‹ Latréaumont (volume 5)Chapitre 12 sur 25 · MESSIRE JULES DUHAMEL DE LATRÉAUMOKT · texte numérisé non relu

MESSIRE JULES DUHAMEL DE LATRÉAUMOKT

de donner ainsi un corps à ses magnifiques utopies, et de réaliser sur une immense éclielle ses rêves de liberté , ait favorisé de toute sa puissance les projets de Latréaumont.

Il chargea donc le partisan d'une longue lettre 'pour Jean de Witt , lettre dans laquelle il exposait au grand pensionnaire les plans , les espérances de Latréaumont , et lui demandait franchement pour cette entreprise son appui et sa coopération au nom de Fémancipation et de la liberté des peu-

pi

es

Il est vrai de dire que la république des Sept-Provinces se trouvait alors en paix et alliance avec la France ; mais , on le répète, il était déjà si publiquement reconnu et avéré que Louis XIV avait porté de nombreuses et formelles atteintes à cette alliance et à la foi des traités , que Yan-den-Enden pouvail penser que Jean de Witt verrait dans cette proposition : un moyen de servir la cause de la liberté et de punir la trahison d'un allié parjure.

Quant a la lettre d''Omoclcï, que le doc-

leur remit à Latréaumont pour le baron de risola , elle renfermait Pexposition sommaire du projet, une longue note biographique sur Latre'aumont, et on y invoquait le concours de FEspagne et de TEmpire au nom de tous les griefs que ces deux puissances nourrissaient depuis si longtemps contre Louis XIV.

Latre'aumont partit donc, chargé de ces différentes dépêches , et c''est au retour de ce voyageque'nous l'avons vu arriver d''une manière si] étrange et si inattendue chez le docteur.

Maintenant on va laisser le colonel raconter à Van-den-Enden le résultat de ses entrevues^ avec le Grand Pensionnaire de Hollande ^^^JeaiTi de Witt, et le baron de risola, ministre de PEmpereur.

chapithe IV.

Il accomplira, oh! diles-le lui, ce songe, ce noble

songe d'une politique nouvelle, celle conceplion divine de nolie amitié; — il mettra la première main à ces matériaux informes. Pourra-t il achever? sera-t-il interrompu? Que lui importe! il y mettra la main.

— Schiller. — Don Carlos. — Act. iv, se. 21.

On Fa dit , il serait dfficile d''exprimer Pespècc d''indiffërencc calme et dédaigneuse avec laquelle Van-den-Enden supportait d''habitude les insolentes familiarités de Latréaumont , dans lequel il ne voyait qu^ui instrument brutal , mais nécessaire ; car,

malgré l'aveuglement où e'tait ce philosophe sur la re'alisation de ses projets favoris , il n'avait pu méconnaître la nature arrogante et vénale de celui qui jouait un rôle si imporlant dans cette affaire. Ainsi , lors de Tentretien qui va suivre , le docteur interroge, écoute , mais répond à peine à Latréaumont; sa parole est préoccupée, brève, souvent hautaine , et toujours sérieuse ; on voit qu''il poursuit opiniâtrement son but à lui, sans tenir compte des mille détours par lesquels Pesprit railleur et fantasque du partisan fait passer la narration , et quand le récit inspire à Van-den-Enden quelque réflexion soudaine et involontaire, c''est à soimême qu'il Fadresse , comme si Lalréaumont était indigne de la comprendre.

— Enfin, colonel, et ce voyage? — demanda Van-den-Enden avec une impatience qu''il ne pouvait maîtriser.

— Calmez-vous, mon vénérable ami....

calmez-vous... Je vais tout vous dire... M'y voici : En partant d'yVmsterdam , grâce aux vingt pistoles que vous m'avez prêtées , ou plutôt que vous avez prêtées à la noble cause

de la liberté, qui vous les comptera un jour, en bénédictions de toutes sortes, je me suis rendu à La Haye pour notre affaire ; j''avais donc a voir Plsola et Jean de Witt; or, comme le premier passe pour un coquin, et le second pour un grand homme de bien, je commençai par l'homme de bien, par cette raison qu'à table on commence par les mets sains, naturels, pour arriver aux saupiquets les plus épicés et les plus diaboliques.

— Le sujet est grave et sérieux, colonel^ ces comparaisons sont inutiles.

— Ah ! tenez, doctissime docteur ! — reprit le colonel en jetant quelques bûches au feu, — pour que je ne sois pas incommode, il faut me laisser dire jet faire tout ce que je veux, c'est le seul moyen de ne pas me contrarier, moyen dont je vous livre d'ailleurs le secret... Or, pour en revenir à ma comparaison de saupiquets, empruntée au vocabulaire de la dcessc Goinfrerie, je maintiens rpi'cllc n'est pas hors d'œuvre en parlant d'un de ses j^rètres... autrement dit, d'un cuisinier, puisque tout le monde affirme que le baron d'isola, aujourd'hui ambassadeur

76 LATRÉAUMOKT.

deLéopold, commença de s'illustrer, comme marmiton (1) dans la rôtisserie de cet empereur... Vous \oyez donc que mon image ne manquait pas d''à-propos.

