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Sir Wilfrid Laurier était revenu malade de Londres en 1903. Tous ceux qui le virent, à son retour, furent alarmés. Il paraissait vieilli, affaissé, incapable de continuer sa carrière politique. Cette fois encore, les pronostics les plus sombres sur la durée de sa vie ne manquèrent pas. Lui-même était inquiet et se demandait s’il ne devait pas renoncer à la direction du parti libéral. Un jour même, pendant une session du Conseil privé, il se sentit si mal qu'il se hâta de se rendre à sa chambre pour se reposer, et alors, après avoir réfléchi quelques minutes, il crut qu’il ne pourrait plus efficacement exercer les fonctions onéreuses qui incombent à un premier ministre. Sous l'empire de cette pensée, il résolut de faire parvenir immédiatement à ses collègues une lettre leur annonçant sa démission. Ïl allait remettre sa lettre à son messager afin qu’il la portât sur le champ à ses collègues du Conseil, lorsque M. Fielding entra vivement dans sa chambre pour lui demander comment il était.
“Tenez, dit Laurier, lisez”, et il lui passa la lettre.
“Vous n’enverrez pas cette lettre aujourd’hui, dit M. Fielding, attendez à demain et réfléchissez, pensez aux conséquences de votre démission, Votre santé
n’est pas aussi ébranlée que vous le pensez, un peu de repos la rétablira, ”
Laurier remit au lendemain l'envoi de sa lettre et crut qu'avant de prendre une décision, il devait s'assurer si sa santé ne s’'améliorerait pas. Il eut raison d'attendre, car ses forces revinrent et il put continuer sa glorieuse carrière politique.
C'était la deuxième fois que M. Fielding empéchait Laurier de donner sa démission, pourtant il avait raison de penser alors qu’il serait appelé à le remplacer. Il n’est pas étonnant que Laurier ait été si sensible à la désertion de son ami sur la question de conscription, ni qu'il lui ait pardonné si facilement.
De 1903 à 1910, le tarif de faveur à l'égard de l'Angleterre, la construction du Grand-Tronc Pacifique, l'impérialisme, les écoles du Nord-Ouest furent le principal objet des délibérations du Parlement et de la discussion dans la presse du pays et dans les
élections de 1904 et 1907.
Laurier se prodigua pendant ces élections : il Parcourut le pays d’un bout à l’at:re et défendit sa politique avec une vigueur et une éloquence qui partout produisirent le plus grand effet. La prospérité dont le pays jouissait depuis son avènement au pouvoir, les progrès du commerce, de l’industrie et de l’agriculture, le bien-être de toutes les classes de la société, donnaient à Sa parole une autorité incontestable et lui permettaient de démontrer la sagesse de sa politique.
Son point faible était le Grand-Tronc Pacifique, mais, à cette époque, jusqu’à la guerre, les développements merveilleux du Nord-Ouest, les flots d’immigration qui s’y dirigeaient permettaient de croire qu'une autre ligne transcontinentale ferait pour les régions qu’il traverserait, ce que le Pacifique avait fait pour la prospérité de toutes les provinces. Il n'y à pas de doute que ce chemin de fer a coûté plus cher, beaucoup plus cher que M. Laurier et ses amis ne prévoyaient. Mais les directeurs de la Compagnie du Grand-Tronc n'auraient pas contracté des obligations qu’ils se disent aujourd’hui incapables de remplir, s'ils n'avaient pas partagé la confiance et les espérances du gouvernement.
La construction du Canadian Northern, du chemin de fer de la Baie d'Hudson sont le résultat de cette confiance illimitée dans l’avenir du Nord-Ouest. On croyait ne pouvoir trop faire pour le développement de ces vastes régions, pour donner à leurs produits des voies de transport, on ne prévoyait pas que la guerre ferait de ces entreprises un fardeau onéreux pour le gouvernement et une source d’embarras pour les finances du Canada, qu’elle enlèverait au pays les bras et les millions dont il avait tant besoin pour assurer son progrès, sa prospérité. Mais qui, à cette époque, n’a pas été victime de cet excès de confiance, dans le monde des affaires comme dans le monde politique et municipal ?
Les conservateurs agitèrent naturellement la question du tarif et reprochèrent au gouvernement de
faire trop de Concessions aux partisans du libreéchange. Mais comme les modifications apportées au tarif ne mettaient pas en danger les industries qui avaient besoin de protection, leurs plaintes trouvèrent peu d’écho dans la population.
Quoique libres-échangistes en principe, M. Laurier et ses amis disaient qu'ils ne pouvaient ignorer les intérêts de l’industrie et la livrer à la concurrence dangereuse des produits américains. Il élevèrent même les droits sur certaines industries, les lainages, Par exemple, accordèrent des boni aux fers et aux aciers et empêchèrent certains produits “anéricains, vendus à sacrifice, de noyer le marché canadien, en les frappant d'un impôt suffisant pour protéger le manufacturier canadien.
On essaya bien, dans la province d’Ontario, de soulever cortre Laurier les préjugés religieux et nationaux, mais les élections de 190 n'en donnèrent Pas moins une majorité de soixante voix au gouvernement.
WN