‹ Laurette (volume 2)Chapitre 4 sur 4 · GS · texte numérisé non relu

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Pensées

Dieu a jeté — c'est ma croyance — la terre au milieu de l'air et de même l'homme au milieu de la destinée. La destinée l'enveloppe et l'emporte vers le but toujours voilé. — Le vulgaire est entraîné, les grands caractères sont ceux qui luttent. — Il y en a peu qui aient combattu toute leur vie; lorsqu'ils se sont laissé emporter par le courant, ces nageurs ont été noyés. — Ainsi, Bona-

parte s'affaiblissait en Russie, il était malade et ne luttait plus, la destinée l'a submergé. — Caton fut son maître jusqu'à la fin. — Le fort fait ses événements, le faible subit ceux que la destinée lui impose. — Une distraction entraîne sa perte quelquefois, il faut qu'il surveille toujours sa vie : rare qualité.

La seule faculté que j'estime en moi est mon besoin éternel d'organisation.

A peine une idée m'est venue, je lui donne dans -la même minute sa forme et sa composition, son organisation complète.

Comme le petit Poucet, en partant, remplit sa main de grains de mil et les jeta sur sa route, nous partons et Dieu nous remplit la main de jours dont le nombre est compté, nous les semons sur notre route avec insouciance et sans

nous effrayer d'en voir diminuer le nombre.

La réputation n'a qu'une bonne chose, c'est qu'elle permet d'avoir confiance en soi et de dire hautement sa pensée entière.

Que Dieu est bon, quel geôlier adorable, qui sème tant de rieurs qu'il y en a dans le préau de notre prison ! Il y en a (le croirait-on?) à qui la prison devient si chère, qu'ils craignent d'en être délivrés ! Quelle est donc cette miséricorde admirable et consolante qui nous rend la punition si douce ? Car nulle nation n'a douté que nous ne fussions punis — on ne sait de quoi.

Il faut surtout anéantir l'espérance dans le cœur de l'homme.

Un désespoir paisible, sans convulsions de colère et sans reproches au ciel, est la sagesse même.

Dès lors, j'accepte avec reconnaissance tous les jours de plaisir, tous les jours même qui ne m'apportent pas un malheur ou un chagrin.

On a de la peine à s'imaginer que Robespierre ait été un enfant, porté par sa bonne, à qui sa mère ait souri et dont on ait dit : « Le beau petit garçon ! )>

J'ai dans la tête une ligne droite. — Une fois que j'ai lancé sur ce chemin de fer une idée quelconque, elle le suit jusqu'au bout malgré moi. Et pendant que j'agis et parle.

L'histoire du monde n'est autre chose que la lutte du pouvoir contre l'opinion générale. Lorsque le pouvoir suit l'opinion, il est fort; lorsqu'il la heurte, il tombe.

L'art est la vérité choisie.

Si le premier mérite de l'art n'était que la peinture exacte de la vérité, le panorama serait supérieur à la Descente de Croix.

Exempt de tout fanatisme, je n'ai point d'idole. J'ai lu, j'ai vu, je pense et j'écris seul, indépendant.

L'homme est si faible, que, lorsqu'un -de ses semblables se présente disant : <( Je peux tout », comme Bonaparte, ou : « Je sais tout », comme Mahomet, il est vainqueur et a déjà à moitié réussi. De là le succès de tant d'aventuriers.

Lorsqu'un siècle est en marche guidé par une pensée, il est semblable à une armée marchant dans le désert. Malheur aux traînards ! Rester en arrière, c'est mourir.

Quel intervalle sépare la curiosité qui fait accourir le peuple au passage d'un

roi, ou à celui d'une girafe, d'un sauvage ou d'un acteivr ? — Est-ce un cheveu ou une aiguille?

Il faut que les hommes de talent se portent sur les points menacés du cercle de l'esprit humain, et se rendent forts sur ce qui manque à la nation- La pensée est semblable au compas qui perce le point sur lequel il tourne, quoique sa seconde branche décrive un cercle éloigné.

L'homme succombe sous son travail et est percé par le compas.

La raison offense tous les fanatismes.

L'humanité fait un interminable discours dont chaque homme illustre est une idée.

L'éclectisme est une lumière sans doute, mais une lumière comme celle

de la lune, qui éclaire sans échauffer. On peut distinguer les objets à sa clarté, mais toute sa force ne produirait pas la plus légère étincelle.

Parler de ses opinions, de ses amitiés, de ses admirations, avec un demi-sourire, comme de peu de chose que l'on est tout près d'abandonner pour dire le contraire : vice français.

Du Christ. — L'humanité devait tomber à genoux devant cette histoir^, parce que le sacrifice est ce qu'il y a de plus beau au monde, et qu'un Dieu né sur la crèche et mort sur la croix dépasse les bornes des plus grands sacrifices.

Le seul beau moment d'un ouvrage est celui où on l'écrit.