Van-den-Enden ne dit mot, mais leva les épaules d'un air de résignation dédaigneuse, que le partisan iuterpréta parfaitement, car il reprit:

— Je vous fais pitié , n''est-ce pas . . . . A votre aise, mort-dieu! à votre aise... Vous n''en perdrez pas un mot pour cela... mais je continue... sans figure cette fois. J'allai donc d*abord voir Jean de Witt, pour lui remettre votre lettre ; or , moi qui m''attendais a me trouver devant une manière d- important, de premier ministre, qui penserait me commander le respect , j'avais justement pris pour cela mon masque le plus impertinent, parce que (je Pavoue en toute humilité) rien ne me prédispose plus à Tinsolence, que de savoir que je me trouve face à face avec un des grands de la terre ; mais que j''avais lort^ cette fois! quel homme que votre Jean de

(i) Voir Bayle — et plus bas les pamplilcls du (emps.

Witt ! mort-dieu ! avec «a simplicité. . . il m'a tout stupéfait ! moi!... moi! qui n''avais jamais baissé la prunelle devant les plus éblouissantes splendeurs! Enfin, j'arrive devant un petit degré, peut-être encore plus modeste que celui de votre école ; triple-dieu! je Pavoue... cette apparence commence déjà de me faire un peu réfléchir... Je frappe; et au lieu d'un suisse à liallebarde, ou d'un laquais galonné, qui vient m ouvrir. ..je vous prie?... une bonne grosse servante flamande , qui tenait un balai à la main ! Je demande le Grand Pensionnaire, en m apprêtant toujours à me bien révolter contre les délais sans fin que je vais être obligé de subir; mais point... la grosse fille me dit au contraire , en me faisant sa plus belle révérence: — Monsieur, suivez-moi, s'il vous piait ; M. Jean est Ta dans son cabinet. — Que dites-vous de cela , père la Sagesse ? M. Jean est là dans son cabinet! !I M. Jean ! !... le Grand Pensionnaire de Hollande! M. Jean!... le premier personnage de la république! ayant un huissier en jupon qui fiiit la révérence un balai \\ la

main!... Que vous dirai-je? Je suis cette servante a travers un corridor; une petite porte s'*ouvre, et je me trouve dans un cabinet, ma foi ! certainement beaucoup moins bien meublé que le vôtre!

— Grand homme! toujours le même, — se dit le docteur avec admiration.

— J'en Ire donc; votre JeandeWitt écrivait... Au bruit de la porte il se retourne, et, me voyant, se lève de son siège... Par le sang-dieu! je n\ii jamais rencontré de taille plus noble , et de figure à la fois plus ticre et plus avenante ; il était tout vêtu de noir comme un clerc. — Que désirezvous , monsieur ? — me dit-il d^ine voix pleine de douceur et de fermeté. Or , vous allez rire... mais que le démon nous serve a tous deux de parrain, si je ne sentis pas alors mon cœur battre... mais là, vraiment battre comme il n'avait jamais battu; et puis, pendant un moment, je suis devenu... comme triste...

— Le coeur vous a battu à la vue de Jean de Witt, colonel? — dit le vieillard en attacliant un regard perçant et étonné sur le

colosse; — et vous êtes devenu comme triste... Tant mieux pour vous...

— Tant mieux ou tant pis , peu m''importe , — répondit brusquement ]e partisan , sans vouloir paraître comprendre la pensée de Van-den-Enden ; — tout ce que je sais, c''est que le cœur m''a battu , et je n''ai pas honte de Tavouer ; était-ce le contraste si imprévu de ce que je voyais et de ce que je m''attendais a voir ? E lait-ce son grand air?... Etait-ce cette fameuse vertu que le monde proclame , qui m''imposait ainsi? je Tignore; mais, triple-dieu! tout ce que je sais, cY^st que moi, qui jusque là avais eu le gosier trop étroit pour le mot de monseigneur, et qui de ma vie n'avais seigneurisé personne... pas même M. le Prince ; je répondis, malgré moi , à votre diable de Jean de Witt: Monseigneur, la lettre que voici est de maître Affinius Van-den-Enden^ d*" Amsterdam , u D''Affinius!... et comment « se porte cet austère vieillard... ce rare e.':- « prit... ce modèle des gens de bien sur la u terre? » me demanda Jean de Witt avec empressement

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A ces mots^ Van-den-Enden essuya silencieusement une larme qui coula le long de ses joues creuses.

