‹ Latréaumont (volume 2)Chapitre 7 sur 64 · L\ GAZETTE DE HOLLANDE · texte numérisé non relu

L\ GAZETTE DE HOLLANDE

sonta , encore loul Iremblant, mais fort aise de voir une aussi terrible colère prendre un autre cours.

Le colonel sifflant entre ses dents, sans dire un mot, saisit sa rapière, la tira du fourreau , examina sa lame, la fit ployer en appuyant son extrémité sur le bout de son soulier , craignant sans doute , qu'en se servant du carreau pour cet essai , la pointe du fer ne s'émoussàt; puis , maniant son arme par la poignée pour sentir si elle lui était bien en main, il la remit au fourreau, toujours dans le plus grand silence , pendant que Nazelles , qui s'attendait j^robablement à être le second du colonel, se livrait aux mêmes expériences sur la souplesse et l'acuité de sa lame.

— Maintenant, — dit Latréaumont en s'adressant au laquais, — parle vite , dis ce qui est arrivé, et n'aie pas peur, car il ne s'agit pas ici de ta maigre échine ?

— Mon gentilhomme, vous allez tout savoir, — reprit le pauvre hère, qui, la gorge desséchée par la crainte , semblait , après chaque mot avaler une gorgée de breuvage. — Mon gentilhomme, le messager a donc apporté la gazette... Petit-Pierre que j'avais placé là exprès , la prend , la donne à Jacques en lui

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disant ; Va tout de suite porter cette gazette à M. de Latréaumont au n° 6... tu sais? le grand gentilhomme qui n'aime pas à aiten^ dre... Mais alors, Dieu du paradis... voilà que M. le marquis de Châteauvillain entendant cela, arrache la gazette à Petit-Pierre et lui dit : •) Maintenant va dire à ce monsieur » qui n'aime pas à attendre, et qui veut qu'on » le nomme, que tu l'as nommé, et que malgré » ça, moi, j'ai gardé la gazette. » Mors par les Saints Martyrs je...

Assez !.. mène-moi vite à ce marquis , —

dit Latréaumont en interrompant le garçon , puis il ajouta : — Nazelles, vous en êtes?

Tels furent les seuls mots que prononça Latréaumont, en se précipitant vers la porte, avec une rage froide, plus terrible à voir qu'aucun emportement.

Nazelles, qui avait répondu d'un signe affîr-^ matif à la question de Latréaumont, le sui« vit, et tous deux descendirent précédés du garçoti,qtii, nese souciant pas sans doute de servir d'introducteur à Latréaumont, fit un détour en arrivant au bas de l'escalier, et disparut par un obscur passage.

Mais Latréaumont, qui connaissait parfaitemeni la maison, traversant un couloir, arriva

LA CAZETTE DE HOLLANDE. Gf)

liicnlôl à la porte de la grarid'salle des Trois- Cuillers^ où se tenaient alors M. deChâleauvillain et ses amis.

Le colonel ouvrit violemment cette porte... et, suivi de Nazelles , entra, tenant son épée sous son bras.

— Où est le marquis de Châteauvillain? -demanda Latrëaumont de sa grosse voix, en jetant un regard circulaire et hautain autour de la salle.

A cette interrogation, faite d'un ton si provoquant , et en prévoyant sans doute les suites, la Guerbois, vieille hôtesse depuis longtemps habituée à de pareilles scènes, courut d'abord fermer au verrou la porte du cabaret qui s'ouvrait sur la cour, puis disparut laissant le champ clos et libre aux acteurs et aux spectateurs de ce démêlé.

Alors aussi, les tranquilles citadins, qui, attirés parle renom ^/^^ Tj ois-Cuillers^ y èldîvGnX, venus faire paisiblement une petite débauche, commencèrent à se regarder tristement, et à regretter de n'avoir pas suivi le prudent exemple de l'hôtesse; mais Craignant de paraître trop timides, ils se résignèrent à demeurer témoins de la querelle qui menaçait; tandis qu'au contraire, la majorité des con-

vives , composée de gens d epée et de jeunes courtisans, prêtaient un vif et ardent intérêt à ce qui s'allait passer.

— Ah çà, mort -Dieu! et ce marquis de Châleauvillain... où est-il donc? est-ce qu'il se cache parce que Duhamel de Latréaumont le cherche? — répéta le géant de sa grosse voix retentissante.

A ces mots , un beau jeune homme à vaste perruque blonde, vêtu d'un justaucorps bleu de ciel , brodé d'argent et garni d'une profusion de rubans et d'aiguillettes de satin rose, croisant sur son genou une de ses jambes chaussées de bas de soie à coins d'or, se balança sur sa chaise, aspira bruyamment une forte prise de tabac d'Espagne, et, secouant la dentelle de sa cravate , dit en grasseyant à un de ses compagnons :

— Eh bien 5 qu'est-ce que cela, vicomte? quel est le rustre qui ose ici beugler mon nom de la sorte? quelque porteur de chaise ou de falot , j'imagine, qui vient réclamer un écu pour des coups de bâton que je lui aurai donnés hier étant ivre? Holàl le Basque! Lorrain , Bourguignon 1 qu'on me débarrasse de cet étourdissant maraud à grands coups d'étrivières î

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