En politique, je n'ai plus de cœur. Je ne suis pas fâché qu'on me l'ait ôté,- il

gênait ma tête. Ma tête seule jugera dorénavant et avec sévérité. Hélas!

Le jour où il n'y aura plus parmi les hommes ni enthousiasme, ni amour, ni adoration, ni dévouement, creusons la terre jusqu'à son centre, mettons-y cinq cents milliards de barils de poudre, et qu'elle éclate en pièces comme une bombe au milieu 'du firmament.

Les Français ont de l'imagination dans l'action et rarement dans la méditation solitaire. '

Le monde a la démarche d'un sot, il s'avance en se balançant mollement entre deux absurdités : le droit divin et la souveraineté du peuple.

Il est dit que jamais je ne verrai une assemblée d'hommes quelconque sans me sentir battre le cœur d'une sourde colère contre eux, à la vue de l'assu-

rance de leur médiocrité, de la suffisance et de la puérilité de leurs décisions, de l'aveuglement complet de leur conduite.

Oh! fuir! fuir les hommes et se retirer parmi quelques élus, élus entre mille milliers de mille!

Naître sans fortune est le plus grand des maux. On ne s'en tire jamais dans cette société basée sur For.

L'année est écoulée. — Je rends grâces au ciel qui a fait qu'elle se soit passée comme les autres, sans que rien ait altéré l'indépendance de mon caractère et le sauvage bonheur de ma vie.

Je n'ai fait de mal à personne. Je n'ai pas écrit une ligne contre ma conscience, ni contre aucun être vivant; cette année a été inofTensive comme les autres années de ma vie.

Une actrice vraiment inspirée est charmante à voir à sa toilette avant d'entrer en scène. Elle parle avec une exagération ravissante de tout ; elle se monte la tête sur de petites choses, crie, gémit, rit, soupire, se fâche, caresse, en une minute; elle se dit malade, souffrante, guérie, bien portante, faible, forte, gaie, mélancolique, en colère; et elle n'est rien de tout cela, elle est impatiente comme un petit cheval de course qui attend qu'on lève la barrière, elle piaffe à sa manière, elle se regarde dans la glace, met son rouge, l'ôte ensuite; elle essaye sa physionomie et l'aiguise; elle essaye sa voix en parlant haut, elle essaye son âme en passant par tous les tons et tous les sentiments. Elle s'étourdit de l'art et de la scène par avance, elle s'enivre.

Le génie épique a la place d'étendre ses ailes dans le grand roman. Dans le drame, il faut qu'il se réduise à de trop

étroites proportions. Comme je trouve l'histoire à la gêne même dans les drames de Shakspeare ! comme il a senti qu'il étouffait!

Bonaparte meurt en disant : Tête d'armée, et repassant ses premières batailles dans sa mémoire ; Canning, en parlant d'affaires ; Cuvier, en s'analysant lui-même et disant : La tête s'engage.

Et Dieu? Tel est le siècle : ils n'y pensèrent

[pas !

Oui, tel est le siècle. — C'est que la raison humaine est arrivée en ces hommes et doit arriver en tous à la résignation de notre faiblesse et de notre ignorante. Soyons tout ce que nous pouvons être, sachons le peu que nous pouvons savoir. C'est assez pour si peu de jours à vivre. La résignation qui nous est la plus difficile est celle de notre ignorance. Pourquoi nous résignons-nous à tout, excepté à ignorer les mystères de l'éter-

nité? À cause de l'espérance qui est la source de toutes nos lâchetés. Nous inventons une foi, nous nous la persuadons, nous voulons la persuader aux autres, nous les frappons pour les y contraindre. — Et pourquoi ne pas dire :

— Je sens sur ma tête le poids d'une condamnation que je subis toujours, ô Seigneur ! mais, ignorant la faute et le procès, je subis ma prison. J'y tresse de la paille pour l'oublier quelquefois : là se réduisent tous les travaux humains.

Je suis résigné à tous les maux et je vous bénis à la fin de chaque jour lorsqu'il s'est passé sans malheur. — Je n'espère rien de ce monde et je. vous rends grâce de m'avoir donné la puis sance du travail, qui fait que je puis oublier entièrement en lui mon ignorance éternelle.

L'élégante simplicité, la réserve des manières polies du grand monde, causent non seulement une aversion profonde

. PENSÉES 8l

aux hommes grossiers de toutes les opinions, mais une haine qui va jusqu'à la soif du sang.

La presse dévorera l'éloquence : elle l'a déjà mangée à demi. — Dans l'antiquité, qui perdait une représentation de Cicéron perdait tout; aujourd'hui, on se dit :

— Je ne l'ai pas entendu ce matin, qu'importe! je le lirai demain.

Quelquefois, notre langue a embelli ce qu'elle a touché ; cela est rare, il est vrai. — T'aime mieux Michel-Ange que MichelangelOj et Florence que Firençe.

