‹ Landry vs Hamel [microforme]Chapitre 39 sur 121 · JE · texte numérisé non relu

JE

Le ones

© Passons à la grosse pièce de la lettre de lundi. Ici apparaît le nom d'une tierce personne, étrangère au débat, et qui vient faire rempart à

M. le Dr Landry, en se mettant entre nous.*, Ce nom, qui est celui de M. Victor Livernois, n'est pas sans inté-.

xèt dans cette circonstance, car le rôle que ce monsieur assume à mon

égard est caractéristique. On me permettra donc de lui consatrer quelques lignes, d'autant plus que ce que je vais dire à M. Livernois sera,

. mutatis mutandis, ma réponse anticipée aux autres personnes qui, parait-

il, se proposent de venir à sa suite et qui croient faire œuvre pieuse en me démolissant, pour le plus grand bien de la religion.

l° On se demande pourquoi M. Victor, Livernois est venu s'interposer entre M. le Dr Landry et moi. — Il dit, dans sa lettre, que c'est la. justice qui le fait agir { Quelle injustice y avait-il donc de commise ? 1

M. Landry, laïque très respectable certainement, croit avoir CQompris des propositions malsonnantes, de la part d'un prêtre, dans ue

conversation privée. Ce prêtre — si peu de considération qu'il mérite \

personnellement, mais qui ‘est vicaire-général et a été recteur de l'U-

niversité Laval — prétend que M. Landry doit avoir mal compris.

Les positions, évidemment, ne sont pas égales. Si M. Landry a

raison, c'est une accusation grave portée contre un haut fonctionnaire

ecclésiastique, accusation dont ceux qui la répandent ne cherchent aucunement à atténuer lu portée et la gravité. Si M. Hamel a raison, c'est une simple erreur de fait, qu'il constate chez M. le Dr'Landry, dont, au reste, il ne suspecte même pas la bonne foi.

S'il y a injustice quelque part, où peut-elle donc se trouver? Est-.

ce du côté de celui qui, se croyant accusé à tort, se contente de dire que son accusateur. a dû mal comprendre, ce ‘qui arrive très souvent dans les conversations et ce qui n'implique ni: déshonneur, ni culpabilité? N'est-ce pas plutôt du côté de celui qui, sans pouvoir être sûr

qu'il a bien compris, se base sur une simple interprétation -d'une con--

versation, pour attribuer à un prêtre, qui est un dignitaire ecclésiasti-

que, des opinions qui seraient coupables, parce qu’elles seraient sans excuse, vu que ce prêtre ne peut plaider ignorance de la loi? Done, s’il y à eu injustice, c'est du côté de l’accusateur laïque qu'elle se trouve, et au détriment de l'accusé prêtre.

D'ailleurs, M. Livernois est complétement étranger au débat soulevé entre M. Landry et moi, puisqu'il n’a pu être témoin de notre

conversation, De plus, il voit, il lit mes protestations formelles, savoir: que je n'a pas eu et que je n'ai pas les opinions qu'on me prête. Quant ù entrer en lice pour son propre compte, quel était donc le devoir de M. Victor Livernois ?

Admettons qu'il était l'ami % M. Landry. ‘Il ne serait peut-être pas difficile d'établir qu'il avait encore plus fait c d'actes extérieurs d'amitié à l'égard de M. Hamel, et depuis plus longtemps. — Si je parle d'amitié ici, ce n'est pas pour en appeler au sentiment: Je veux uniquement montrer les hésitations, et par suite les réflexions qui ont dû être faites. — Représentons nous donc M. Livernois placé dans l’alternative ou de voir le public croire que M. le Dr Landry s’est probablement trompé sur le sens d'une conversation, ou de voir une accusation grave peser sur un haut fonctionnaire ecclésiastique. D'un côté, inconvénient minime, qui ne fait aucune tache à la réputation du Dr

Landry; de l'autre côté, brèche grave à faire à la réputation d'un prê-

tre. Et tous deux, sont ses amis.

