‹ Lazare Hoche [microforme] (volume 2)Chapitre 11 sur 25 · PAL · texte numérisé non relu

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w Telles furent les principales bases d’un premier traité qui fut signé le 17 février 1795 au château de la Jaunaye, près de Nantes, par les représentants en mission dans l'Ouest, pour le gouvernement républicain d’une part, ÿavec Cormatin, Charette, Sapinaud et leurs officiers agissant au nom de l’armée vendéenne. Ils se soumirent, reconnurent les lois de la République, et, peu de jours après, Charette fit à côté du général Canclacx une entrée solennelle dans la ville de Nantes, où il lui fut 10 fait une réception magnifique en signe d’espérance et de joie pour la fin d’une guerre si désastreuse. = Deux mois plus tard, en avril, une seconde paix, une Lruas a D simulée, fut signée, par les sdins de Cormatin, avec vi eS principaux chefs chouans de la Bretagne, à La Ma- 15 bilais, entre Rennes et La Prévalaye quartier général de 4.34 l'armée royaliste : elle lé fut aux mêmes conditions à 9-4 peu près que le traité précédent conclu pour la Vendée uyea là La Jaunaye, Stofflet, dirigé par l'abbé Bernier, luttait ; ‘encore en Anjou: se voyant abandonné à lui-même, 41, 20 battu par les républicains, presque seul et sans ressources, mn il se soumit à son tour à Saint-Florent, et l’on put croire complète alors la première pacification de la Bretagne et de la Vendée.

Elle avait été faite sans la participation de Hoche, qui ; 25 ne la crut pas durable. Cormatin et les chefs chouans Ù 5 walk connaissaient trop ses justes méfiances, et, redoutant le te 4 perçant regard du jeune général de l'armée de Brest, ils F4 ,” avaient exigé qu’il fût exclu des conférences dans les- Âk ee + quelles cette paix trompeuse avait été préparée, Les : e A 80 représentants ne tinrent aucun compte de ses avis et apportèrent, nous l'avons vu, une précipitation aveugle dans leurs, transactions avec les chefs chouans. Hoche «+ avait prévû les fâcheuses conséquences de leur conduite imprudente: on a traité, dit-il, avec les individus et 85 point avec l'insurrection, et l’on trouve écrites, dans ses | notes, le jour même de la signature du traité de La , Mabilais, les lignes suivantes, expression remarquable de 1 ses pressentiments : : “Pendant la conférence d aujourd’ “hui, j'ai fait remarquer à Chérin deux bandes de corbeaux 40 qui voltigeaient dans les airs au-dessus de La Mabilais,

Bientd se div résag En ?

La paix; Corm et € lin force:

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Bientôt elles se séparèrent; l’une d'elles resta unie, l’autre

se divisa. Bons anciens, n’eussiez-vous pas vu là un je présage significatif de ce qui dofît arriver après la pacifica- / = tion ? ” 4,

La situation de Hoche devint alors très-pénible. La $,1ÿ77€ Los paix, dictée en quelque sorte par les insurgés et par Cormatin, représentant de l'agence royaliste en Bretagne

et en Vendée, donna au parti qui voulait £ontinuer

l'insurrection et la guerre une confiance exag‘rée en ses alt c] forces. ‘‘ Il n’y eut pas, écrivait alors l’adjudant général 10. Î ’ |

Savary, un sul insurgé des deux côtés de la Loire, qui À//4*% t ne ne s'imaginât avoir fait grâce à la République.” #* Une / : 7, ee pe , . “. . TYAAAL LA vec telle présomption enzendra le mépris pour les autorités ?! ‘” ré républicaines et pour les forces du gouvernement, et de É de graves excès furent commis en beaucoup d'endidits avec 15 19-40 En s à l'audace que donne la certitude de l'impunité, Aa ART | dée Les nombreux représentants en mission dans Û tait l'Ouest, la plupart gens médiocres, faibles et van teux, € n'étaient d'accord que pour s'attribuer le mérite es, d'avoir délivré la République d'un fléau exterminateur 20 re et pour se donner comme les principaux auteurs de la et pacification ; ils étaient divisés sur les moyens de la con- < solider : les uns voyaient ces moyens dans es mesures [ui rigoureuses, les autres dans des concessions nouvelles. ns Ils agissaient en conséquence, et chacun à son point de 25 le vue particulier, donnant des ordres contraires et subils stituant partout leur autorité à celle des géréraux, s- disposant des troupes à leur fantaisie, incapable d’ores ganiser rien de durable, également impuissants à comet battre l'anarchie et à contenir la rébellion, D‘jà de 30 e € toutes parts s’élevaient des plaintes contre les géiéraux e et les fonctionnaires hors d'état de réprimer les e désordres et de prévenir les actes violents et audacieux t | d’une foule d’insurgés qui, au mépris de la pacification,