— Vous pleurez, mon digne philosophe, — reprit le partisan, — et vous avez raison... mort-dieu ; car il me semble que cela doit être fort touchant de savoir quVm pareil homme dit de pareilles choses devons... Cest comme moi... si je pouvais pleurer, je sanglotterais pour le moins... en pensant que le grand pensionnaire de la république d''enfer demande aussi aux compagnons qui le vont visiter... Eh bien, mes maîtres! comment va ce sacripant de Latréaumont ? ce grand pécheur ? ce modèle des vauriens sur la terre?

— Ceci est une triste et méchante raillerie, colonel!... dit gravement le docteur.-^ Si votre vie passée a été mauvaise, le noble but au(|uel vous concourez pourra peut-être Texpicr un jour au:^ yeux des hommes... mais je vous plains, si la grandeur de votre dessein ne peut vous relever à vos propres yeux ! Quant à la cause de la liberté, votre action seule lui est de quelque intérêt ; et

cPailleurs, qu''importe le fer de la clianiie , pourvu que le sol, débarrasse' par elle des plantes parasites qui le rongent, produise un jour de fraîches et riches moissons ! — s''écria Van-den-Enden avec enthousiasme.

— Qu'importe la charrue! Par Dieu!

vous avez raison: je dis comme vous, père la Sagesse , g'it'tw^o rie la charruel et j'adopte la comparaison ! Jean de Witt avait donc pris votre lettre des mains de la charrue^ votre très humble servante, lut attentivement; sa figure se colora un moment, ses yeux brillèrent, puis il soupira , parut reprimer un sentiment d^exaltalion involontaire, et après m"'avoir prie de m'asseoir, car, mort-dieu! je restais debout devant lui, tracassant la poignée de mon èpe'e, ou roulant mon feutre pour me donner une manière de contenance assurée... Jean de Witt me dit : « Monsieur, vous venez à moi pour une » telle cause et sous un tel patronage , que » je dois vous exprimer ma pcnse'e entière )) et inébranlable : en mon âme et cons- )) cience; le gouvernement que je reprè- )) sente, commclliail une action criminelle, t. I. 6

» et consëquemment une faute politique , » en favorisant une rébellion en France. w Louis XIV est notre allié, monsieur ; » entre lui et nous il y a la foi jurée, le » serment!... C^est vous dire : que quelque » profonde que soit mon éternelle sympa- » tliie pour la liberté au nom de laquelle w on tenterait cette révolte; c''est vous dire » que malgré les griefs de notre république » doit peut-être reprocher à votre roi, le » respect dû à la sainteté des alliances, » m''empéciîGra toujours d'^appuyer aucune » sédition dans votre pays, monsieur. »

— Or, voyez-vous, je vivrais cent ans (et entre nous , sérénissime docteur, je le désire plus que vous ne le pensez) , que j^entendrais encore, comme si j''étais dans le cabinet de Jean de Witt, sa voix sonore et pénétrante prononcer ces mots, que je vous rends sans altération aucune, car ils sont à jamais gravés dans mon esprit !

En apprenant le refus de Jean de Witt, Van-den-l">idcn ne put cacher son étonnemnnt; une douloureuse expression d^amer désappointement contracta ses lraits, mais

il resta muet. La tréaum ont parut comprendre le silence du vieillard, car il reprit :

—Eh bien, vous voilà absolument comme j''étais, père la Sagesse! demeurant coi devant Jean de Wilt, sans trouver un mot a lui dire... un seul ! pour combattre une re'solution qui ruinait en'partie notre projet... Cela est pourtant vrai ! je ne trouvais rien à lui objecter... rien! Car je jure Dieu que son accent, son regard, sa parole, son maintien, révélaient une foi si inaltérable h ce qu'il disait, une volonté si résolue d^igirselon celte pensée , qu''en ce momcnt-la il m''eùt semblé, voyez-vous, que vouloir le faire changer de détermination par mes paroles.,, eût été aussi fou que de vouloir changer par des paroles, le sens et la lettre de ces inscriptions de marbre qu''on lit au front des grands monuments!

Cette singulière comparaison, Pair sérieux et convaincu de Latréaumont, parut cette fois, faire quelque impression sur Vanden- Enden, qui lui répondit après un long silence, en secouant la télc avec tristesse :

— \ous dites vrai, colonel ; rien au monde

ne pourra chaiijjer la détermination de Jean de Witt ! et pourtant... j''aYais cru... oui, j'avais fermement cru : que les trahisons répétées du roi de France contre la république ; que Pamour de la liberté; que le désir ardent de se voir se propager au loin nos saintes et fécondes doctrines, auraient pu décider Jean de Witt à ne pas ménager une alliance que nos ennemis violent cruellement chaque jour!... 3Jais non... non, j''aurais dû le prévoir; cette àme est si pure et si élevée, qu'à chaque nouvelle félonie, elle répond par quelque noble action! encore une fois... cela est décidé, bien irrévocablement décidé... Je connais Jean de Witt.. Désormais toute instance auprès de lui serait vaine.... Et Tlsola, colonel? — ajouta le vieillard avec un soupir.

