I. — Incidents imputables à l'anesthésiste
Piqûre du périoste. — Normalement, l'aiguille vient
presque toujours butter sur le périoste avant de pénétrer dans le trou sacré recherché ; mais si la main de l’anesthésiste manque de douceur, l'aiguille, au lieu d’affleurer simplement ce périoste, peut y pénétrer plus ou moins profondément.Le sujet accuse alors
une vive douleur, en même temps que la pointe de
pe Ci
l'aiguille perd sa liberté ; il ne faut pas insister, mais retirer l'aiguille pour la diriger dans une autre direction, au-dessus ou au-dessous, Sinon, on s’exposerait à injecter la solution anesthésiante dans l’espace souspériosté ; on s’en apercevrait d’ailleurs à deux signes : la douleur très vive accusée par le patient et la difficulté extrême qu'on aurait à pousser l'injection. Normalement, en effet, le liquide doit pénétrer avec une grande facilité puisque l’espace à injecter est fait d’un tissu mollasse cellulo-celullaire qui n’oppose
aucune résistance à la pénétration d’un fluide.
Piqüre des plexus veineux. — C’est là un incident assez fréquent, explicable anatomiquement. L’aspiration, qui précède immédiatement l'injection de la drogue, en amenant un peu de sang dans la seringue, permet à l’anesthésiste de s’apercevoir de cet incident. Un léger retrait de l'aiguille avant d'injecter suffit alors pour obvier aux complications qui peuvent en résul-
ter.
Piqüre d'un nerf.— Nous avons déjà signalé que point n’était besoin de rechercher la « douleur-signal » produite par cette manœuvre. Si le fait arrive par hasard, un léger retrait de l’aiguille, ici encore, est indiqué
avant de pousser l'injection.
Rupture de l'aiguille et infection. — Cet accident a pu être observé dans l’anesthésie sacrée par voie épidurale, où l'aiguille, qui entre tangentiellement dans
* M. Jullien 3
LR Ur
le canal épidural, doit être parfois courbée pour y parvenir. Mais dans l’anesthésie par voie transsacrée, l’aiguille pénétrant suivant l'axe du canal sacré, nous n'avons jamais rencontré cet accident qne, d’ailleurs, on évitera toujours en travaillant avec douceur, en enfonçant toujours l'aiguille suivant son axe et en n’utilisant que des aiguilles de bonne qualité.
Quant à l'infection, il suffira d’être parfaitement aseptique pour ne jamais la voir survenir.
IL — Incidents imputables à la drogue anesthésiante.
En observant les! principes concernant l’anesthésique, les deux seuls incidents qu’on puisse voir survenir sont : l'excitation et le shock.
Excitation. — Indice d’une intoxication légère, l'exitation est surtout caractérisée par de la loquacité, quelquefois des cris perçants, une obnubilation plus ou moins accentuée, une légère accélération du pouls et de la dyspnée. Cet état dure de quelques secondes à quelques minutes, puis tout rentre dans l’ordre : le patient semble sortir d’un rêve, ne gardant qu'un vague souvenir de ce qui s’est passé. Ces états d’excitation se rencontrent surtout chez des sujets dont l’anesthésie a été faite trop rapidement ; la toxicité d'une substance, en effet, est fonction de sa vitesse
d'absorption, et cette dernière dépend elle-même de la
DIE RU rapidité de l'injection ; une bonne anesthésie ne doit pas être faite en moins de 15 minutes.
Shock. — C’est un incident extrêmement rare, qui est caractérisé par de la pâleur de la face, de la rapidité et de la faiblesse du pouls, des sueurs froides, de l’abattement pouvant aller jusqu’à de la prostration, une tendance syncopale. Hâtons-nous de dire que nous n'avons jamais vu un tel tableau qu’à l’état d’ébauche, qu'il ne s’est jamais prolongé plus d'une demiheure, et qu'il n'empêcha jamais l'opération. Un excellent moyen d'éviter cet état de shock consiste à faire prendre au malade, le matin de l’opération, une légère collation et une tasse de café.
Cet incident, lorsqu'il ne résulte pas de piqûres de nerfs, est dû le plus souvent à la pusillanimité du sujet ou à un état physiologique déficient ; il est justiciable dans tous les cas de la médication stimulante : caféïne et huile camphrée.
