‹ Langues perdues de la Perse & de l'Assyrie ... PerseChapitre 7 sur 15 · EUR O GH D E · texte numérisé non relu

EUR O GH D E

Il n’y avait de bien déchiffré alors que trois lettres , u r d ; la première et la dernière

LES LANGUES PERDUES

avaient été découvertes par Münter; Grotefend traduisit ce mot par Oromasdis cultor. Il identifiait ainsi seulement la première partie de ce nom avec le Zend d’Anquetil éhoré, et en le traduisant, sans chercher à le lire, il s’enleva le moyen de reconnaître la terminaison ma^da qui ne fut découverte que longtemps après. Nous suivrons, du reste, les différents progrès qui ont abouti à la lecture de ce mot dont le sens a été compris bien avant que l’articulation phonétique en ait été déterminée.

Il y avait quelque chose de si heureux et de si effrayant dans l’hypothèse de Grotefend, qu’il eût fallu pour la soutenir avoir tout deviné; et ses travaux ultérieurs, on est obligé de le reconnaître, ne furent pas de nature à engager les savants à le suivre dans ses recherches, malgré les encouragements de S.deSacyqui le premier rendit hommage à cet heureux hasard, si on ne veut point appeler cela du génie 1 . Grotefend essaya, à l’aide de l’Avesta d’An-

i La lettre Je M. de Sacy est datée du 50 Pluviôse an XI ; elle a paru dans le Magasin Eneyrlopidiqut . Annie VIII, t. V, P- -15S.

LA LECTURE

IM

quctil, de reconstruire l’alphabet tout entier et de lire les inscriptions. Cette entreprise ne réussit pas et ne pouvait réussir, les noms des inscriptions de Persépolis ne renfermant pas l’alphabet d’une manière complète; d’un autre côté, le Zend n’est pas identique au Perse Achéménide, et, de plus, Grotefend ne possédait ni le Zend ni aucune langue iranienne.

Quoi qu’il en soit, on comprenait déjà l’importance de la langue du Zend-Avesta pour arriver à ces résultats. Un seul homme alors, Anquctil-Duperron, pouvait apprécier à ce point de vue la découverte de Grotefend ; son approbation ne lui fit pas défaut et ce fut sans réserve qu’il la lui donna. L’intérêt en rejaillit sur ses propres études; on le pressa, en effet, de mettre la dernière main aux travaux qu’il avait commencés sur le Zend, et qui depuis trente ans restaient interrompus. Cette sollicitude tardive fit briller une lueur de courage dans ce savant vieillard; mais elle s’éteignit bientôt avec lui 1 . Ce n’est que trente ans plus tard que

i Mort d’Anquetil, iSo>.

LES LANGUES PERDUES

l’œuvre d’Anquetil fut reprise et achevée par Eugène Burnouf, qui livra au monde savant ses magnifiques travaux sur les livres de Zoroastre.

11 est surprenant de voir sur ce point le scepticisme de Volney : il prétendit que tout le système de Grotefend devait s’écrouler, parce qu’il reposait sur une orthographe vicieuse des mots Xerxés et Darius 1 . Sa parole faisait alors autorité dans le monde savant et devait retarder la démonstration scientifique des résultats obtenus par Grotefend ; aussi la solution du problème resta long-temps indécise. Le premier exposé des idées de Grotefend eut lieu en 1802, et ce ne fut qu’en 1824 que son travail réfléchi parut dans l’ouvrage de Heeren sur la politique des anciens peuples 2. Ce travail ne contient rien de plus que sa première inspiration, si l’on en

1 Nouvelles recherclxs sur l’histoire ancienne, t. I, p. 493, dans les Œuvres complètes.

2 îdeen ueber die Politik , den Verkehr und dm Handel drr v ornehmsten Vôlker der allen IVclt , t. I, ire part., p. 561, Gott., j3i$, et t. I, 2e part., p. 325, édit. 1824.

LA LECTURE

excepte des remarques plus développées sur les différences que présentent les trois genres d’écriture.

De nouveaux textes étaient arrivés en Europe dans 1’intervalle, et jetaient de l’incertitude sur les bases que l’on devait adopter pour appuyer les premiers travaux . Ce n’étaient plus seulement quelques signes sur des briques, sur des pierçes gravées qui présentaient de nouvelles combinaisons de l’élément primitif, et qui semblaient annoncer, pour ainsi dire, autant d’alphabets spéciaux que l’on comptait de monuments. Sir Harford Jones venait de découvrir à Babylone une longue inscription dont les caractères cunéiformes avaient une grande ressemblance avec ceux des briques. La Compagnie des Indes la fit graver avec beaucoup de soin et la livra aux observations des savants. Bellino rapporta un cylindre en terre cuite, couvert d’une petite écriture serrée dont le clou était encore l’élément radical, mais qui, au premier aspect, semblait former une nouvelle variété d’écriture. Enfin Ouseley, Ker-Porter, Rich, etc., faisaient connaitre non-

né

LES LANGUES PERDUES

seulement tous les textes de Persépolis, mais encore de nouvelles inscriptions, qui, pendant vingt ans, ne provoquèrent que des méditations infructueuses.

