COUPLET
L'affreux poison circule dans ses Teino», ïl a glacé cet ange de douceur. Lors , Médicis, succombante ses peines , Kegarde Blanche et se meurt de douleur.
Au moment où j'allais terminer le dernier couplet , je levai les yeux sur la glace qui était devaat
( 175 > mol^ et J'aperçus James leconde appuyé sur le dos de ma chaise, et cherchant à cacher avec sa main les larmes qui coulaient sur ses joues. Ce spectacle à la fois doux et pénible me troubla tellement, que ma voix s'étaignit ; je balbutiai la fin de l'air qu'on entendit à peine. Lucie et le curé me dirent mille choses obligeantes sur la manière dont je l'avais chanté } mais sir James , plongé dans sa rêverie , garda le plus profond silence. On parla des arts , et pour la première fois je ne me mêlai point à une conversation toujours intéressante pour moi ; mais je ne pensais qu'à l'émotion de James^ Je me reprochais d'avoir choisi ur> morceau qui devait réveiller ses souvenirs douloureux^ et ce qui
■( 17^ ) im'occiipait encore plus , c'ëtaît de le voir trop vivement pénétré ^une ancienne douleur, pour jamais espérer de l'en consoler par un auire sentiment.
M. Bomar coucha le soir à Savinie. Je lui dis en secret que j'avais formé le projet de retourner aujourd'hui à Varannes , et que je le priais d'accepter une place dans ma voiture. Je veux partir, lui aîje dit , avant le réveil de Lucie ,.
mes adieux l'affligeraient , et je dois lui sauver un moment pénible pour tontes deux. Il approuva mon dessein , et nous l'avons exécuté sans obstacles. J'ai laissé à Jenni un billet pour sa mère , dans lequel je lui répète tout ce que mon amitié lui a exprimé tant de fois ; je lui dis aussi que j'es-
'( ^77 ) père venir passer quelques fouis avec elle l'été prochain ; mais je t'avoue que je suis bien décidée à n'en rien faire. J'essaierais vainement de te donner l'idée de ce que j'éprouve maintenant , je ne le définis pas moi-même. J'ai quitté Savinie sans répandre une larme.
En arrivant ici tout m'a paru changé, et cependant rien ne l'est quemoncœur. Mabelle-mèrem'a comblée d'amitié , j'en ai été faiblement touchée. M.'"^ de GeF-, court et l'abbé m'ont fait des épigrammes qu'à peine ai-je entendues ; Caroline est la seule dont je me sois un instant occupée ; je l'ai trouvée si pâle , si triste y que j'ai craint qu'elle ne fût malade ou malheureuse. Je lui ai parlé de ia santé avec un sincère intérêt;
( lyS )
inaîs elle m'a répondu si laconiquement , que je n'ai pas osé lui faire d'autres questions. Je suis sortie du salon de bonne heure , et quand je me suis vue seule j'ai voulu t'écrire. J'ai passé dans mon cabinet , la première chose qui se soit offerte à ma vue a été le portrait deHenri, son image a retracé tous mes souvenirs ; et pendant deux heures , les yeux attachés sur cetableau, je n'ai pensé qu'aux moyens d'éteindre mon amour.
Je me suis reprochée de verser d'autres pleurs que ceux dus à la mémoire de mon époux ; j'ai promis de ne plus l'offenser par des vœux coupables, et j'espère être lidèle à ce serment.
Adieu , mon amie , voilà la der-
( 179 ) niére longue lettre que tu recevrai, car si je m'impose la loi de ne plus te parler de lui , qu'aurai-je à te dire ?
Fin du second volume.
PQ Gay, Sophie (Nichault de
2260 Lavalette)
G25L3 Laure d'Estell