‹ LautrecChapitre 30 sur 43 · DE TOUT · texte numérisé non relu

DE TOUT

Certes, si Lautrec redoutait tout des très gros chiens qui pouvaient le faire tomber, il réservait sa tendresse aux petits chiens à courts ou à longs poils, qui sont les ordinaires compagnons des jeunes filles, des hommes inoccupés et des vieilles catins.

Aussi dessina-t-il et peignit-il de nombreux portraits de chiens.

Notons, par exemple :

Le chien Tommy, un petit chien, à poils longs, couché sur le ventre, et très doux;

Lajeimejille avec un chien, aquarelle en éventail;

L'enfant avec la chienne Paméla (Taussat- Arcachon); et, enfin, après quelques autres portraits de chiens, de moindre importance,

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LAVTREC

voici le fameux Bouboule-^ Bouboule, ce Chéri- Bouboule, enfin Bouboule, le bull-dog, qui s'octroyait l'unique honneur de lécher les joues de la chère Madame Palmyre, la patronne de la Souris l

Bouboule ! Oh! si j'écris et si je récris ce nom, avec tant de plaisir, c'est que tous les anciens amis de Palmyre se souviennent toujours, comme moi, de ce chien vraiment chien, de ce Bouboule si goulu et si concupiscent ! Mais quel Bouboule aussi bien mal né! Car Palmyre avait vainement tenté de lui inculquer l'amour des femmes. Bouboule les détestait, il n'y avait rien à faire contre cela; et le sacré Bouboule, ce réjouissant Chéri-Bouboule le leur montrait bien aux femelles, qu'il ne les acceptait pas; car, sitôt qu'on n'avait plus les yeux sur lui, il descendait de la table, où il reposait son petit cul tout rond; et, avec des efforts inouïs, rassemblant les dernières gouttes, il pissait sur les robes et sur les manteaux! Pauvre Bouboule, que j'adorais! Qu'est-il devenu, ce Ghéri-Bouboule? Oui, je sais, au Paradis des chiens, avec celui de Panurge ! mais, du

moins, où se trouve maintenant son portrait?

Nous avons revu heureusement celui de Fol^ Jette,]a. délicieuse petite chienne blanche, à longs poils, à oreilles droites, h crinière léonine, assise sur son derrière et le poitrail droit, face au spectateur. Petite tête de souris éveillée, chère petite demoiselle et certainement pucelle encore, que Lautrec avait peinte avec une souplesse étonnante, et en si parfait contraste avec le chien Tommy, déjà nommé au palmarès canin, — lui, une sorte de gros paysan balourd en feutre, tombé de tout son poids et de tout son long sur ses pattes de devant.

« De tout! » avons-nous écrit en tête de ce chapitre. Y a-t-il donc, à présent, à citer, des paysages peints ou dessinés par Lautrec ?

Nous, nous ne connaissons que quelques paysages proprement dits qui peuvent être donnés à Lautrec. Nous nous souvenons également d'avoir vu chez M. Maurice Guibert et chez M. le Président Séré de Rivières, quelques marines exécutées au lavis et au fusain.

Mais il y a d'autres choses à noter, sans doute, si l'on veut classer des projets pour des couver-

tares de livres ou pour des affiches; projets que Lautrec cherchait sur un papier ou sur un carton, soit au crayon, soit du bout du pinceau, trempé dans Tessence; et l'on peut cataloguer encore, pour mémoire, des essais de sculpture assez informes qu'il tenta, avenue Frochot> quelques mois avant sa mort.

Par contre, il fit beaucoup d'aquarelles, gouachées ou libres. En voici une brève énumération : Aristide Bruant \ l'esquisse pour l'affiche de la Bab/lone moderne; Au café; Le portrait de Maxime Dethomas, au bal des Quat\'Arts; Cortège indien\ La clownesse et les cinq plastrons; Miss Maf Belfort, etc., etc..

Aquarelliste, Lautrec gardait la même liberté et la même acuité que pour ses peintures à l'huile, attendu que, chez lui, c'était, avant tout^ îe dessin qui comptait.

Au résumé, toutes ces menues œuvres, dont nous venons de parler, peut-être trop laconiquement, étaient réalisées un peu au hasard de ce que Lautrec trouvait sous sa main, et selon son humeur du moment. Oui, il ne convient pas, décidément, de voir en lui un homme métho-

dique, mesuré, disciplinant ses facultés et ses envies de travail. Ceci est seul à enregistrer : il fournissait, à Paris, un dur labeur; et il se réservait l'été pour ne rien faire ; je veux dire pour se baigner ou conduire son bateau dans la baie d'Arcachon.

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