SES OPINIONS SUR LA POLITIQUE EUROPEENNE
Ses visées d’homme d’Etat s’étendaient au delà des horizons politiques du Canada. M. McArthur, 1 auteur d une biographie de Laurier, dit avec raison que plusieurs grands personnages de l’Europe furent heureux d accepter ses vues relativement à des questions européennes de grande importance.
M. Loubet, ex-président de la France, disait en 1906, lors des funérailles du regretté Raymond Préfontaine, qu il était heureux d’avoir accompli l’oeuvre capitale de 1 Entente Cordiale, et que les sages conseils de sir Wilfrid Laurier l’avaient incité à la poursuivre avec l’espoir de réussir.
“ Lorsque, dit-il, sous l’empire des idées qu’il m’avait inspirées, je constatai que mon ami Edouard VII était imbu des mêmes sentiments, nous pûmes bientôt conclure ce projet d’entente que je ne cesserai jamais d’admirer.”
Avoir contribué à l’oeuvre si glorieuse de l’Entente Cordiale n est pas un mince mérite et les paroles du Président Loubet ajoutent un beau fleuron à la mémoire de Laurier.
M. McArthur dit que le roi Edouard VII aurait pu rendre le même témoignage à sir Wilfrid, car, en 1897, à un banquet qu’il présidait avant d’être roi, il
LAURIER
avait entendu Laurier plaider la cause de 1 Entente Cordiale et souhaiter de voir la cordialité qui existait alors entre les deux races au Canada, s’établir en Europe entre la France et l’Angleterre. Il rappela le temps des jours glorieux où le Tricolore et la Croix de Saint-Georges flottaient triomphalement sur les hauteurs d’Alma, d’Inkermann et de Sébastopol. “Les temps sont changés, dit-il, d’autres alliances sont imminentes, mais qu’il soit permis à un fils, de la France, qui est en même temps un citoyen britannique, de saluer ces jours glorieux avec un regret qui puisse trouver un écho dans toute âme généreuse des deux côtés du canal.”
Il n’y a pas de doute que sur l’esprit si ouvert d’Edouard VII, comme sur celui de Loubet, les paroles éloquentes de Laurier durent produire la même impression.
En 1897, il fut appelé, dans une réunion des premiers hommes d’Etat anglais, à exprimer ses vues sur la constitution qu’il fallait donner à 1 Afrique du Sud et il s’exprima énergiquement en faveur de l’établissement d’un gouvernement responsable, en donnant comme exemple ce que ce système avait produit en Canada. Cela explique 1 amitié et la reconnaissance dont le général Botha lui donna souvent des preuves. Malgré sa modestie, Laurier ne pouvait s’empêcher d’avouer que ses paroles et ses conseils avaient paru impressionner vivement les hommes d’Etat anglais.
Il eut aussi l’occasion, plus d’une fois, de plaider
LAURIER
la cause de l’Irlande et de conseiller au gouvernement de la pacifier en lui donnant le “Home Rule”.
Comme on le voit, on ne se contentait pas en Europe de louer la mentalité brillante de notre grand compatriote, on rendait aussi hommage à la justesse et à la sagesse de ses vues politiques.