Nous ne reviendrons pas sur les autres systèmes d’écriture cunéiforme avant d’avoir achevé d’exposer les progrès des travaux qui ont abouti au déchiffrement du premier système. A partir de Grotefend, l’exactitude des trois divisions des écritures persépolitaines se trouva confirmée et définitivement établie; Rich et les voyageurs qui depuis explorèrent les ruines n’ont pu que rendre hommage à la justesse de ses conjectures. Poursuivons.

Vers 1820, Saint-Martin, profondément versé dans la connaissance des langues orien- •tales, reprit l’œuvre de Grotefend. Il s’attacha particuliérement à soumettre les découvertes de son devancier à l’épreuve des faits et de la langue. Le résultat de son travail fut de constater entre la langue exprimée par les signes et celle du Zend-Avesta une assimilation de

LA LECTURE

plus en plus grande qui toutefois n’allait pas jusqu’à une identité parfaite. Son premier mémoire fut lu le 20 décembre 1822, devant l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres Cependant ses opinions réfléchies, celles qu’il regardait comme à l’abri de la critique, ne furent publiées qu’en 1832 dans l’ouvrage de Klaproth sur les écritures des peuples de l’ancien monde 1 2, au moment même où une mort prématurée l’enleva à la science. Les opinions réfléchies de l’illustre savant, il faut bien le reconnaître ici, n’ont pas dépassé, malgré dix ans de veilles, l’inspiration de Grotefend, et toutes ses recherches ne consacrèrent que les découvertes de 1802. Toutefois, si Saint-Martin n’a pu dépasser Grotefend, il a étayé les découvertes de son prédécesseur de tout le poids de son savoir, et il demeura dès lors acquis que le sillon était ouvert.

Le Professeur Rask fut plus heureux que

1 Conf. Mémoires de V Académie des Inscriptions , IIe série, t. XII, 2* partie, p. 223 et suiv. — Journal asiatique , t. II, p. 59.

2 Klaproth, Aperçu de l’origine des diverses écritures de l’ancien monde , p.65, Paris, 1832.

LES LANGUES PERDUES

Saint-Martin1. Ce n’est pourtant qu’accidentellement qu’il s’occupa de l’écriture de Persépolis. Les livres de Zoroastre intéressaient alors vivement les savants ; dans un article sur l’authenticité de la langue zende 2, Rask eut occasion de critiquer les valeurs attribuées par Grotefend à deux signes mal déchiffrés, critique féconde qui donna naissance à deux lettres nouvelles dont allait s’enrichir l’alphabet persépolitain.

Ces deux lettres n’ont pas été obtenues par les mêmes procédés que ceux qui avaient été employés jusqu’alors. — Chacune de ces premières découvertes appartient en propre à celui qui, le premier, a marqué ce sol antique de son empreinte. — Pour Rask, il n’est plus question de déductions philologiques de la nature de celles que Münter avait tentées en observant isolément les lettres, ni de problèmes historiques à résoudre, comme ceux

1 Rask (Erasme-Chrétien), né à Brcndekildc (Fionie) 1787, mort à Copenhague en 1832.

2 Ueber das A lier und die Echtheitdcr Zcnd-Sprachc und des Zcnd - Avesta , etc. Traduct. ail. Berlin, 1826.

LA LECTURE

qui avaient été si heureusement agités par Grotefend. C’est l’observation des formes grammaticales qui a guidé Rask dans sa découverte. Les deux mots qui contenaient le titre de roi dos rois devaient nécessairement renfermer une forme grammaticale en rapport avec celles qui caractérisent les idiomes de la grande famille à laquelle on rattachait la langue de Darius. Le Sanscrit et le Zend autorisaient le soupçon d’un génitif pluriel en anam bien caractéristique et qui pouvait se retrouver dans la terminaison du second titre royal. Or, en donnant au signe ^ la valeur de N, et au signe la valeur de M, il lut ces

deux mots (Khsâyathiya Khsâyaihiyamm) , avec une forme parfaitement en rapport avec tous les idiomes indo-germaniques, bien que la

«ïï<?mK-K!nK-

Page 1