Le véritable citoyen libre est celui qui ne tient pas au gouvernement et qui n'en tient rien. — Voilà ma pensée et voilà ma vie.

L'amélioration de la classe la plus, nombreuse et l'accord entre la capacité

prolétaire et l'hérédité propriétaire sont toute la question politique actuelle.

Pour l'homme qui sait voir, il n'y a pas de temps perdu.

Ce qui serait désœuvrement pour un autre est observation et réflexion pour lui.

Le charlatanisme est à son comble. Je ne sais ce qui peut le faire cesser si ce n'est son excès; j'espère en lui beaucoup.

Le noble et Vignoble sont les deux noms qui distinguent le mieux, à mes yeux, les deux' races d'hommes qui vivent sur terre.

Ce sont réellement deux races qui ne peuvent s'entendre en rien et "ne sauraient vivre ensemble.

Les plus effrayés du. choléra étaient les plus vieux. — On dirait qu'à force

de vivre, ils s'imaginent qu'ils accumulent avec les années des pierres d'un bel édifice, que rien ne peut détruire, et dont il faut avoir bien soin à mesure qu'il vieillit.

L'Histoire universelle de Bossuet, c'est Dieu faisant une partie d'échecs avec les rois et les peuples.

Plus je vais, plus je m'aperçois que la seule chose essentielle pour les hommes, c'est de tuer le temps. Dans cette vie où nous chantons la brièveté sur tous les tons, notre plus grand ennemi, c'est le temps , dont nous avons toujours trop.

A peine avons-nous un bonheur, ou Y amour, ou la gloire, ou la science, ou l'émotion d'un spectacle, ou celle d'une lecture, qu'il nous faut passer à un autre. Car que. faire? C'est là le grand mot.

Les rois font des livres à présent, tant

ils sentent bien que le pouvoir est là. — Il est vrai qu'ils les font mauvais.

Les Français ressemblent à des hommes que je vis un jour se battant dans une voiture emportée au galop. — Les partis se querellent, et une invincible nécessité les emporte vers une démocratie universelle.

Bonaparte, c'est l'homme; Napoléon, c'est le rôle. Le premier a une redingote et un chapeau ; le second, une couronne de lauriers et une toge.

Je crois, ma foi, que je ne suis qu'une sorte de moraliste épique. C'est bien peu de chose.

Il' est déplorable qu'un poète comme Lamartine, s'il s'avise d'être député, soit forcé de s'occuper des bureaux de tabac que demandent des commettants.

Il devrait y avoir des députés abstraits,

députés de la France, et d'autres députés des Français.

Les acteurs sont bien heureux, ils ont une gloire sans responsabilité.

La majorité des publics grossiers, en France, cherche dans les asts V amusant et jamais le beau. De là les succès de la médiocrité.

Comme quoi toutes les synthèses sont de magnifiques — sottes.

Je ne peux plus lire que les livres qui me font travailler. Sur les autres, ma pensée glisse comme une charrue sur du marbre. — J'aime à labourer.

Si le bonheur n'était qu'une bonne heure? s'il ne nous était donné que par instants?

On dirait que la question religieuse

trop débattue a fatigué la tête du monde. Il n'a plus la force d'y penser.

Si j'étais peintre, je voudrais être un Raphaël noir; forme angélique, couleur sombre.

Le malheur des écrivains est qu'ils s'embarrassent peu de dire vrai pourvu qu'ils disent. — Il est temps de ne chercher les paroles que dans sa conscience.

Les hommes d'action s'étourdissent par le mouvement, pour ne pas se fatiguer à achever des idées ébauchées dans leur tête. Doués d'un peu plus de force, ils s'assoiraient ou se coucheraient pour penser.

Nous nous plaignons qu'il n'y a -pas de foi politique en France. Eh! de quoi nous plaignons-nous? N'est-ce pas la preuve la meilleure de l'esprit infini-

ment subtil qui règne dans la nation ? Elle sent le vrai partout, et où il manque elle dit qu'il n'y a rien. Or aucun parti ne satisfait ses besoins actuels, ni ne leur donne le moindre espoir éloigné. Il n'y a de foi politique en un gouvernement que dans les esprits bornés.

Plus le cerveau est intérieurement occupé, plus la face est immobile. La demi-occupation, l'élan, le sentiment, se peignent seuls sur la figure. Le travail intérieur absorbe les forces au dedans et pâlit le front et les joues.

J'aime peu la comédie, qui tient toujours plus ou moins de la charge et de la bouffonnerie. Il est plus philosophique de faire conclure pour l'idée dominante du* livre, sans effort et par la présence et l'action simple et naturelle des personnages.

Consolons-nous de tout par la pensée

que nous jouissons de notre pensée même, et que cette jouissance, rien ne peut nous la ravir.

La contemplation du malheur même donne une jouissance intérieure à l'âme, qui lui vient de son travail sur l'idée du malheur.

