XII PRÉFACE
celui qui écrit ces lignes répondrait : que, dans leurs évolutions inaperçues, les esprits les plus secondaires expérimentent quelquefois sérieusement la vie , et que plus ils gravitent vers la vérité [ainsi du moins que dit l'homme dans sa superbe), plus le cercle de réalités qu'ils croient parcourir, semble se rétrécir , et qu'ils arrivent enfin à un point où les illusions du vice leur semblent aussi exorbitantes, que leur paraissaient jadis les illusions de la venu.
Alors on en reconnaît le néant avec une froide et secrète amertume ; car la croyance au mal est encore une manière de croyance, de foi aveugle à l'intelligence supérieure et exceptionnelle (kl vice, qui sait se dire ou se faire heureux; mais alors, dis-je, après tant d'aspirations vers l'idéal et l'inconnu,
rnÉFACE. XIII
on rclombe de toute la liauleur de ees vanités de Tiniaginalion , au lond de cette Ibrnnidahle vulgarité : à savoir qu^il n^ existe dans ce monde rien d^ibsoluy rien de fixe , en mal ou en bieu ; que la vertu , pas plus que le vice, ne jouissent eontinuement d'une ineffable félicité; qu il n'y a d'homme ni absolument vertueux ni absolument vicieux ; que ce qui semble ici noble et généreux , paraît là - bas infâme et criminel; — qu'il n'y a pas (le caractère héroïque et su I) lime qui ne soit /twma/ï/5^par quelque souillure; pas de naturel méprisable ou féroce qui ne soit humanisé par quelques bons instincts.
On reconnaît enfin que rexpérience progressive des choses doit incessamment modifier ou même changer radicalement ce qu'on appelle des
XIV PREFACK.
con{>ictions , qu'en cela Tavenir n'appartient pas plus au présent, que le présent n'a appartenu au passée et que s'il faut tout comprendre, on ne doit peut-être rien affirmer.
Eugène Sue.
Châtenay, ce 30 octobre l#37.
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