En présence de ces faits, la justice n'exigeait-elle .pas de M. Victor Livernois qu'il donnût le bénéfice du doute à l'accusé ? De plus, M. Victor Livernois, défenseur très ostensible des grands principes religieux et de l'autorité ecclésiastique, ne devait-il pas étre heureux de constâter une explication plausible relativement au passé du prêtre son ami, et au moins son orthodoxie actuelle manifestée par ses déclarations formelles?

.Voilà ce qu'exigeaient les ordres du Saint-Siège, relativement aux professeurs de l'Université Laval; voilà ce que demandait le vrai esprit chrétien, qui s'empresse toujours de saisir toutes les accasions favorables pour sauver l'honneur du prêtre; voilà, en un mot, ce que la justice, la vraie justice, demandait de M. Livernois. Pourquoi a-t-il fait le contrajre ?

2 Mais, peut dire M. Livernois, vous n'avez pas seulement attri-

bué au Dr non une simple erreur de fait; vous avez attaqué ses in- ;

tentions.

Je réponds que sur l'interprétation de la conver sation qui a eu lieu entre M. Landry et moi, j'ai admis la parfaite bonne foi de M. le doc-

teur. — Le reproche que je lui ai fait, et au sujet duquel j'ai peut-être

attaqué ses intentions, c'est d’avoir gardé le silence vis-à-vis . l'agtorité - compétente pendant dix ans, tandis qu'il disséminait contre moi, à droite et à gauche, une accusation grave qui, non seulement nuisait à ma xé- PHEMEOD mais, de plus, n'étant pas relevée par l'autorité (qui ne la

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connaissait pas), était de nature à nuire aux jeunes gens à la connaissance desquels elle pouvait arriver.

Or co reproche, même et surtout dans l'hy pothèse où M. Landry

aurait: dit vrai, je le maintiens encore; et la lettre de M. Victor Li-

vernois n'y répond pas. Bien plus, je fais le même. reproche à M. Livernois et à tous ceux qui se préparent ù le suivre. Au témoignage de M. Livernois, voilà plusieurs années qu'il m'entend énoncer des proposivions dangereuses pour la ‘jeunesse; il partage les idées et les appréhensions du Dr Landry ; et cependant il se tait!

Je me trompe, il parle, muis ce n'est pas à qui de droit, Il parle, mais à l'oreille, à un petit comité; seulement ce petit comité a des atfidés ailleurs, si hien que la nouvelle se répand avéc une discrétion calculée jusqu'aux extrémités de la Province!

Et pendant qu'on entache ainsi ma réputation à la sourdine, on me fréquénte comme ami; on me fait mème des confidences intimes, comme

pour mieux. me maintenir sans défiance. C'est au point que j'en suis à.

me demander si, depuis plusieurs années, cette apparence amicale n'était pas une feinte et un piège pour essayer de me prendre dans mes pa- ‘roles. — Je voudrais pouvoir croire le contraire; mais la conduite de M. Livernois m'autorise à admettre l'affirmative.

En effet, depuis longtemps, M. Livetnois & avec moi des rapports, non seulement d'ami ordinaire, mais de ces rapports que l'on à avec un prètre en qui l'on met sa confiance. Ces rapports se renouvelaient encore il y a quelques semaines à peine. Pendant ce temps, depuis plusieurs années, M. Livernois m'entend énoncer, dit-il, certaines propositions condamhables; et il ne fait mine de rien, Cependant il regarde ces propositions comme assez graves pour que, malgré mes. protestations parfaitement accentuées dans mes réponses au Dr Landry, il croie

devoir me donner, sans provocation, sans nécessité eb sans justice (quoi-

qu'il en dise), un démenti formel-et public! Il faut ètre poussé au piell du mur pour en agir ainsi: il fallait donc que M. Livernois fût persuadé que j'étais un prêtre dangereux, et cela depuis plusieurs années! Que ve-

nait-il donc faire chez moi, pendant tout ce temps, avec ses. façôns

d'ami, s'il n'y venait comme mouchard ?

8° Mais, peut dire encore M. Livernois, le fait est que je vous ai æentendu, moi-même, énoncer ces propositions, et ce n'est pas ma faute si vous les. avez soutenues.