Dans l'état actuel des théâtres, et tel qu'est le public, j'ai peu d'estime pour une pièce qui réussit, c'est signe de médiocrité ; il faut au public quelque chose d'un peu grossier; Henry Monnier. était un acteur trop fin pour le parterre, Ingres est trop pur de dessin, Decamps trop original, Delacroix trop coloriste. — Je me méfie aussi d'un livre qui réussirait sur-le-champ et sans un an au moins d'intervalle pour que l'élite puisse y convertir la masse idiote.

Il n'y a pas un homme qui ait le droit de mépriser les hommes.

Je n'ai pas rencontré un homme avec lequel il n'y eût quelque chose à apprendre.

Il n'y a jamais eu ni ordre ni liberté nulle part, et jamais on n'a cessé de désirer l'un ou l'autre.

La vérité sur la vie, c'est le désespoir. La religion du Christ est une religion de désespoir, puisqu'il désespère de la vie et n'espère qu'en l'éternité.

'Passion. — O mystérieuse ressemblance des mots 1 Oui, amour, tu es une passion, mais passion d'un martyr, passion comme celle du Christ.

Passion couronnée d'épines où nulle pointe ne manque.

Les masses vont en avant comme les troupeaux d'aveugles en Egypte, frappant indifféremment de leurs bâtons imbéciles ceux qui les repoussent, ceux

qui les détournent et ceux qui les devancent sur le grand chemin.

La presse est une bouche forcée d'être toujours ouverte, et de parler toujours. De là vient qu'elle dit mille fois plus qu'elle n'a à dire, et qu'elle divague souvent et extravague. 9

Il en serait ainsi d'un orateur, fût-ce Démosthène, forcé de parler sans interruption toute l'année.

L'honneur, c'est la poésie du Devoir.

Le seul gouvernement dont, à présent, l'idée ne me soit pas intolérable, c'est celui d'Une république dont la constitution serait pareille à celle des États- Unis américains.

Le moins mauvais gouvernement est celui qui se montre le moins, que l'on sent le moins et que l'on paye le moins cher.

Une des choses qui m'ont le plus touché dans les Mémoires de Saintc-Hclène, c'est que ce pauvre Napoléon ne pouvait pas obtenir un exemplaire de Polybe, pour y lire des instructions imaginaires sur la guerre qu'il n'aurait plus jamais le plaisir de faire.

Il-n'}' a que le mal qui soit pur et sans mélange de bien. Le bien est toujours mêlé de mal. L'extrême bien fait mal. L'extrême mal ne fait pas de bien.

'J'aime l'humanité. J'ai pitié d'elle.

La nature est pour moi une décoration dont la durée est insolente, et sur laquelle est jetée cette passagère et sublime marionnette appelée l'homme.

L'Angleterre a cela de bon qu'on y sent partout la main de l'homme.

Tant mieux. Partout ailleurs, La nature stupide nous insulte assez.

Le cœur a la forme d'une urne. C'est un vase sacré tout rempli de secrets.

Le mot de la langue le plus difficile à prononcer et à placer convenablement, c'est moi.

L'autre jour, je montai à Montmartre.

Ce qui m'attrista le plus fut le silence de Paris quand on le contemple d'en haut. Cette grande ville, cette immense cité, ne fait donc aucun bruit, et que de choses s'y disent 1 que de cris s'y poussent I que de plaintes au ciell Et l'amas de pierres semble muet.

Un peu plus haut, que serait cette ville, que serait cette terre? Que sommes-nous pour Dieu?

Je pense qu'il y a des cas où la dissipation est coupable. Il est mal et lâche de chercher à se distraire d'une noble douleur pour ne pas souffrir autant. Il faut y réfléchir et s'enferrer courageusement dans cette épée.

Bonaparte et tous les aventuriers ont

posé le pied sur les événements qui les menaçaient, comme le toréador sur le front du taureau. En relevant la tête, le taureau le jette sur son dos. — Il s'y assied.

La beauté souveraine n'est-elle pas cachée, toute formée, derrière quelque voile que nous soulevons rarement et où elle se retrouve? Inventer, n'est-ce pas trouver? Invenire.

Il est certain que la création est une œuvre manquée ou à demi accomplie, et marchant vers sa perfection à grand'peine.

Dans les deux cas, soyons humbles et incertains.

Il n'y a de sûr que notre ignorance et notre abandon, — peut-être éternels!. .

Un acteur prend un drame comme une robe, le revêt, le chiffonne et le

jette pour en mettre un autre. Mais cette robe dure plus que lui.

L'ennui est la maladie de la vie.

Pour la guérir, il suffit de peu de chose : aimer, ou vouloir. — C'est ce qui manque le plus généralement. Et cependant il suffirait & aimer quelque chose, n'importe quoi, ou de vouloir avec suite un événement quelconque, pour être en goût de vivre et s'y maintenir quelques années.

Avoir une tête sérieuse où chacun vient verser des sottises chaque jour par les deux oreilles, quel supplice!

