‹ L’ANESTHÉSIE GÉNÉRALE A L'ÉVIPAN SODIQUEChapitre 6 sur 37 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Etude critique des différents modes d’anesthésie

Dans ce bref aperçu, nous ne ferons que rappeler ce que chacun sait des diverses anesthésies employées couramment et nous envisagerons plus spécialement les avantages et les inconvénients de cette narcose dans la chirurgie de la tête et du cou, toutes choses magistralement exposées d’ailleurs, dans l’ouvrage récent de M. le Professeur Forgue.

Nous verrons donc successivement : l’anesthésie générale par inhalation, les anesthésies loco-régionales, les anesthésies de base par voie rectale, les anesthésies intraveineuses, nous dirons un mot de l’anesthésie électrique. Au cours de cet examen, nous essaierons de reconnaître quels reproches on peut faire à ces anesthésies et enfin, ce que l’on peut attendre de la narcose à l’Evipan Sodique par voie veineuse.

L’ANESTHÉSIE GÉNÉRALE PAR INHALATION. — Quel qu’il soit, du reste, le produit employé a pour avantage certain de donner une résolution musculaire que l’on

GOURDIAT 2

es

peut rendre aussi complexe que possible et, pratiquement, de très longue durée. Mais, par contre, elle nécessite un anesthésiste expérimenté et prudent ; elle procure souvent au sujet une sensation fort désagréable d’étouffement, d'angoisse, de mort prochaine.

Dans les interventions sur la tête et le cou, les anesthésies générales sont susceptibles de provoquer des complications d’ordre pulmonaire et l’on peut observer pour des interventions souvent insignifiantes des pneumonies, des broncho-pneumonies ou des abcès du poumon.

L’éther et le chloroforme sont les deux anesthésiques les plus toxiques, mais leur facilité relative d’administration, la simplicité du matériel employé, rend leur usage encore très répandu. Et, cependant, tous les chirurgiens connaissent la toxicité de l’un pour les malades dont le système respiratoire est déficient et de l’autre pour les cardiaques mal compensés, les rénaux albuminuriques, les hépathiques, les alcooliques. Chez ces derniers, d’ailleurs, si ces anesthésies sont dangereuses pour le sujet, elles sont bien plus désagréables encore pour le chirurgien et pour ses aides.

Le chlorure d’éthyle est beaucoup moins toxique, excepté pour les alcooliques. Cependant, c’est un anesthésique assez brutal, et, paraît-il, fort désagréable pour le patient. Il entraîne assez souvent une rétention d’urine post-opératoire.

Quant au protoxyde d’azote, il procure un sommeil rapide et un réveil assez agréable, ne provoque presque jamais de vomissements, ne lèse ni le foie ni le

poumon, ni le rein; mais son administration nécessite un matériel de mélange assez coûteux et compliqué et un anesthésiste sachant en quelque sorte « jongler » avec le protoxyde d’azote et l’oxygène, car la zone maniable du premier de ces gaz et très courte : les doses anesthésiques et mortelles sont voisines.

À côté de ces inconvénients généraux, nous en trouvons d’autres, plus particuliers, aux interventions sur les régions de la tête et du cou. Mises à part les syncopes, parfois mortelles, que l’on observe chez certains goîtreux endormis au masque, il existe une gêne très réelle pour le chirurgien, du fait qu’il opère sur une région en partie occupée et souillée par l’appareil et les mains de l’anesthésiste.

La narcose à la sonde, à la pipe, l’anesthésie continue et à distance (pipe de Delbet-Sebileau, pipe-ballon de Terracol) ont diminué ces inconvénients.

Une gêne importante est également apportée par les vomissements, qui, s’ils surviennent au cours de l'intervention, souillent le champ opératoire et nous obligent à cesser.

Les chirurgiens n’emploient pas, parce que trop dangereux, au cours d'interventions sur le segment cervical la rachianesthésie de Jonesco et ils utilisent, le plus fréquemment :

L’ANESTHÉSIE LOCO-RÉGIONALE, qui jouit actuellement d’une vogue méritée, depuis surtout qu'ont été étudiés avec soin les territoires desservis par les différents nerfs, depuis que les voies d’abord et les repéres cutanés des lieux d’émergence sont bien connus.