— LTsola... Oh! mort-Dieu! ce fut une autre chanson avec ce faquin ; mais attendez donc la fin de votre Jean de Witt. Voyant que je restais là, comme un écolier, le Grand Pensionnaire ajouta : « Veuillez ■>■> dire, monsieur, au vénérable savant f|ui u vous envoie, <|uc mon frère doit se rendre

» prochainement h Amsterdam, et qu'il lui » remettra ma re'ponsc, iong:ue, pre'cise et )) de'taillée ; en attendant^ repétez a Yan- » den-Enden que nos vœux et nos chagrins » sont communs, et que si malheureuse- » ment les temps ne sont pas encore venus, » la conviction que l'avenir est a nous... » doit au moins nous donner patience, es- » poir et courage. »

Puis Jean de Witt m'offrit ses services que je n''acceptai pas ; Phuissier ert jupons me reconduisit avec son balai, et je me trouvai dans la rue, aussi abasourdi que si je me trouvais devant le Père éternel, ou que si j''avais reçu un bon horion sur la tête.

— Oui, Pavenir est à nous!.. L'avenir!!.^ j'y crois de toute la puissance de ma foi dans le triomphe de notre sainte cause... mais ne pouvoir seulement soulever un coin du voile qui cache encorii à nos yeux cet éblouissant et majestueux tableau! — dit le vieillard avec un douloureux accablement.

— Ah! cela est cruel, je Tavouc... lorsqu''en un coin de ce magnifique tableau que vous dites, doctissime docteur, on pourrait

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espérer de voir aussi la potence de cet Artaban, de ce brutal visir de Louvois que je retrouverai un jour en enfer ou sur terre ! ! . . .

— reprit le colonel en fermant le poing d'un air menaçant. — Mais revenons li notre affaire. . . J'arriveau saupiquet. . , au coquin. . . a PIsola en un mot; oh! celui-là, mort-dieu! ne m''incpiiëtait guère. En ail an l a son hôtel je respirais à mon aise , je relevais ma moustache, je ni'insultais pour ainsi dire a moi-même, tantj'^avais l'air hautain; la rue n'était pas assez large pour moi ; enfin j''arrive au palais du seigneur l'Isola , Selon ce que je prévoyais bien, là, rien d'intimidant : gardes, laquais, officiers, gentilshommes, encombraient les salles, tout cela sentait fort son grand seigneur, et me donnait conséquemment mille démangeaisons d'insolence... Je monte donc le degré : le suisse m'arrête, et au nom de sa hallebarde me demande qui je suis. Moi... je le regarde... Vous comprenez bien, père la Sagesse, — dit le géant, en feignant de baisser dédaigneusement les yeux au-dessous de lui. —

— Je le regarde... et je passe. Les laquais

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me demandent où je vais? Je les regarde... et je passe; enfin j''arn\e à un salon où se tenaient quelques mignons vêtus de velours noir avec des chaînes d''or autour du cou. Jô dis à Fun de ces velours noirs : Prévenez votre maître que Latrëaumont , colonel , veut lui parler de la part de don Omodei d** Amsterdam... mais comme le velours noir semblait hésiter, je le regarde... et il se hâte de m''aller annoncer. En vérité, ce palais de Tancicn cuisinier semblait une maison royale, comparée à la pauvre demeure de Jean de Witt, de sorte que, mort-dieu ! je me sentais là comme chez moi, sans gêne ni vergogne; aussi, comme j''étais fatigué de ma route, je commençai, à la grande stupéfaction des velours noirs restants dans le salon, par m''étendre bel et bien sur une sorte de divan de soie que mes éperons éraillèrent quelque peu, je crois; puis je me mis, pour passer le temps, à fredonner une vieille chanson que mes braves Enfants perdus chantaient à la bataille du pont de Massouri ; tenez , la connaissez-vous docteur ?

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Et le colosse entonna d'aune voix de stentor ces deux premiers vers d''une chanson de la Fronde :

Que Mazarin se raiUe,

De nos cordons de paille, etc.

Puis il continua son récit, en voyant Tair impassible et dédaigneux du philosophe :

— Or, après dix pater de cette chanson, qui, bien que fort réjouissante pour moi , ne m'empêchait pas de trouver le temps long.,, je me lève, et prenant un autre velours noir par sa chaîne d'or... Est-ce que t»n maitre, lui dis-je, ignore que j^ittends depuis une demi-heure ? et que la compagnie de faquins de ta sorte n**est pas faite pour moi? a Mais... » dit le velours noir. Mais, mort-dieu, monsieur de Pannoiice, lui répliquai-je, marche ou cache tes oreilles!! Le drôle sort, et deux minutes après, il revient me chercher, JVntre alors dans un magnique appartement, et je me trouve en face dHm petit homme noiraud, maigre, à lafiguredc singe, au teint olivâtre, aux yeux perçants et faux, h moitié cachés sous une

