‹ Laurier, sa vie, ses œuvresChapitre 15 sur 55 · Enseignement catholique, à certaines heures · texte numérisé non relu

Enseignement catholique, à certaines heures

Louis Riel

LAURIER

images brillantes qui ont donné lieu à des interprétations erronées, il s’est contenté généralement de faire l'éloge de la constitution anglaise, des institutions britanniques. Et c’est afin d’exprimer son admiration pour ces institutions qu’il a dit qu’il était “British to the Core” — c’est-à-dire, admirateur jusqu’au fond de l’âme du système de gouvernement qui a procuré les bienfaits de la liberté à tous les pays anglais.

C’était le temps où l’aigle de l’impérialisme commençait à agiter ses ailes sous le souffle puissant de Chamberlain. On a reproché à M. Laurier d’avoir trop sacrifié aux faux dieux, d’avoir exprimé des opinions et des sentiments qui ont pu faire croire un instant qu'il serait l’apôtre le plus éloquent, le plus utile de l’impérialisme.

On lui a reproché aussi d’avoir laissé espérer que le Canada prêterait main forte à l’Angleterre dans toutes ses guerres.

Pourquoi s’attacher à des paroles prononcées dans des circonstances spéciales, sous l’influence du moment et du milieu, dans des improvisations chaleureuses ?

Les faits l’emportent sur les paroles.

L’histoire dira que lorsque Chamberlain voulut, quelques années plus tard, faire accepter par les représentants des colonies anglaises, ses projets d’impérialisme militaire, c’est Laurier qui a été son adversaire le plus redoutable, la pierre d’achoppement de ces projets.

LAURIER

Jamais Canadien n’avait produit, en Angleterre, une pareille impression, jamais surtout un Canadienfrançais n'avait autant fait honneur à sa nationalité. A Liverpool, à Glasgow, à Edimburg, il parla devant des auditoires que son éloquence charma. Les Anglais, habitués à n’entendre depuis longtemps que des discours savants, pratiques, mais froids comme des calculs de mathématiques, admirèrent ce Canadienfrançais qui réveillait chez eux le souvenir ému de l’éloquence classique, chaude et brillante des Pitt, des Fox, des Sheridan et des Brougham.

Il faut dire que le tarif de faveur offert par ce Canadien-français aux marchands anglais, sans condition aucune, avait prévenu les esprits en sa faveur. Et dès qu’il mit le pied sur le sol anglais, ses premières paroles, publiées par tous les journaux, firent le tour de l’Angleterre. Dans le premier discours qu’il prononça, à Liverpool, il dit :

Quels sont au juste les sentiments qui nous animent au Canada ? Notre population n’est pas tout entière, vous le savez, d’origine anglaise; un tiers est de descendance française. Quels sont les sentiments propres de cette population canadienne- française ? Quels sont ses aspirations ?

La réponse est aisée. Mes aïeux ont combattu sur bien des champs de bataille les soldats anglais pour garder au roi de France la colonie du Canada. Ils ont repoussé invasion après invasion ; et sur tous les points du globe où la valeur française, l’énergie et la constance britanniques se sont trouvées en présence, il n’en est aucun, de part et d’autre, où ces qualités distinctives des deux races aient brillé d’un pareil éclat. Le jour vint cependant où la fortune des armes tourna contre nous. Nos ancêtres devinrent à la suite des revers, en vertu d’un traité définitif, sujets britanniques. Ce jour-là, ils réclamèrent aussitôt de

LAURIER

étaient de faire cause commune avec nos concitoyens anglais dans cette circonstance.

Le caractère chevaleresque des Canadiens-français les porte souvent à se prononcer, au détriment de leurs intérêts, pour les faibles contre les forts, pour les petits contre les grands, à être du côté de ceux qui semblent combattre pour le droit, la justice, la liberté.

C’est un sentiment noble, généreux dont ils doivent pourtant se défier, surtout lorsqu’en l’exprimant ils se font du mal sans faire de bien à personne.

Ils ne sont pas nombreux ceux qui aujourd’hui contestent la sagesse et la clairvoyance dont Laurier a fait preuve dans la crise du Transvaal, et on lui sait gré d’avoir eu le courage et la force d’enrayer un mouvement qui aurait pu être funeste à la paix du pays, fatal aux Canadiens-français.

Page 1