‹ Laurier, sa vie, ses œuvresChapitre 13 sur 55 · LAURIER PREMIER MINISTRE · texte numérisé non relu

LAURIER PREMIER MINISTRE

Dès la première session du nouveau Parlement, le ministère Laurier fit face à l’éternelle question du tarif.

Pour rassurer les manufacturiers effrayés, M. Laurier avait,, dans le cours des élections de 1896, exprimé l’opinion que le pays avait trop besoin de revenus pour qu’on pût songer à l’abolition complète des droits de douane, que si le parti libéral arrivait au pouvoir, il saurait concilier l’intérêt des manufacturiers avec celui des consommateurs, en établissant un tarif de revenu.

Il tint parole.

Le nouveau tarif diminuait les droits sur des articles de première nécessité, et les élevait sur les objets de luxe ou de fantaisie, sur l’alcool et le tabac ; le principe des droits “ad valorem” y dominait.

Mais les droits sur les marchandises qui pouvaient faire concurrence aux produits des manufactures canadiennes, restèrent à peu près les mêmes.

Le trait le plus caractéristique du nouveau tarif fut une réduction des droits de douane sur les marchandises anglaises. Cette réduction devait se faire graduellement, depuis quinze jusqu’à 33 pour cent. Les manufacturiers furent généralement satisfaits ;

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les plaintes furent isolées, et on s’accorda à reconnaître que le gouvernement libéral, soutenu par un si grand nombre de députés libres-échangistes, ne pouvait guère faire mieux.

Cette réduction en faveur des marchandises anglaises fut considérée comme un témoignage de sympathie auquel on fut sensible en Angleterre, au moins pendant quelque temps, jusqu au jour où des hommes importants constatèrent que pratiquement la métropole n’en avait pas beaucoup profité. En Angleterre comme au Canada, l’intérêt finit par l’emporter sur la loyauté, et les manufacturiers canadiens qui n’avaient pas d’abord osé se plaindre, jetèrent les hauts cris, lorsque cette mesure de faveur se trouva en conflit avec leurs intérêts.

Cette politique nouvelle souleva une importante question constitutionnelle.

Il existait entre l’Angleterre et diverses nations, telles que la Belgique et l’Allemagne, des traités de commerce qui donnaient à ces nations le droit de réclamer les privilèges qui seraient accordés par les colonies anglaises aux marchandises du Royaume- Uni.

Depuis longtemps le gouvernement canadien se plaignait de ces traités et en demandait la révocation. Mais les hommes d’Etat anglais n’avaient pas jugé à propos de se créer des ennuis en accédant à cette demande.

Laurier fit voir la position fausse que ces traités

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faisaient au Canada, en l’obligeant de faire bénéficier de ses faveurs des pays auxquels il ne devait rien.

Les traités furent dénoncés, et plus tard le gouvernement canadien élevait le tarif sur certains produits allemands, sans avoir recours aux bons offices des autorités impériales.

Ce pas important dans la voie de l’autonomie et de l’émancipation lui a permis de dire que le Canada était devenu une nation. Il ne devait pas se contenter de ce premier succès.

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