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industrie importante, protègerait nos pêcheries, ferait la police dans les eaux canadiennes et, au besoin, défendrait nos côtes et nos villes contre toute agression; que le Canada devait, en tout cas, tôt ou tard, avoir une marine dont le gouvernement conservateur et le Parlement avaient adopté le principe dans la loi de milice de 1866.
Il est vrai que cette marine, en cas de guerre, ferait partie de la marine anglaise, mais seulement lorsque le gouvernement canadien le jugerait à propos, et il était obligé, dans un court délai, d'obtenir l’assentiment du Parlement. Le principe de l’autonomie du Canada et de la responsabilité ministérielle était sauvegardé.
Laurier eut raison de dire que si ses adversaires arrivaient au pouvoir, ils imposeraient une politique beaucoup plus impérialiste. On sait si les événements se chargèrent de lui donner raison, de justifier ses prévisions.
Quant à la réciprocité, il fit ressortir les avantages qu'elle procurerait à la classe agricole en lui donnant pour ses produits le marché américain, le marché depuis si longtemps désiré par les chefs conservateurs eux-mêmes. Mais ses adversaires répondaient que le marché le plus avantageux aux produits agricoles comme aux produits manufacturés, était le marché canadien, que le projet soumis à la Chambre s'appliquait spécialement, il est vrai, aux produits naturels du pays mais qu'il ne tarderait pas à s’étendre aux produits manufacturés suivant le désir des
Américains et à diriger le Canada vers l'annexion, et ils faisaient les appels les plus violents au loyalisme des électeurs anglais et les suppliaient de mettre fin à une politique qui mettait en danger nos relations politiques et commerciales avec l'Angleterre, Ajoutons à cela les appels enflammés des loges orangistes au fanatisme protestant, et on comprendra pourquoi les élections de 1911 furent fatales à Laurier.
Lorsque, dans la soirée du 21 septembre, il fut constaté que le gouvernement était battu par une majorité de 45 à 50 voix, les amis et les admirateurs de Laurier, dans la province de Québec, furent consternés et l’on en vit plusieurs verser des larmes,
La province de Québec n'avait donné que onze voix de majorité à Laurier, pendant que Î1 province d'Ontario le battait Par ne majorité de près de soixante voix.
Quelques jours après les élections, Laurier donnait sa démission et M. Borden était appelé à former un nouveau cabinet.
Avant de mourir, Laurier put voir ses adversaires adopter, en partie, sa politique relativement à l'établissement d’une marine canadienne et à la réciprocité, et s'il avait été vivant, à la dernière session du Parlement, il aurait vu le gouvernement continuer d'orienter sa politique dans cette direction, On lui avait fait un crime d'avoir voulu faire accepter par le Parlement le traité négocié par M. Fielding avec les Etats-Unis, et, néanmoins, dès les débuts de la guerre, le cabinet Borden était en instances auprès
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du gouvernement américain afin d'obtenir la franchise du blé et de quelques autres produits naturels. Négocier avec les Etats-Unis n'était plus un crime, un acte antibritannique et anticanadien. Et pour satisfaire les fermiers de l'Ouest, le cabinet Borden se prépare à faire d'autres sacrifices aux idoles du libreéchange.
Quant à la marine, je me contenterai de reproduire ce que le “Canada” vient de publier à ce sujet :
“Les conservateurs unionistes en sont encore à se chercher une politique navale ; mais quoiqu'ils fassent, ils ne peuvent rien trouver de meilleur pour le Canada que la politique qu'avait préconisée le parti libéral, sous le nom de “Marine Laurier”,
“Le gouvernement Laurier avait, avant l'élection de 1911, demandé des soumissions pour plusieurs croiseurs canadiens du type anglais “Bristol”; mais le changement de gouvernement mit fin à ce projet et les soumissions furent sans résultat.
“Le gouvernement Laurier avait aussi fait l’acquisition de deux croiseurs de service, le “Niobe” et le “Rainbow”, qui furent l'objet, durant la campagne de 1911, des quolibets les plus ridicules et des attaques les plus furieuses.
“Et pourtant ces deux croiseurs, tant décriés en 1911, devaient nous rendre de précieux services aux débuts de la guerre.
“Notons d’abord qu'après l’échec du fameux tribut de trente-cinq millions, projet que M. Borden
abandonna sans oser en appeler au r ‘le, son gouveérnement ne songea nullement à lui :r la loi de la marine ; et même, le 18 mai 1914, il avait adopté un Arrêté en Conseil instituant un service naval au Canada .t Pourvoyant à l'enrôlement de cadets devant être formés sur les navires-écoles achetés par le gouvernement libéral,
“Mis ce fut la guerre qui montra d'une façon évidente et parfaite la sagesse de la politique libérale en la matière,
“Quand elle éclata, en août 1914, il y avait encore sur les deux océans quelques croiseurs allemands qui menaçaient nos côtes.
“On n'a pas oublié avec quelle frénésie le gouvernement Borden se hâta d'équiper le “Niobé” et le “Rainbow”, — les deux croiseurs achetés par Laurier, —Pour les mettre en service immédiat,
“Au même moment, il achetait à Seattle deux SOuS-marins qui avaient été construits pour le gouvernement du Chili.
“Le “Niobé” sur l'Antlantique rendit de grands services en se joignant aux croiseurs anglais qui protégeaient nos côtes ; le “Rainbow” sur le Pacifique, fit aussi du service. Mais combien plus effective eut été l'oeuvre d’une marine complète, telle que demandée par le gouvernement Laurier !
“Aujourd’hui on revient au projet de marine canadienne ; et on a parfaitement raison.
“Les évènements vengent la mémoire de Laurier.”