parcouraient en armes les campagnes, {f et souvent même 35

* Lettre au général de Grouchy.

+ Sous prétexte de calmer les esprits encore agité:, les chefs parcourant les paroisses, mettaient en réquisition les hommes depuis seize jusqu'à quarante ans. L'heure de la messe était

pénétraient jusque dans les bourgs et dans les villes pour s'y porter à d'odieuses cruautés, soit sur les officiers municipaux, soit sur les homines connus pour leur attachement à la République. Hoche, dont l'énergie

$ était paralysée par les représentants qui enchaînaient ses mains et disposaient de ses soldats, était cependant rendu partout responsable des maux qu'il ne pouvait prévenir : il se voyait ainsi de tous côtés en butte à d’injustes attaques et dénoncé au Comité de salut

To public comme coupable par les représentants dont il avait lui-même tant à se plaindre.

Le Comité, jugeant de la situation sur les rapports erronés de la plupart des représentants en mission dans l'Ouest, et entretenu par eux dans une dangereuse

15 illusion sur les dispositions des esprits en Bretagne et en Vendée, accueillit leurs plaintes contre Hoche et lui adressa plusieurs dépêches remplies de remontrances et de reproches amers, "rofondément blessé et consumé de chagrin, Hoche répondit cependart au Comité d’un

20 ton calme et digne: “ La position d’un général dont l’armée est divisée en pelotons de soixante, quatre-vingts ou cent hommes sur une surface de quatre mille lieues carrées, n’est assurément pas brillante : elle est bien malheureuse si, en redoublant tous les jours d’efforts

25 pour bien servir son pays, il est accusé de faiblesse et de négligence par le gouvernement auquel il est dévoué, tandis que ses ennemis l'accusent hautement de mettre trop de rigueur dans sa conduite. Je n’ai pas craint jusqu'à ce jour de dire la verité ; vous avez

30 pu vous en convaincre par les ennemis que je me suis faits: je pourrais répondre à ceux-ci; mais je ne donnerai pas aux ennemis de ma patrie le spectacle d’une lutte avantageuse pour moi, il est vrai, mais scandaleuse pour la République.”

35 Cette lettre, à laquelle le Comité ne répondit pas, fut

celle du raïlliement, On se rendait en armes à l’église, on y assait des revues avec cocardes et panaches blancs au cri de: # Vive le roi.” (a)

(a) Rapport du représentant Jarry au Comité,

son & ballot!

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suivie pour Hoche de quelques jours d’une anxiété douloureuse et qui se révèle dans sa corresponilance intime avec le général Le Veneur, son ancien chet et son ami. ‘’.… Je suis las, écrit Hoche, d’être ainsi ballotté.. Je ne puis rester plus longtemps soumis au & caprice des événements. Sachez quels reproches on me fait, Est-ce d’avoir dit la vérité? Je la dirai toujours. Hélas! il y a un an, j étais au fond d’un cachot bien humide pour l'avoir dite : cela ne m’a pas corrigé. Que m'importe, après tout, que les hommes 1® me rendent justice, si ma conscience ne me reproche rien. Heureux habitant du Morbihan, qui ne vis que pour adorer Dieu, j’envie ton sort; que ne suis-je à