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perruque brune, poudrée, toute rabattue et étalée par devant; cette espèce était fort splendidement vêtue d'un justaucorps de velours orange, à passements d'argent, avec des rubans bleus. Or, le tout, homme perruque et justaucorps, me venait à peine a la ceinture, et s''appelait Tlsola. « — Le sujet » qui vous amène, monsieur, est sans doute » fort pressant? » — me dit le ministre dHme voix aigre, en me regardant fièrement le dessous du menton. — Fori pressant en effet, monsieur, vu que je suis fort pressé, et que je n*'aime pas à attendre. — Le petit homme tâcha bravement de lever ses yeux sur les miens; mais la projection de ma moustache arrêta tout net son regard... se résignant alors, il reprit d^ui air toujours fâcheux: « ]N\ivcz-vouspasunc lettre de don » José Omodeï? » Oui, monsieur, la voici. L''Isola la prit, la lut, et un sourire diabolique plissa ses traits jaunis et ridés comme ceux d\me vieille sorcière. « Vous êtes bien le colonel Lalréaumont? » me dit le ministre en paraissant comparer ma personne au signalement qu''Oniodéi lui donnait, sans

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doute, de moi dans sa lettre. — Aussi vrai que vous êtes le baron de l'Isola, monsieur. c( Eh bien, monsieur le colonel, » reprit-il d'un air railleur, « voila donc enfin cette » pauvre France, toujours si débonnaire, » qui commence à compter le restant de )) sespistoles, et a comprendre qu''il vaut » mieux peut-être les garder pour soi que » de les porter au trésor du roi ? Voilà donc » que ces honnêtes citadins commencent à » sentir que le fouet du maître leur est rude )) et cuisant? Sur ma parole, moi, je croyais « qu'ails ne s''aviseraient de dire hoU» ! qu''a- » lors que leurs bourses seraient à sec et )) leurs dos à vif; mais enfin ils se décident, » et c''est déjU beaucoup... s''ils se décident, )) les pauvres pacifiques! » — Triple-dieu! docteur,^ voyez-vous, je suis un mécréant, un vaurien, soit; mais le sang me montait au visage en entendant cet avorton parler ainsi de la France! Vous me direz que cette indignation n"'était pas conséquente avec ma conduite pendant nos guerres civiles; c'est possible... mais ce qu'il y a de sur, c'est que je me sentais furieux!

— Il se peut, colonel , parce qu^au fond des cœurs les plus,., endurcis, il est certaines fibres qu'une insulte a la patrie fera toujours vibrer.

— Oh! mille dieux! la fibre vibra, je vous jure... et si vigoureusement que je pris le bras du petit justaucorps orange dans ma main, et je le serrai de telle force, que si je ne Teusse pas tenu ferme comme dans un ëtau, l'Isola sautait sur une sonnette placée près de lui. « Colonel! s''ecria-t-il en pass;)nt de l'olivâtre au jaunâtre ; colonel, que faitesvous? » Rien, monsieur; c''est TefFet de Fassaisonnement de vos paroles, que je trouve trop épice'es, et qui me donnent de ces mouvements-la ; car, voyez-vous , mon digne monsieur! ce n''est pas le tout pour un faquin de cuisinier, que d''accominodcr bravement une accolade de lapereaux , en sauce au verjus (l)^ une tourte aux pigeons,

(i) Pour comprendre ce jeu de mois, il faut snvoir que le baron de l'Isola ôlnil auteur d'un [i.mi|)lik'l iulilulé : La Sauce au rcrjxis, destiné à réfuter un écrit dv M. do Verjus, envoyé du roi de Suéde. — Ce paniplilet fut publié sous le non» de

Fr. ff'arendorp. — M. de Louvois y (il répondre par un aulic sons le litre d'Avis au plénipotentiaire Cvisinier.

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OU des perdrix au gingembre !.. il faut encore qu''il sache servir chacun selon son goût. Or, moi, monsieur, je n'aime pas le sel de certaines plaisanteries, et vos railleries sur la France me sont de trop piquante saveur ; comprenez-vous? « Parfaitement, » me dit l'Isola avec un diabolique sang- froid ; » mais » vous m'excuserez, colonel, parce que vous » savez qu'on dit : A palais de fer... ra- » goût de feu. » Cette assurance me surprit, et risola, qui s'élait tout-a-fait remis de l'espèce de frayeur que je lui avais causée ,^ reprit : « Tenez, on dit que j'ai été cuisi- « nier, n'est-ce pas? ch bien! soit... C'est » peut-être parce que j'ai servi a aucuns, » certains plats de mon métier, qu'on en » parle si fort! mais le temps presse, cau- » sons sérieusement. » Eh bien donc, lui dis-je, venons au fait en peu de mots. Ainsi que vous avez dû le voir plus au long dans la lettre qu'Omodeï vous écrit, ma famille estdelNormandie ; je connais cette province, j'y ai des amis et une influence certaine; les taxes sont énormes, le peuple en souffre, la bourgeoisie s'en j>laint, et la noblesse s'ir-

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rite; je crois donc une sédition possible dans CCS quarticrs-lb, sédition qui pourra peutêtre amener un soulèvement général en France. Maintenant, voulez-vous appuyer cette révolte de votre argent, de vos munitions et de VOS vaisseaux, c''cst un oui ou un non que je vous demande?