Je ne fais pas un livre, il se fait.

Il mûrit et croît dans ma tête comme un fruit.

On ne peut répandre son âme dans une autre âme que jusqu'à une certaine hauteur. Là, elle vous repousse et vous

rejette au dehors, écrasée de cette influence souveraine et trop pesante.

Comment ne pas éprouver le besoin d'aimer? Qui n'a senti manquer la terre sous ses pieds sitôt que l'amour semble menacer de se rompre?

L'amour est une bonté sublime.

Le travail est un oubli, mais un oubli actif qui convient à une âme forte.

Aimer, inventer, admirer, voilà ma vie.

Une famille troublée par le danger subit d'un malade n'a pas le temps de sentir d'abord sa douleur tout entière, parce qu'elle court et s'agite comme l'équipage d'un navire en danger; mais c'est après la mort qu'un étonnement profond la saisit et une indicible stupeur de voir l'absence de la vie et du mouvement.

Les lettres ont cela de fatal, que la position n'y est jamais conquise définitivement. Le nom est, à chaque œuvre, remis en loterie et tiré au sort pêlemêle avec les plus indignes.

Chaque œuvre nouvelle est presque comme un début.

Aussi n'est-ce pas une carrière que celle des lettres.

Une visite à Paris est une fatigue d'une heure au plus. C'est une. conversation \ au fond de laquelle il y a un petit intérêt entouré d'esprit. — A la campagne, une visite est une fatigue d'un jour entier. C'est une conversation pesante et niaise dont la grosse écorce est tout de suite dépouillée, et dont l'ennui n'est supportable .que lorsqu'on est tout à fait abruti.

Le temple antique est élégant et joyeux comme un lit nuptial; l'église chrétienne est sombre comme un tom-

beau. L'un est dédié à la vie, l'autre â la mort.

Je sais apprécier la charge dans la comédie, mais elle me répugne parce que, dans tous les arts, elle enlaidit et appauvrit l'espèce humaine, et, comme homme, elle m'humilie.

Le Petit Pouilleux de Murillo est beau d'exécution, mais si près du singe, qu'il me fait honte.

Le Légataire universel, dérivé du Médecin malgré lui et de toutes les farces italiennes, me fait mal au cœur comme une médecine. Je ne peux rire du gros rire, je l'avoue, et les saletés de la santé humaine font que je fronce les sourcils de tristesse et de pitié, voilà tout. — Ne pourrait-on trouver ailleurs le comique satirique dont on fait tant de cas? — La mesure du comique du Misanthrope et de Tartufe n'est-elle pas supérieure à tout cela et d'une nature plus pure?

J'ai reçu une éducation très forte.

L'habitude de l'application et d'un travail perpétuel m'a rendu si attentif à mes idées, que le travail du soir ou de la nuit se continue en moi à travers le sommeil et recommence au réveil. Puis vient la vie de la journée, qui n'est pour moi que ce qulétait la récréation du collège, et, le soir, revient le travail du matin dans sa continuation vigoureuse et toujours la même.

De Shakspeare. ■ — Il ne suffit pas d'entendre l'anglais pour comprendre ce grand homme, il faut entendre le Shakspeare, qui est une langue aussi. Le cœur de Shakspeare est un langage à part.

Les hommes du plus grand génie ne sont guère que ceux qui ont eu dans l'expression les plus justes comparaisons. Pauvres faibles que nous sommes, perdus par le torrent des pensées et nous accrochant à toutes les branches

pour prendre quelques points dans le vide qui nous enveloppe!

Le temps ôte tant d'à-propos, de grâce, de grandeur à tous les livres, que l'on est tenté de croire qu'ils sont comme les pièces de théâtre, bons surtout pour le moment même où ils sont produits.

Milon a joué avec les lions et les a tués de sa main. Il a vu un grand chêne au milieu d'une forêt et s'est diverti à l'ébrancher; il a fait souffrir le chêne et l'a brisé à demi. — Un jour, Milon s'avance et veut le fendre avec ses mains, dernier affront. Mais le chêne se révolte et resserre ses deux flancs comme des tenailles inflexibles. — Les lions et les loups voient Milon saisi par sa victime et se jettent sur lui. Ils le dévorent et le mettent en pièces. Le chêne est inexorable et ne lui laisse pas une main pour se défendre. — O

ÏOO PENSEES

femme méchante! ton esprit est pareil à ce Milon. Sans pitié il déchirait le chêne pour se jouer. Mais cet arbre sait bien qu'on l'appelle le chêne, — et qu'il est le plus grand des arbres de nos bois. — Il sait cela et s'est vengé. — A présent, les animaux vils vont te dévorer.

Décidément, le papier ne donne pas de bonheur, dit Stello. J'y ai mis tout ce qu'on y peut mettre en public, poèmes, livres, pièces de théâtre, et je n'en suis pas .plus gai.

