal de première instance à dix-huit cents lieues d'ici.

Soit :

Les dix-huit cents lieues sont franchies, nous avons trouvé un tribunal et, ce qui plus est, nous espérons obtenir justice.

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