LES VRAIS MALHEUREUX
Stoïques, pour apprendre à supporter nos maux, Regardons, oubliés comme des animaux, Silencieux, meilleurs que nous, souffrir les autres.
Ceux-là sont malheureux, étant les dédaignés! Leurs chagrins rendent presque agréables les nôtres, De baisers adoucis et de larmes baignés.
Monte toujours, poète, ne crains rien. Va d'un vol ferme à la sainte lumière, Les yeux fixés sur l'astre aérien, Et le front haut, l'âme sereine et fière. Ne souille pas la blancheur de tes mains; D'un pur amour exalte ta mémoire.
Si quelquefois des hommes inhumains Raillent ton cœur d'un propos dérisoire, Ne rougis pas, réponds par les dédains: Sifflets de sots sont fanfares de gloire!
Tu seras seul, sans aide ni soutien
Dans l'ombre épaisse où l'esprit désespère;
Ton rêve est là, jeune autant qu'ancien:
Qu'il flambe clair sous ton front solitaire!
Les jours de peine ont d'heureux lendemains;
La douleur fait le combat méritoire.
C'est dans l'angoisse et les tourments divins
Que le croyant prépare la victoire,
Sous les mépris lâches et les venins :
Sifflets de sots sont fanfares de gloire!
L'atteindras-tu ton idéal chrétien
De charité, de lutte et de prière ?
As-tu la force invincible du bien ?
As-tu l'amour du beau que rien n'altère
Suffisamment pour vaincre les destins ?
As-tu le don miraculeux de croire ?
En marche, alors, {)ar les profonds chemins!
L'étoile luit, là-bas, dans la nuit noire!
Ne tourne pas la tête aux cris certains:
Sifflets de sots sont fanfares de gloire!