— A. cette proposition, <jue répondit Tlsola, colonel?

— .Après avoir réfléchi quelques moments et parcouru une carte de France avec attention, il me dit : « Je ne vous parlerai » pas, colonel, de Tintérét que TEmpire et » TEspagne (c''est tout un) ont à ce soulè- }) vement, car s''il réussit, si les provinces )) de France se déclarent indépendantes, » Tunité monarchique disparaît, et le ca- » losse qui nous effraie n'est plus a craindre; » s''il ne réussit pas, nous avons au moins » favorisé en France des désordres toujours » graves et dangereux; ainsi donc, notre » politique veut que nous appuyibns les sé- » ditieux; ouvertement ^ si les événements » amènent de nouveau la guerre avec la )) France; secrètement^ si les choses demcu-

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)) rent où elles sont. Mais vous, colonel, » qui, selon ce que m'apprend Omodei, » ajouta le petit homme avec un sourire de singe, » vous qui avez une longue et habile )) expérience des partis, vous n'ignorez pas )) sans douie que, pour rendre une sédi- » tion réelle et considérable, il faut pou- » voir montrer un drapeau, pouvoir met- » tre à la tète de la révolte un nom illustre » et retentissant, auquel la noblesse, la » bourgeoisie et le peuple veuillent bien se » rallier et se soumettre ! un nom enfin qui, » par la haute position de celui qui le porte, » puisse donner assez de confiance aux gou- » vernements étrangers, pour soutenir ef- » ficacement une rébellion tentée sous son » patronage. Or, colonel, » ajouta Plsola avec un air humblement narquois qui me faisait bouillir lesangdans Icsveines : a bien » que vous soyez un fort brave, fort liono- )) rable , et fort bon gentilhomme , et, de » plus, fort influent en Normandie, ainsi » qu^on m'en assure dans cette lettre, fran- » chement, je ne pense pas que vous puis- )) siez être le chef reconnu, avoué, de cette

» rcvolle. Or, avant d'aller plus loin, clitcs- » moi au nom de quel grand seigneur vous » agissez? car il m''est impossible de rien » conclure sans ce renseignement... Quant )) à ma discre'tion, rintërétde ma politique » vous en répond. »

— Au nom de ([uel grand seigneur! — - — s''écria Van-den-Enden, qui depuis quelques moments contenait à peine son indignation : — au nom de quel grand seigneur! La cause de la liberté n''est-elle donc pas assez belle, assez sainte, assez noble, pour qu''on la défende en son seul et propre nom? Oh! étrange folie des hommes! il s''agit d''abattre un pouvoir de nom, de caste , de privilège, et voilà qu'avant tout on invoque, pour cela faire, le nom, la caste et le privilège !

Lalréaumont haussa imperceptiblement les épaules, ne voulant pas sans doute choquer absolument le vit illard dont il avait encore besoin, et lui dit :

— Calmez-vous, sérénissime docteur...

calmez-vous... Sans doute, cela semble peu logi(juc, d'abord, et puis fou ensuite; mais

9C LATRÉAUMOXT.

que voulez-vous? cela s'est toujours pralique de la sorte : voyez, dans toutes les séditions : c''est le duc de Bourgogne , c"'est le duc de Guise, c'est le duc de Montmorency, c''est le duc de Biron, c'est le marquis de Cinq-Mars, c'est le duc de Rohan, c''est le prince de Condé ; enfin, partout, les chefs de ligue et de mécontents ont été de grands seigneurs. Pourquoi? parce que peuple, bourgeois ou nobles, le veulent ainsi; et, mort-dieu! ne savez- vous pas d''ailleurs, que les moutons ne marchent jamais qu''à la suite du seigneur bélier! quoique le seigneur bélier les crève ça et là de coups de cornes ; encore une fois, que voulez-vous ?... la bète est ainsi faite... Aussi, franchement, bien que mon envie de quereller Plsola fût grande, je ne pus nPempécher d'avouer en moi qu'il avait raison, et fort raison; car je vous assure que malgré l'estime profonde oii je tiens mcssire Jules Duhamel de La- Iréaumont, je ne pouvais véritablement Padmetlre ni le proposer comme continuateur des grands séditieux que je viens de vous nommer.

