‹ Latréaumont (volume 5)Chapitre 20 sur 25 · I^ESTORTUAIRE · texte numérisé non relu

I^ESTORTUAIRE

parement d'or et d'*incarnat, tenant, dis-je, de sa main respectueusement dégantée, T^'^tortuaire qu'il devait offrirau roi ; le Grand- Veneur s''avançait, appuyant le manche de cette baguette sur sa cuisse droite, dont Télegant et fin contour se dessinait sous Tccarlate de son haut-de-chause ; enfin, approchant sa botte noire et luisante du flanc intelligent de son cheval, et Teffleurant de ses éperons d'or, le Grand-Veneur lui fit faire une dernière courbette qui le mit a la portière du carrosse de Louis XIV.

Une espèce de frémissement sourd parcourut alors la foule inquiète, qui, depuis quelques instants admirait la grâce majestueuse avec laquelle le chevalier avait traversé Tespace cjui le séparait du roi.

Par un mouvement involontaire, Louis XIV serra dans sa main le manche de son fouet, s'affermit sur son siège, et plissant ses sourcils, attendit 'le Grand-Veneur avec assez de fermeté , pendant que mesdames de Montespan et de Lavallière, afin de cacher aux regards curieux des courtisans Texpression de leurs traits pendant celte scène,

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mirent leurs masques de velours noir, semblant ainsi vouloir se préserver de Tardeur du soleil,

M. dcRohan, calme et pâle, prenant donc VEstortuaire par le bout, en offrit respectueusement la poignée au roi après Pavoir profondcDient salué, et lui dit : — Sire, j'attends les ordres de Votre Majesté pour le laisser-courre.

Le roi ne prit pas VEstortuaire, et répondit d'une voix altérée par Tembarras et le courroux : — Monsieur de Rohan, j'avais ordonné à M. Colbert de vous faire savoir ma volonté.... Je le blâmerai sévèrement de ne m''avoir pas obéi.

Il vous a obéi. Sire; mais c''est moi qui, sur de n'avoir jamais démérité de Votre Majesté, depuis que j^ii Thonneur de la servir, n''ai pas cru que telle fût votre suprême volonté. Sire! car j''ose Pespérer encore, Votre Majesté ne voudra pas flétrir d''un pareil affront un des grands officiers de sa couronne.

— {Monsieur de Rohan, apprenez que je ne dois compte de mes volontés à personne!

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et que le devoir de mes sujets, et surtout des serviteurs de ma maison, est de s''y soumettre aveugîëment.

Bien c|u''aux yeux de la cour attentive ce dialogue entre Louis XIY et le Grand-Veveur semblât calme en apparence, on y sentait sourdre une âpre colère comprimée chez le roi par la dignité théâtrale de son rang, à laquelle il ne faiUit que rarement, et chez le chevalier, par le respect inné de la majesté royale, et la conscience de Teffrayante témérité de sa démarche.

— Sire, — reprit le Grand-Veneur avec un sentiment d''irritation et de fierté causé par les derniers mots de Louis XIV, — la Maison de Rohan qui compte tant d'^alliances souveraines, s''est toujours tenue profondément heureuse et honorée de pouvoir servir la Maison de Bourbon , et c'^est au nom des services rendus par ma maison à la vôtre^ Sire, que j''osô venir réclamer de Votre Majesté la justice qui m''est duc, et qu''elle ne voudra pas, sans doute me refuser.

— Monsieur de Rohan, je ne vous comprends pas, — répondit* le roi d"un air dis-

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trait, en agitant machinalement son fouet, et paraissant combattre un mouvement criiésilation.

— Eh bien. Sire, — dit le chevalier en élevant la voix, mais se contenant encore, — je vais tâcher de me faire comprendre de Votre Majesté : Hier, Sire, moi Grand- Veneur de France, j''ai reçu les ordres de Votre Majeslé pour la chasse d''aujourd''hui. Je me suis occupé d'assurer les plaisirs de Voire Majesté, et maintenant, Sire, vous m'^ordonnez d''abandonner mes droits les plus précieux à l'un de vos officiers particuliers; eh bien! Sire, cVst de ceci que je demande justice a Votre Majesté, justice, qu''elle me [fera en acceptant VEstortuaire tjue j"'ai rhonneur de lui présenter, et en me commandant de faire courre la meute de la vénerie royale. Maintenant, Sire, oserai-je croire que Votre Majeslé a daigné me comprendre ?

11 était difficile dV'luder une «juestion posée de la sorte ; aussi Louis XW voulant, sans y répondre directement , terminer cette scène embarrassante, dit a voix haute

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