Oui, dit Stello, je la hais, je hais la misère, non parce qu'elle est la privation, mais parce qu'elle est la saleté. Si la misère était ce que David a peint dans les Hor aces, une froide maison de pierres, toute vide, ayant pour meubles deux chaises de pierre, un lit de bois dur, une charrue dans un coin, une coupe de bois pour boire de l'eau pure et un

morceau de pain sur un couteau grossier, je bénirais cette misère parce que je suis stoïcien. Mais, quand la misère est un grenier avec une sorte de lit à rideaux sales, des enfants dans des berceaux d'osier, une soupe sur un poêle et du beurre sur les draps, dans un papier, — la bière et le cimetière me semblent préférables.

Le droit d'aînesse, par une étrange contradiction, se trouve être, en Angleterre, la source de l'égalité. — La pairie n'y est pas un rang, mais une magistrature héréditaire. Or, n'étant héréditaire que par l'aîné et pour l'aîné, les autres fils rentrent dans le commerce et les rangs de citoyens laborieux.

La tête de l'homme est comme l'aimant, qui prend des forces à mesure qu'il est plus chargé.

Le bourgeois de Paris est un roi qui

a, chaque matin à. son lever, un complaisant, un flatteur qui lui compte vingt histoires. Il n'est point obligé de lui offrir à déjeuner, il le fait taire quand il veut et lui rend la parole à son gré ; cet ami docile lui plaît d'autant plus qu'il est le miroir de son âme et lui dit tous les jours son opinion en termes un peu meilleurs qu'il ne l'eût exprimée lui-même; ôtez-lui cet ami, il lui semblera que le monde s'arrête ; cet ami, ce miroir, cet oracle, ce parasite peu dispendieux, c'est son journal.

Angleterre. ■ — Ce qui fait la force et l'unité de cette nation, c'est que chaque homme s'y regarde comme un homme politique. Chaque citoyen parle et agit dans le sens de la politique anglaise du moment.

Notre nation est légère et taquine.

Elle ne veut laisser tranquille aucune supériorité.

La seule fin vraie à laquelle l'esprit arrive sur-le-champ, en pénétrant' tout au fond de chaque perspective, c'est le néant de tout. Gloire, amour, bonheur, rien de tout cela n'est complètement.

Donc, pour écrire des pensées sur un sujet quelconque, et dans quelque forme que ce soit, nous sommes forcés de commencer par nous mentir à nous-mêmes, en nous figurant que quelque chose existe, et en créant un fantôme pour ensuite l'adorer ou le profaner, le grandir ou le détruire. Ainsi nous sommes des don Quichottes perpétuels et moins excusables que le héros de Cervantes, car nous savons que nos géants sont des moulins et nous nous enivrons pour les voir géants.

Le cœur existe bien, moralement parlant. On sent ses mouvements de joie ou de douleur; mais c'est une chambre obscure dont la lumière est la tête. La mémoire et la pensée l'illuminent et y

font paraître les sentiments. Sans la tête, ils s'éteignent. Les fous n'aiment plus ou ne savent pas qui ils aiment. Quelquefois, ils prennent en haine ceux qu'ils aimaient.

Les anciens avaient sur nous l'avantage de ne pas connaître l'imprimerie.

Ceci paraîtra singulier, mais ma conviction est que cette ignorance, défavorable à la rapidité de la propagation des idées et à leur conservation, était favorable à l'épuration du goût et au choix dans les chefs-d'œuvre. Platon dit quelque part qu'il copia cinq fois de sa main les discours de Démosthène. Un poète ou un grand écrivain avait donc ainsi des lecteurs forcément attentifs et appliqués à connaître et observer minutieusement le moindre détail des beautés du style. Ces lecteurs choisissaient les plus belles choses pour les multiplier. Ces abeilles ne se posaient que sur les belles fleurs; tout le reste était dédaigné, et je pense

peu de bien de ce qui ne nous est pas parvenu.

Le choix des lecteurs et leur attention à ne copier ainsi que les plus belles choses aidaient probablement et forçaient les poètes à ne laisser que leurs chefs-d'œuvre, puisqu'on ne copiait que ce que l'on aimait. Il est probable que ce goût public si fin et si pur leur donna la sévérité courageuse dont ils prirent l'habitude, et le sentiment de l'unité dans leurs œuvres. — Virgile avait peutêtre fait des satires ; le Sic vos non vobis permet de le croire. Juvénal s'était sans doute abandonné quelquefois au plaisir de faire des vers amoureux et des idylles ; mais l'un n'a mis en lumière que ses Églogues et ses Géorgiques, l'Enéide, malgré lui, et imparfaite à ses yeux; l'autre, seulement ses satires; la pureté des traits de Virgile, la sévérité dure de l'autre visage, eussent été altérées par le mélange.

Ce choix qui se faisait par le public

copiste dans l'antiquité, nous devons le faire nous-mêmes aujourd'hui.