Tout d'abord, constatons que c’est le même argument que celui du

Dr Landry. J'y ai déjà suffisamment répondu. Toutefois, un mot spécial

à M. l'avocat Victor Livernois. Quel est l'avocat qui voudrait affirmer

que l'on peut baser une accusation grave sur quelques phrases isolées,

. détachées d'une conversation intime, dans laquelle on parle sans défiance à quelqu'un qu'on croit intelligent, et où par conséquent l'onf suppose naturellement qu'il sera tenu compte de l'ensemble des idées, Nes opinions et de la conduite, pour donner à ces phrases leur complément naturel, s'il en est besoin? Et M. Victor Livernois lui-même, avec ses préoccupations et ses idées fixes, est-il Bien sûr de toujours comprendre dans son vrai sens ce qui'se dit devant lui? Une petite tournée chez ses amis le convaincrait peut-être qu'il les a souvent mal compris,.et le rendrait probablement plus prudent avant d'affirmer qu'il a entendu,

' chez un prêtre, des propositions que l’ensemble seul de la conduite de «ce prêtre condamne. . #

Ÿ 4° Toutefois, voyons ce qu'il me fait de “ La franc-maçonnerie n'est pas dangereuse au Canada, et. les sociétés secrètes ne sont que des sociétés de protection et‘d'avancement mutuels. ï |

Depuis lundi, je suis à cherchér quand j'ai dû parler de ces choses-là à M. Livernois. Ce n’est pas à l'époque de ma conversation avec pi M. le Dr Landry: car alors M. Livernois Ai encore sur les bancs du collège, et je n'ai jamais eu l'habitude de parler aux enfants des difficultés de l'Université. Ce doit donc être depuis. J'ai pourtant bien.souvenance des divergences d'opinion que je me-suis permis d'avoir avec M. Victor Livernois depuis qu'il est devenu homme; mais c'est en vain que je cherche dans ma mémoire l'occasion qui m'aurait amené à lui parler des sociétés secrètes. Admettons, Miss que ce sujet soit

venu sur le tapis.

* Il est étonnant qué je l’aie oublié, car d’après M. Livernois, c'est une. flièse que je dois avoir soutenue: C'est à plusieurs reprises, et depuis , plusieurs -années; je ne parlais pas seulement de franc-maçonnerie à l'occasion de nos professeurs protestants; c'étaient les sociétés secrètes en ! général, dont je me faisais le fauteur!. Encore, si j'avais dit que la franc-maçonnerie était moins dangereuse en Canada qu’en Europe, dans les pays protestants que sur le continent européen, je me serais rencontré avec M. Claudio Jannet, et je pourrais peut-être me sauver à l'abri de ce nom justement célèbre; mais non, j'ai été dire que {a franc-maçonnerie n’est pas dangereuse du tout aw Canada! j'ai parlé des sociétés secrètes en général et sans faire de distinctions entre catholiques et

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proteshaie ! Seulement, pour sauver les apparences probablement, j'ajoutais

que je n'approuvais pas pour cela la franc-maçonnerie! Vraiment, mon cher M. Livernois, permettez-moi de vous le de

Vous ne savez pas inventer, Quant à faire de l'invention, il faut ménager «4

la vraisemblance et rendre l'invention probable, Ici, vous dépassez le :

but, et vous oubliez l'axiome: quiyprouve trop ne prouve rien. De plus, votre phrase de la fin, “ mais sans approuver, pour céla, la franc-maconnerie, ajoutait-il, , est perfidement calomnieuse: car elle donne à entendre que ce n'était pas en passant, mais avec réflexion et volonté que je soutenais les propositions condamnables que vous me nmiettez dans la bouche.

Eh bien! au risque d'avoir encore un démenti de quelque autre ani, JE NIE COMPLETEMENT CE QUE M. VICTOR LIVERNOIS AVANCE COMME VENANT DE MOI, dans sa lettre du 9 mai.

Le public choisira entre l'affirmation de M. Vovo Livernols et ma négation.