— Enfin, que lui avez-vous répondu P

— Vous sentez bien, mon vénérable ami, que j'aurais eu Pair cPune pécore, en paraissant m''èlrc aventuré de la sorte sans base et sans appui ; aussi, pour éluder la question, je me retranchai sur ce que Péminentissime personnage dont j'étais Tagent ne m\ivait autorisé n le nommer qu\'\lors que je lui aurais rendu compte de mon entrevue avec risola. — a Eii bien ! colonel, » me dit le petit homme, « dès que vous m''aurez » nommé ce personnage, et prouvé saparti- » cipation au complot, je vous le répète, » s'il a un nom (jui puisse nous donner )} créance, nous traiterons avec vous sur » rheure, et ni Targent, ni les munitions » ne manqueront a votre entreprise. » A. cela que dire?... Entre nous, docteur, c''élait raison et bon sens s''il en fut; aussi, prenant congé de Tlsola, aussi fièrement que je Pavais abordé, je remontai à cheval, et me

voici.

— Encore une vaine tentative, encore un espoir déçu ! — se dit Yan-den-Endcn avec amertume ; puis il ajouta : - Je regrette

sincèrement, coîonei, que les scrupules politiques de Jean de W itt et les conditions de rîsola fassent ainsi avorter vos projets; grâce à l'appui de tous deux, je croyais possible un soulèvement tente au nom de la lii3crlé, je comptais sur un ci i d''indëpendance poussé par toute une province , auquel la France entière eût peut-être répondu... je me suis trompé, il n''y faut plus songer ..

— Comment, mort-dieu !n*'y plus songer, docteur! — s''ccna le colosse, en frappant si violemment sur la table de travail de Vanden Enden, qu''il fit tomber plusieurs des livres qui s*'y trouvaient. — ]\''y plus songer, Iriple-tlieu! au moment où tout nous sourit! aumomcntoii nous avons Pappui certain de riimpire et de TEspagne, si nous avons serlement un nom a jeter à ce faquin de Tlsola ! ,\b c;i, mais vous êtes donc malade, mon vénérable ami?

— Et (|ue prétendez-vous faire à celle heure, coloael ? — réj^ondit froidement le philosophe.

— Ce que je prétends faire ? mort-dieu!., mais retourner en France et n^y metlre

aussitôt en quête de quelque grand seigneur, qui, mécontent de la cour, de sa maîtresse, ou de ses créanciers, veuille bien, par occasion, délivrer son pays du joug qui l'opprime, et nous donner Poccasion d appliquer votre beau système de république à ma chère patrie ?

Van-den-Enden, d^ibord surpris de Tassurance du partisavi, sembla néanmoins vctléchir à sa proposition, puis il ajouta :

— Mais vous éfes proscrit, colonel?

— Proscrit... proscrit... c''est-a-dire que cet impertinent de Louvois m\a fait conseiller de voyager. Or, comme cela entrait assez dans mes vues, j\ai suivi son conseil ; mais comme maintenant il entre dans mes vues de revenir en France , j''y reviendrai ; d\ailleurs, n''étant sous le coup d'aucune condamnation, je ferai une apparente soumission et me tiendrai tranquille pour chercher à mon aise Thomme <pi''il nous faut, pour donner figure et bon air à notre révolte qui, laissant ainsi dans le sillon, son sarrau populacier, deviendra, mort-dieu! un soulèvcmenl de qualité, tel que !e veut mon-

seigneur risola, ancien marmiton de S. M. impériale.

— " Oui, cela est toujours ainsi, — dit Van-den-Enden avec une poignante ironie; — lorsque la révolte aux cents bras s''est dressée menaçante, vient alors un chef nul, misérable ou ambitieux, mais d'^antique et de noble lignage, qui, pour donner bon air^ comme ils disent, a cette révolte, lui impose son nom ; de sorte cjue Pinsurrection, cette sainte et commune protestation de tout un peuple opprimé, finit par s''appeler Guise , Bourgoffne ou Condé ! !

Puis après quelques moments de profonde réflexion, et relevant la tète avec orgueil, le vieillard ajouta : — Mais enfin, avant que d'accepter pour chef Bourgogne ou Condé, le peuple a toujours fait acte de volonté et de vie : il a exercé sa puissance, il a parlé de sa grande voix et il a été écouté ! Il a enfin senti et prouvé tout ce qu''il pourrait faire, quand il voudrait seulement se compter... cl compter ses oppresseurs! Eh bien, qu'importe! cjuand il n\iurait été maître qu^m jour!... <pi\me heure!

LE VOYAGE. fOl

Ce jour, cette heure de souveraineté lui donneront au moins une terrible conscience de sa force et de son droit ; et ce sera toujours un pas immense vers son émancipation !

xVlors s''adressant à Latréaumont, le vieillard lui dit d''une voix nette et brève : — Pensez-vous, en effet, colonel, trouver en France un grand seigneur qui veuille se mettre à la tète de ce mouvement populaire?... le pensez-vous?