Le public ne peut plus choisir à présent; il faut qu'il lise tout, et les mêmes lettres impriment les premiers et les derniers écrivains, ceux de l'art et ceux de la. spéculation. Il serait juste de le ménager quelque peu. Si c'est un trop grand courage que s'épurer, souvenonsnous que Platon avait écrit des tragédies avant ses œuvres philosophiques, et qu'il les brûla, aimant mieux rester un et grand que doublé et tronqué.

J'ai remarqué souvent que l'on a en soi le caractère d'un des âges de la vie. On le conserve toujours. Tel homme, comme Voltaire, semble avoir toujours été vieux; tel, comme Alcibiade, toujours enfant. — C'est aussi pour cela peut-être que tel écrivain enthousiasme les hommes de ce même âge auquel il semble arrêté.

Rachel a du dédain, de l'ironie, mais

son talent manque d'amour. — Le talent de Talma n'était qu'amour de la tête aux pieds, et en tout, même dans la colère. Sa voix était puissante comme celle de l'orage , mais tendre aussi comme elle; car jamais je n'ai entendu la voix des nuages sans penser que les peuples enfants devaient la prendre pour celle de Dieu. Elle a je ne sais quoi de bon et de tendre au milieu de ses grondements qui semble la voix d'un père tout-puissant qui gémit o>h punissant et pleure sur nos fautes.

Une lettre peint la personne à qui l'on écrit, aussi bien que celle qui écrit ; car, malgré nous, nous modifions le style selon son caractère et selon ce qu'elle attend de nous.

Plus l'esprit est vigoureux, plus il se perd dans les catacombes de l'incertitude humaine. Pascal s'y est perdu pour avoir marché plus avant que les autres.

Toute religion n'a jamais été crue qu'à moitié et a eu ses athées et ses sceptiques. Mais les sages ont gardé leurs doutes dans leur cœur et ont respecté la fabîe sociale reçue généralement et adoptée du plus grand nombre.

Les Irlandais passent pour très spirituels. Un d'eux s'est mis à genoux à Rome devant une statue de Jupiter et lui a dit :

— O Jupiter! si tu reviens au pouvoir, souviens-toi, je te prie, que je t'ai été fidèle dans l'adversité.

Le corps de Napoléon, empereur, sera transporté aux Invalides. — La Providence avait mieux placé sa cendre sur un rocher comme Prométhée, sous un saule comme J.-J. Rousseau, ayant pour grille à son monument l'océan Atlantique. — A l'abri des émeutes et des colères politiques; sur un volcan éteint, comme les révolutions d'où il est sorti.

Malebranche était idiot jusqu'à l'âge de dix-sept ans. — Une chute le blesse à la tête, on le trépane, il devient un homme de génie. Descartes trépané fût devenu peut-être idiot.

Un élève de l'École polytechnique acheva dans le somnambulisme et trouva dans le sommeil le problème qu'il avait en vain cherché tout éveillé. — Preuve que l'âme se détache des organes, agit et perçoit par eux.

Un livre est une bouteille jetée en pleine mer, sur laquelle il faut coller cette étiquette :

Attrape qui peut.

Deux ennemis en présence, un ameublement nouveau, une dispute politique, un Parsi arrivé nouvellement des Indes, un pianiste prodige âgé de douze ans, un ambassadeur, un. chat, tout est bon à une maîtresse de maison pour faire bouillir sa soirée comme une théière.

On voit de plus haut les affaires pu-' bliques, dit-on, du sommet d'une grande fortune ; absurdité : c'est du haut de son front qu'on les voit. — Qui les voit de plus haut que J-J. Rousseau du fond de sa cave ?

Une des choses curieuses de notre époque, c'est l'orgueil des prétentions littéraires démesurées. — L'un appelle son livre : la Divine Epopée ;• l'autre, la Comédie humaine.

Il ne faut désirer la popularité que dans la postérité et non dans le temps présent.

J'ai trop d'estime pour Dieu, pour craindre le diable.

Le cœur n'est qu'un morceau de chair bleuâtre qui ressent vivement les mouvements de reflux imprimés au sang par les idées dans le cerveau ; mais je le

crois impuissant à créer des sentiments, comme c'est assez sa réputation.

L'âme ne me semble se servir réellement que du cerveau pour son instrument. Dans la mémoire, elle regarde, comme dans le miroir de ce mauvais petit logement, la forme de la personne aimée, puis, dans l'entendement, elle trouve les raisons qui la lui font chérir ; ensuite, dans l'imagination, les couleurs qui la rendent radieuse et l'illuminent tout entière. Toute cette revue dès le réveil fait sans doute tourbillonner le sang et le fait' refluer au cœur comme dans un golfe d'où il retourne aux fleuves de toutes les veines ; mais le cœur n'est que l'écho du chant qui résonne en haut, sous les voûtes divines de la tête.