Le shock grave, que nous n’avons jamais observé, ne pourrait être dû qu'à une erreur de technique (injection d’une trop forte dose d’anesthésique), ou à une altération du produit. Le premier cas s'évite facilement puisqu'il suffit de prêter un peu d'attention; le deuxième ne surviendra pas si on utilise un bon
produit.
Avantages de anesthésie trans-sacrée.
Un fait est frappant et prime tous les autres : l’anesthésie régionale n’a jamais causé un seul accident mortel. Bornons-nous à constater que les anesthésiques généraux les plus employés : éther, chloroforme, chlorure d’éthyle, mélange de Schlecht, etc….., ont tous à leur actif des accidents mortels par syncope, complications pulmonaires, rénales ou hépatiques, qui, pour exceptionnelles qu’elles soient n’en n'existent pas moins.
Mais, même en dehors de ces cas mortels peu fréquents, il est trois sortes d'accidents qui, eux, sont loin d’être rares dans les anesthésies générales et ne se voient pour ainsi dire jamais dans la régionale. Ce sont les vomissements, si pénibles pour Fopéré, qui se voient surtout dans l’anesthésie au chloroforme: les complications pulmonaires légères, que l'on évite si difficilement dans l’anesthésie à l’éther, et enfin le shock qui est toujours sérieux dans toute anesthésie générale un peu longue, et qui se surajoute au shock opératoire. D'autre part, les organes essentiels, comme
les reins, le foie, pourront être dans l’avenir diminués
PSE CU
fonctionnellement, et ceci n’est pas sans importance chez des sujets qui avant l'opération ont déjà ces organes plus ou moins déficients. Rien de tel avec l’anesthésie trans-sacrée, pas même la crainte d’ « être endormi ». Le shock opératoire est réduit au strict minimum, pas de vomissements, pas de complications pulmonaires. Aucun trouble cardiaque, rénal ou hépatique, ou s’il en existait auparavant aucune aggravation : aussi la convalescence est-elle particulièrement rapide.
D'autre part, la simplicité et la facilité de la technique militent en sa faveur : dès la première fois qu’on pratique cette anesthésie, on obtient les meilleurs résultats, si l’on a exécuté scrupuleusement, point par point, tous les détails de la technique : il s’agit seulement de faire preuve de patience et de sang-froid. Les connaissances anatomiques requises sont concrêtes et peu compliquées : les repères, simples et faciles à découvrir chez n'importe quel sujet.
De plus, l’anesthésie trans-sacrée donne une quiétude absolue au chirurgien : au lieu de surveiller l’anesthésiste et l’état du patient qui dort mal pendant la narcose, il peut librement, sans distraction aucune, s'occuper des divers temps de l’opération. D'ailleurs, en cas de prostatectomie en un temps, la cystostomie est très aisée, car la vessie, paralysée, se laisse distendre sans difficultés et vient bomber largement au-dessus de la symphise pelvienne. Ensuite, le relàchement des tissus et organes pelviens aide grande-
ment le chirurgien, permettant à ses deux index, le
NAN ne
gauche par le rectum, le droit par l'orifice vésical, d'atteindre aisément la prostate. Avec l'anesthésie trans-sacrée, le chirurgien et son aide sont seuls autour du malade : ils peuvent sans crainte aucune de gêner personne ou de salir leurs gants exécuter les gestes nécessaires à la bonne exécution de tous les détails de l’opération.
Rentré dans sa chambre ou dans la salle commune, le malade n'importunera pas ses voisins par les cris et l’agitation qui accompagnent presque toujours le réveil de la narcose. Il sera dans son état habituel,
aussi calme qu'avant l'intervention.
Observations
Pendant notre séjour à l’hôpital Saint-Michel, nous avons fait ou vu faire 22 anesthésies trans-sacrées pour prostatectomie. Dans tous les cas l’anesthésie a été parfaite, et il n’a jamais été besoin de recourir à un anesthésique général. Ces interventions ont eu une durée moyenne de 15 à 30 minutes ; l’une s’est prolongée jusqu’à trois quarts d’heure ; la durée de l’anesthésie a dans tous les cas, été largement suffisante. Nous n'avons eu à déplorer aucun accident, à peine quelques incidents minimes, bien que l’état général des opérés fut souvent très déficient.
Voici 4 observations assez suggestives, pensons-
nous, qui viendront à l'appui de nos affirmations.