‹ Lauriers et feuilles d'érableChapitre 38 sur 64 · LES VRAIS MALHEUREUX · texte numérisé non relu

LES VRAIS MALHEUREUX

Stoïques, pour apprendre à supporter nos maux, Regardons, oubliés comme des animaux, Silencieux, meilleurs que nous, souffrir les autres.

Ceux-là sont malheureux, étant les dédaignés! Leurs chagrins rendent presque agréables les nôtres, De baisers adoucis et de larmes baignés.

Monte toujours, poète, ne crains rien. Va d'un vol ferme à la sainte lumière, Les yeux fixés sur l'astre aérien, Et le front haut, l'âme sereine et fière. Ne souille pas la blancheur de tes mains; D'un pur amour exalte ta mémoire.

Si quelquefois des hommes inhumains Raillent ton cœur d'un propos dérisoire, Ne rougis pas, réponds par les dédains: Sifflets de sots sont fanfares de gloire!

Tu seras seul, sans aide ni soutien

Dans l'ombre épaisse où l'esprit désespère;

Ton rêve est là, jeune autant qu'ancien:

Qu'il flambe clair sous ton front solitaire!

Les jours de peine ont d'heureux lendemains;

La douleur fait le combat méritoire.

C'est dans l'angoisse et les tourments divins

Que le croyant prépare la victoire,

Sous les mépris lâches et les venins :

Sifflets de sots sont fanfares de gloire!

L'atteindras-tu ton idéal chrétien

De charité, de lutte et de prière ?

As-tu la force invincible du bien ?

As-tu l'amour du beau que rien n'altère

Suffisamment pour vaincre les destins ?

As-tu le don miraculeux de croire ?

En marche, alors, {)ar les profonds chemins!

L'étoile luit, là-bas, dans la nuit noire!

Ne tourne pas la tête aux cris certains:

Sifflets de sots sont fanfares de gloire!

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