L’instrumentation actuelle, les solutions actives que

Lo

l’on trouve dans le commerce et surtout linocuité presque absolue de l’anesthésie loco-régionale la font employer très souvent en chirurgie cervicale et en O. R. L. Cependant, pour ce qui est de la face, de la bouche et de la gorge, quelles que soient la technique et l’adresse de l’opérateur, c’est un mode d’insensibilisation quelquefois infidèle, nous n’en prendrons comme exemple que les difficultés que l’on rencontre à anesthésier convenablement les parois profondes des sinus maxillaires et les dents incluses inférieures. De plus, cette anesthésie est inapplicable chez les pusillanimes. D’ailleurs, elle est souvent suivie pendant plusieurs heures de phénomènes névralgiques très accusés.

L’ANESTHÉSIE RECTALE au Rectanol, à l’Avertine ou à leurs succédanées, jouit aussi, à l’heure actuelle, d’une certaine faveur et paraît bien indiquée dans le cas qui nous occupe particulièrement. Le champ opératoire est absolument libre : point d’appareil ni tuyaux sur la face, aucune infiltration d’anesthésique, modifiant les rapports et boursoufflant les tissus, ce mode d’anesthésie est très prisé des malades, car il supprime en partie l’angoisse du début et la plupart des malaises post-anesthésiques. Il réduit au minimum les retentissements sur le poumon, le foie et le rein, mais par contre, il présente un certain nombre d’inconvénients. Moulonguet et Leroux Robert soulignent en effet que :

« 1° On ne peut en général pas prévoir la valeur du sommeil que l’on va produire, les échecs sont souvent dûs à l'emploi de produits décomposés, à des erreurs

de dosage ou de préparation faits à trop basse ou trop haute température, enfin, à une trop grande hâte qu’a le chirurgien d'opérer. Un calcul et une appréciation rigoureux des différents facteurs de réceptivité du sujet, doivent diminuer le nombre des mauvaises anesthésies.

2° On ne peut interrompre l’anesthésie. Il y a bien lieu cependant de signaler la possibilité de réveiller en partie le malade à la fin de l’intervention ou même au cours de celle-ci, par les injections sous-cutanées ou intra-veineuses de Coramine (Fischmann).

3° Les hémorragies sont plus abondantes qu’au cours des autres anesthésies ».

De plus, ces mélanges et dosages sont complexes et l’anesthésie, le plus souvent incomplète, nécessite presque toujours l’adjonction d’un anesthésique volatile par inhalation; une infirmière spéciale doit être préposée à la surveillance post-opératoire.

Enfin, Dütig, Sanzoni, Schuberth, citent des cas de décès, dûs à ce mode d’anesthésie.

Ces imperfections se révélant surtout par la pratique de la chirurgie cervicale, ont incité les chirurgiens et les chimistes à rechercher un mode d’anesthésie intra-veineuse pour y parer.

L’ANESTHÉSIE ÉLECTRIQUE est encore à l’état expérimental. Assez récemment, des travaux ont été repris, mais les auteurs ne s’entendent ni sur la fréquence ni sur l'intensité des courants à employer et somme toute, la technique est encore à régler de toutes pièces. De plus, il existe très peu de marge thérapeutique et le sujet est fréquemment animé durant l’inter-

vention de secousses très gênantes, de contractures, qui demeurent parfois intenses longtemps aprés. Chez l’homme, il doit en être de même.

Enfin, il faut signaler l'injection intra-veineuse d’éther, d’Amythal, de Pernocton, de Numal-somnifère et de plusieurs barbituriques. Tout dernièrement, M. Bernard Desplas et Mile Chevillon ont prôné le Sonéryl sodique ou buthyl-éthyl-barbiturate de sodium par voie veineuse. Ce n’est là qu’un anesthésique de base associé à un autre anesthésique volatile, souvent infidèle dans les anesthésies locales sous-om-

bilicales.

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