5° M. Livernois termine sa lettre en exprimant un regret. Est-ce de s'être trouvé dans la pénible obligation de souffleter un ami, un prêtre, .un ancien directeur, un Vicaire (ténéral, en lui donnant un démenti public sans nécessité, et sans provocation? La chose aurait paru

naturelle à tout autre. Mais ce n'est pas ce qui afflige M. Livernois

dans cette affaire: c'est évident, puisqu'il l'a fait bien volontairement. — Quel est donc l'objet du regret de M. Victor Livernois? C'est que cette question (la correspondance entre M. Landry et moi) * soit jetée par la voie de la presse en pâture au public, au lieu de venir devant l'Evèque ou l'Officialité. ,

Sans doute, c'est M. le Dr Didi qu'il blâme de n'avoir pas parlé

‘à l'Evèque ou à l'Officialité? — Pas du tout: c'est moi Fe

Il est vrai que, depuis plusieurs années, on me dénonce, non à l'Evèque, mais à un cercle choisi d'amis, bons colporteurs, qui répandent cette nouvelle, à bon escient, dans la Province. — A cela, pas de mal! — Mais qu'un dignitaire ecclésiastique proteste publiquement contre le tort que l'on veut faire, en dessous, à sa réputation: la religion de M. Livernois se révolte!

- Attaquer la réputation d'un Vicaire Général : permis de ne pas le

he devant l'Officialité, pourvu que ce soit devant un public choisi. Mais

qu'un Vicaire Général veuille protester de son innocence: halte-là! pas devant le public, mais devant l'Offcialité! — C'est comme cela que M.

P , de q Victor Livernois entend la devise: Zn manifestatione veritatis.

6° On me demandera, peut-être, pourquoi j'ai attaché de l'importance à ce qui, réellement, en inéritait si peu? La raison en est que je ne suis qu'un point de mire apparent, Je l'ai déjh dit: on vise plus haut que moi. Il y a aussi, derrière M. Livernois, toute une organisation qui, si elle n'est pas franc-maçonnique, n'en est pas moins active.

Il y a un courant d'idées dont on considère l'Université Lavel

‘comme la clef de voûte: et ce courant d'idées est regardé par l'orga-

nisation susdite comme dangereux pour la religion! L'appui de Mgr l'Archevèque, des Congrégations romaines, du Pape lui-même, ne suffit pas pour rassurer ces esprits inquiets et remuants. Persuadés qu'on a trompé le Saint-Siège, ceux-ci sont constamment à l'affût, dans l'espérance de dé-

couvrir quelque erreur dans céux qu'ils appellent leurs adversaires! Quelle

joie quand ils croient avoir fait une découverte! 1

Depuis longtemps #0n cas leur était connu; mais il était si maigre qu'ils auraient bien voulu en trouver d'autres. Aussi, tant qu'ils ont eu l'espoir de voir l'Université perdre à Rome, ils m'ont laissé de côté. — Hélas! décret sur décret, et toujours favorables à l'Université! — Quand, enfin, est arrivé le dernier, si explicite, on pouvait croire que tout était terminé. C'est, en effet, ce que pensaient les âmes honnêtes. Eh bien! un de la bande, dans un de ces moments où, sous l'impression vive du sentiment, la bouche parle de l'abondance du cœur, ne put s'empêcher de s'écrier: C’est vrai, c’est un décret auquel il faut se soumettre ; mais nous saurons bien nous rattraper sur un autre point, et ça va recommencer !

Ïs n’ont pas cherché longtemps: ils m'avaicat ! Aussi est-ce dans les derniers mois que la propagande a été :a plus active. Ils ont donc entrepris de #”e démolir, afin de pouvoir dire à Rome: “ Vous voyez bien que vous avez. été trompés: Voyez ces hommes de Laval, ce qu'ils sont. — D'ailleurs, après moi, un autre. Le mot d'ordre est donné: delenda est Carthago:!

Qui habet aures audiendi, audiat.

C'est pour cela que j'ai dû, malgré moi, attacher quelque impor-

tance à la lettre de M. Victor Livemnois. Bien que ce monsieur se croie |

une MISSION, et se prenne au sérieux, fil ne s'en suit pas. qu'il en ait

. une, ni qu'il faille donner dans soû illusion.

Enfin, pour compléter cette réponse qui est finale, un dernier mot à SE Landry eù OR ainsi qu'à tous ceux qui doivent les ap-

puyér.

On CRDI contre moi des conversations privées, dns lesquellès

Cri

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