‹ LavoisierChapitre 93 sur 150 · Mémoires de E.-M. Delahante · texte numérisé non relu

Mémoires de E.-M. Delahante

répondit que tous obtiendraient leur mise en liberté sous peu de temps, alors qu'il se préparait à les faire tous traduire devant le tribunal révolutionnaire. Néanmoins les angoisses étaient grandes; c'était l'heure où Fouquier- Tinville envoyait à l’échafaud, sous prétexte de complicité avec l'étranger, les fondateurs de la République, Héraut de Séchelles, Danton, Camille Desmoulins, Westermann: comment les financiers, haïs pour leurs fonctions, suspects par leur fortune et leurs titres nobiliaires, ne se seraient:ls pas sentis menacés? Cependant tous ne désespéraient pas encore; ils n'avaient commis aucun acte d'incivisme et, étant restés en dehors des luttes politiques, ils n'étaient compromis avec aucun des partis qui se disputaient le pouvoir. Lavoisier ne s’abandonna pas et prépara ses moyens de défense. Il demanda au bureau de consultation, le 29 germinal, un certificat pour constater les services qu'il avait rendus à la science, et le rôle utile qu'il avait rempli au bureau de consultation, ainsi qu'au comité des assignats. « Si la forme d’un certificat vous paraît insolite, peut-être pourriez-vous prendre, pour remplir le même objet, la forme d’uu rapport qui serait fait au bureau, et qui serait terminé par un considérant et un prononcé. Ce n’est pas la première fois que vous auriez nommé des commissaires pour vous rendre compte des travaux particuliers. de quelques membres du bureau et des droits qu'ils pouvaient avoir acquis à la reconnaissance publique. Pourraije me flatter que vous me rangerez dans cette classe? Je ne vous demande que de certilier les faits et je vous prie d'éviter dans leur exposition tout ce qui pourrait ressentir l'influence des sentiments d'amitié et de confiance dont vous m'avez souvent donné des preuves. »

Une commission, composée de Coulomb, Servières et Hallé, présenta un rapport, dont la rédaction paraît due à

Hallé. Ce rapport fut adopté dans la séance du 4 floréal (23 avril), présidée par Lagrange, et à laquelle assistaient Borda, Désaudray, Leroy, Silvestre, Trouville, Jumelin et Dumas. Le bureau de consultation, rappelant le nombre et l'importance des travaux du citoyen Lavoisier, décida de lui décerner et de lui transmettre un témoignage d'estime qui devait être consigné au procès-verbal'. Lavoisier invoqua aussi l'appui des agents nationaux des poudres et salpêtres, Le Faucheux et Champy, qui essayèrent de l'arracher au tribunal en attestant qu'en qualité d’ancien régisseur des poudres, 1l était au nombre des citoyens désignés par un arrêté du comité du salut public comme devant être mis en réquisition pour la reddition de leurs comptes. Lavoisier s’adressa également à deux de ses anciens collègues de l’Académie, Cadet et Baumé, le fougueux adversaire des nouvelles théories chimiques; ils pénétrèrent dans sa prison pour lui remettre un certificat constatant qu'il s'était toujours opposé au mouillage du

1. .… « Le Bureau de consultation des Arts et Métiers, après avoir entendu le rapport de ses commissaires sur la demande et sur les travaux du citoyen Lavoisier, considérant le nombre et l'importance des découvertes de ce citoyen ; la grande et utile révolution qu’elles ont contribué à opérer dans la chimie; les lumières qu’elles ont répandues sur la nature de beaucoup de substances mal connues jusqu'à nos jours et sur les principaux phénomènes de la végétation et de l'économie animale; les avantages qui en ont résulté pour presque tous les arts qui ont quelque rapport avec la chimie, tels que la peinture, l'essai et l'exploitation des mines, etc.; enfin, que le suffrage de la plupart des savants de l'Europe assigne au citoyen Lavoisier un rang distingué par les hommes qui ont honoré la France; considérant encore que le citoyen Lavoisier à partagé avec zèle et assiduité les travaux du bureau de consultation pour assurer aux artistes utiles les récompenses dues à leurs talents, a arrêté que ce témoignage de son estime sera consigné dans son procès-verbal et qu'il en sera adressé un extrait au citoyen Lavoisier. :

Séance levée à 9 heures décimales, signé à la minute.

« LAGRANGE, SILVESTRE, secrétaire. »

(Archives du Conservatoire des Arts et Méliers. — Œuvres complèles, PV p.115.)

tabac, ce dont ils avaient pu s'assurer pendant leur enquête officielle de 1774°. Enfin il rédigea lui-même un bref exposé de sa carrière. Sous le titre de : Noñice de ce que Lavoisier, cy-devant commissaire de la Trésorerie nationale, de la cy-devant Académie des Sciences, membre du Bureau de Consultation des Arts et Ménhers, cultivateur dans le district de Blois, département du Loir et du Cher, a fait pour la Révolution, 1 rappelait ses travaux scientifiques, ses recherches agricoles, son rôle aux Assemblées provinciales, à l’Assemblée Constituante, à la Commune de 1789, à la Trésorerie nationale, au Bureau de consultation, au Comité des Assignats et Monnaies, à la Commission des Poids et Mesures, au Corgité de Salubrité, ses services comme garde national en activité dès les premiers instants de la Révolution *.

Dupin devait présenter bientôt son rapport sur les comptes des fermiers généraux. Quelques amis de Lavoisier voulurent tenter des démarches en sa faveur; il s’y refusa, paraît-il, de peur de les compromettre. Un membre de la Convention, Pierre Loysel, ancien directeur de la fabrique de Saint-Gobain, s’efforça de sauver le savant avec lequel il avait entretenu d’amicales relations; ses efforts furent impuissants. M"° Lavoisier, bravant le décret qui exilait de Paris tous les ex-nobles, essaya jusqu'au dernier moment de soustraire son mari au jugement du tribunal révolutionnaire; mais, d’après Cadet-Gassicourt, elle l’aurait compromis par son humeur altière. Le chimiste Pluvinet, négociant de la rue des Lombaräs et fournisseur du laboratoire de Lavoisier, avait conçu le

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