On passe la matinée, quand on reçoit, à fouetter des idées comme des toupies pour les faire tourner, et mettre en train celles qui se recouchent et ne roulent

plus. Ce métier ferait plaindre les maîtresses de maisons et donne de la considération pour celles qui passent ainsi tous les jours de leur vie.

Vingt fois par heure je me dis :

« Ceux que j'aime sont-ils contents?.,. » Je pense à celui-là, à celle-ci que j'aime, à telle personne qui pleure : vingt fois par heure, je fais le tour de mon cœur.

Les assemblées ont des passions de parterre des théâtres. — Elles sont prudes sur certains points et se tiennent pour insultées à tout moment. Il' faut prendre avec elles des précautions oratoires et les préparer aux vérités que l'on dirait tout à coup à chacun des membres.

Les bêtes fauves suivent le voyageur, dans le désert. Tant qu'il marche et se tient debout, elles se tiennent à distance et lèchent sa trace comme des chiens fidèles; mais, s'il bronche, s'il tombe,

elles se précipitent sur lui et le déchirent. Quand il est mort et déchiré par pièces, elles lèchent son sang sur le sable, ses os jusqu'à ce qu'il ne reste plus que son squelette, et, lors même qu'il ne reste plus que les longues côtes vides et arrondies comme la carène d'un vaisseau naufragé,, l'hyène et le tigre dévorent son ombre. Ainsi fait la multitude sur l'homme célèbre et, moins que cela, sur tout homme éminent.

Je voudrais qu'un député orateur ou un pair de France, avant de monter à la tribune, fît son examen de conscience, se demandât un instant : « Mon intention est-elle pure, sans égoïsme, sans peur, dévouée à l'humanité et au pays?

— Suis-je en état de grâce devant ma nation? Oui... Dès lors, je puis monter et parler. »

Je n'ai jamais vu un masque sur un visage sans être tenté de l'arracher. —

Je sais un homme qui est devenu hypocrite, je ne puis plus le voir, de peur, d'être trop tenté de le démentir.

Il est curieux de voir la morgue des députés. Ils ont, en général, des capacités de notaire et de clerc d'avoué, et s'en targuent comme de chosqrs rares qui leur donnent droit de dédaigner les poètes et les philosophes.

Il y a des vieillards qui feignent de ne pas entendre la voix .de toute une génération. Quand on est sourd, il serait juste d'être sourd et muet, car on n'a pas le droit de juger ce qu'on n'a pas entendu.

Après avoir bien réfléchi sur la destinée des femmes dans tous les temps et chez toutes les nations, j'ai fini par penser que tout homme devrait dire à chaque femme, au lieu de Bonjour : — Pardon! car les plus forts ont fait la loi.

Il y a deux choses que l'on conteste bien souvent aux rois : leur naissance et leur mort. On ne veut pas que l'une soit légitime, ni l'autre naturelle.

Les vieux académiciens se pressent autour de ceux qui arrivent et sont dans la force de l'âge, comme les ombres du purgatoire autour dlÉnée ou de Dante vivants, effrayés et surpris de la vue d'un corps réel.

A la lenteur de leurs idées et de leurs paroles, je sens, en parlant avec Droz, avec Baour-Lormian et d'autres, qu'ils 'ne sont pas de mon temps et qu'ils ont vécu.

Le monde de la poésie et du travail de la pensée a été pour moi un champ d'asile que je labourais, et où je m'endormais au milieu de mes fleurs et de mes fruits pour oublier les peines amères de ma vie, ses ennuis profonds, et surtout le mal intérieur que je ne cesse de

Il6 PENSÉES

me faire en retournant contre mon cœur le dard empoisonné de mon esprit pénétrant et toujours agité.

Tous les utopistes, sans exception, ont eu la vue trop basse et ont manqué d'esprit de prévision.

Après être arrivés à construire bien péniblement leur triste société d'utopie, de république, de communauté, et leur paradis terrestre organisé comme une mécanique dont chacun est un ressort, s'ils avaient fait un second tour d'imagination, ils auraient vu qu'en retranchant le désir et la lutte, il n'y a plus qu'ennui dans la vie.

La torpeur mènerait infailliblement chacun de ces bienheureux au sommeil perpétuel des idiots ou des animaux, au suicide.

J'aime qu'un homme de nos jours ait à la fois un caractère républicain, avec le langage et les manières polies de

l'homme de cour. L'Alceste de Molière réunit ces deux points.

Dès 'mon enfance, je n'ai jamais compris pourquoi l'on disait : « Aimezvous ou'n'aimez-vous pas l'empereur? — Louis XVIII, Charles X, Louis-Philippe? »

On ne doit avoir ni amour ni haine pour les hommes qui gouvernent. On ne leur doit que les sentiments qu'on a pour son cocher; il conduit bien ou il conduit mal, voilà tout. I^a nation le garde ou le congédie, sur les observations qu'elle fait en le suivant des yeux.

Impr. A. Lemerre, 6, rue des Bergers, Paris.

Rare Boofc'.

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