BELLEY
Bellay, le 26 juin 1878.
Mon Révérend Père,
C'est au milieu des préparatifs de la fête de saint Anthelme dont nous commençons aujourd'hui les solennités, que j'ai lu, de la première page jusqu'à la dernière, votre manuscrit intitulé : Un Précurseur de la B. Marguerite- Marie au XVI e siècle. Lansperge-le- Chartreux et la dévotion au Sacré-Cœur. Rien de plus suave que le parfum de cette fleur cueillie au désert Cartusien, et je ne doute pas que les âmes pieuses qui en seront embaumées ne vous
en soient, comme moi, sincèrement reconnaissantes. Elles aimeront le dévot religieux que vous faites connaître, et elles se réjouiront en voyant que toujours les cœurs embrasés du feu de la charité se sont retournés vers son foyer, le Cœur sacré de Jésus.
Mais, mon Révérend Père, ce qui est, à mes yeux, le mérite particulier de votre pieux opuscule, c'est la preuve nouvelle qu'il fournit de cette vérité, que dans l'Eglise catholique l'objet de la piété ne varie pas plus que celui de la foi. Cette plante divine s'épanouit en fleur dont la beauté seule égale la variété ; mais la sève qui la féconde ne varie pas et il est toujours vrai de dire de tout ce qu'elle produit : ncve, sed non nova. Le pieux Précurseur de la B. Marguerite-Marie n'avait point reçu, comme elle, de mission spéciale ; mais, comme elle, il savait que toute grâce nous vient du CœuR de Jésus, et les extraits que vous donner
de ses œuvres nous montrent que sa dévotion était le fruit de la théologie la plus exacte.
Veuille^ me croire, je vous prie, mon Rêvérend Père, votre bien dévoué serviteur en N.-S.
f JOSEPH,
Evêque de Belley.