— Si je le pense!... assurément je le jKinse, — dit le partisan avec son imperturbable présomption. — La cour regorge de mécontents, et des plus nommés encore! Il s''agit seulement d''arnver a propos, de profiter d'un moment de dépit , de colère , de ruine, alors de bien pousser mondit seigneur, d''cngagcr aussitôt l'affaire, et de le compromettre de telle sorte qu'il ne s'en puisse plus tirer; or pour cela, comptez sur moi, mon digne savanl ; je suis un fin limier; et je veux que vous soyez pendu, si avant six mois je ne reviens pas ici , avec un écusson aussi noble (jue celui de Wonlmorency, pour servir d'enseigne li notre sédi-

102 LATIVÉAUMONT.

tion ! Alors nos projets s''exécutent ; et croyezmoi, jamais republique ne se sera implantée dans un terrain plus fertile que dans cette grasse Normandie, et surtout ! si nous déposons les premiers germes de ma loi de rêcu'pérQtion libre (projet législatif en faveur des dépossédés, dont je vous parlerai plus au long) du côté de certains fiefs de Craconville et de Carmoy," fiefe adorés dont j''ai été dépouillé par la monstrueuse avidité de mes créanciers, et dont je voudrais sincèrement, pour Pexemple et la gloire de notre cause, voir reverdir la possession en ma faveur.

— Quand pen^z-vous partir , colonel ?

— dit le vieillard tout pensif.

— Je partirai demain après votre déjeuner, vu (pie le temps presse, et cju' Amsterdam n''est pas lout-'a-fait aussi joyeux que Venise la folle, durant son carnaval. Mais, sérénissime docteur, pour que Poiseau vole il lui faut des ailes, et je n''ai pas d''ailes, ni de plumes, ni d''or, ni d*'argent, ni de cuivre; car, de vos vingt pistoles, il ne me reste rien, ou peu de chose. Je compte donc que vous

7,i: VOYAGE. 103

m''en avancerez trenlc ou «juarantc autres encore.., ce qu**!! me faut enfin pour arriver à Paris, car, une fois là, oh! je dis comme votre Jean de Witt : l'avenir est à moi > parce que, voyez-vous, dans cette glorieuse ville-là, un brave et vigoureux gentilhomme qui a ses des dans sa poche et son épée sur la hanche, trouvera toujours à souper, à coucher, et encore chaque matin, au fond de sa bourse, Pëternel ëcu du Juif errant. Taï)dis cjue vos damnes marécages , mille-triples-dieux! les talents ne sont ni payes, ni connus; ainsi donc, ajoutez trente pistoles aux vingt que vous m''avez déjà données, et ce sera pour la somme de cinquante pistoles, que la cause de la liberté vous devra éternellement bénir.

Après un long silence, Van-den-Enden se leva, et alla vers un meuble où il prit de Pargent, et dit à Latrëaumont en lui donnant la somme qu'ail demandait :

— Vous me trompez peut-être? Peut-être, une fois hors de celte maison , vous rirez du vieillard assez fou pour aventurer le peu qu'il possède sur vos promesses fanfarûimes

au lieu d'employer cet argent à secourir ses frères!... Mais il est possible aussi que yous pensiez véritablement à servir notre sainte cause, non par dévoueaient pour elle, mais par intérêt pour vous, mais enfin, comme vous la pouvez servir... Voici cet argent: en ne vous le donnant pas, j''aurais, je le sens, un éternel ro:mords d''avoir pu , par ma défiance, nuire peut-être au triomphe de ma foi ; allez donc en France chercher un nom^ puisqu''il faut un nom, — dit le vieillard av ce n soupir.

— Et je trouverai ce nom, mon digne docteur, croyez-moi. Quant à me rire de vous... le sujet serait mal choisi; et puis je suis brutal, querelleur, avide; enfin j'ai, si vous le voulez, tous les défauts et tous les vices du monde, mais quand on m''a fait du bien... et que je n''ai pas véritablement de raisons pour en être ingrat, je ne l'oublie pas. Je sais, mort-dieu ! que c''est à la cause que je sers indirectement, que vous vous intéressez, et non pas a moi, Duhamel de I-Ptréaumont, qui ne mérite rien de vous; mais je dis aussi, qu'importel Vous

m''avez accueilli, secouru, vous m\"ivez aidé dans une entreprise qui , jusqu''ici vague , devient maintenant presqu\issurëe... Eh bien, vénérable docteur, ce sont choses et faits (jue je n''oublierai pas... je le jure par... Mais — reprit le partisan en s''interronipant; mais, comme après tout, je n''ai rien au monde de sacré à invocjucr, je vous dirai simplement que je n'oublierai pas votre accueil... Adieu donc, brave et digne docteur... Adieu donc et à bientôt, si le diable ne m'appelle h son aide, — ajouta Latréaumont en serrant dans ses larges mains les mains tremblantes du vieillard.

— Adieu donc, colonel!

Et le lendemain, Latréaumont partit pour la France...

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