ta place!” Hoche apprend alors que le général Jourdan, le vainqueur de Fleurus, est comme lui me- 15 nacé d’une diserâce ; il en frémit d’indignation et de douleur. ‘Eh quoi! ditil, l'intrigue l’emportera toujours! Jourdan, le plus pur de nos généraux, Jourdan est méccnnu!” A cette nouvelle, le découragement s'empare de son âme, il songe à résigner son commande- 20 ment. Il aspire à vivre loin des intrigants, loin des hommes, dans la retraite, auprès de sa rompagne. Mais bientôt il se relève, il songe à sa patrie et redevient luimême : “Je me dois à elle tout entier, écrit-1l à son beau-frère ; ah! puissé-je la servir autant que je l’aime ! 25 … Va, quoi que fasse l'envie, elle ne nous abattra point, Nous avons pour défense le souvenir de ces belles journées dans lesquelles nos armes fixèrent la victoire. Nos juges sont les soldats de Fleurus et de Wissembourg. La gloire ne met pas à l’abri de la pro- 30 scription, mais elle immortalise le proscrit, et monter les degrés de l’échafaud, c’est parfois gravir ceux du Panthéon ! ” #

Hoche ne fut pas destitué : maïs il perdit le commandement des côtes de Cherbourg, qui fut donné au 35 général Aubert du Bayet. Il ne commandait plus alors en titre que l’armée de Brest, mais ses collègues du Bayet

* Lettre citée par M. Bergounioux, Wie de Lazare Hoche, ?: 140,

et Canclaux s’accordèrent pour iémoigner à ses avis une

déférence puisée dans le sentiment intime qu'ils avaient

tous deux du mérite de Hoche et de la supériorité de ses talents.

#$ La situation des armées républicaines en Bretagne devenait très-critique: tandis que, d’une part, les chouans, dans la prévision d’une insurrection nouvelle, s’entendaient pour accaparer les subsistances et pour rendre fort difficiles les approvisionnemeris des troupes

to du gouvernement; d’autre part, les orüres les plus sévères interdisaient à celles-ci les réquisitions forcées et le maraudage: la disette se fit sentir, les chouans en profitèrent pour embaucher les soldats, qui désertèrent en grand nombre,

15 Hoche redoubla d'efforts et de vigilance, tout en se renfermant strictement dans ses instructions : il sut, à l’aide des prêtres qu'il traitait avec beaucoup d'égards et de bienveillance, organiser sur tous les points une police très-active, et prévenir ainsi par la rapidité de son action

20 beaucoup de désordres. Il acquérait en même temps chaque jour davantage la certitude d’un soulèvement prochain et général. Il se contenait cependant, résolu à ne donner aucune prise à ses adversaires et à s’abstenir à l’égard des chouans de tout acte hostile jusqu’à

25 ce qu'il eût en main des preuves irrécusables de leurs projets agressifs. Il ne perdait jamais de vue Cormatin, linfatigable instrument de l'agence royaliste: il le crc yait aussi faux que présomptueux et il avait, en plus d’une occasion, répondu par le mé,ris à son insup-

3o portable jactance. Cormatin humilié se vengea en dénonçant Hoche aux représentants qu'il intimidait, et se posa comme arbitre de la paix et de la guerre: “ Je n'ai qu’à faire un signe, disait-il, et toute la Bretagne est à moi et debout.”

35 Hoche enfin obtint la preuve écrite et ardemment désirée du danger qu’il avait pressenti et de la conspiration flagrante de plusieurs chefs insurgés contre la République. Une lettre adressée au barun de Solilhac et à deux autres officiers chouans, fut interceptée, elle

40 portait pour signature le nom de Cormatin et celui de

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Bois-Hardi, qui s'était acquis dans la guerre civile une grande réputation de vaillance et d'audace. Elle révélait leurs projets ultérieurs et annonçrit la prochaine reprise de la guerre contre la République : aucun doute n'était: plus possible. Hoche envoya cette lettre au Comité de 5 salut public, et obtint, de quelques-uns des représentants en mission, l’ordre d'arrêter Cormatin et Bois-Hardi, signataires de la lettre, ainsi que les trois chefs à qui elle était adressée,

Instruit par Hoche, le Comité prescrivit de ramener 10 les hommes égarés, de protéger les hommes paisibles et d'exécuter la pacification à l'égard des chefs royalistes soumis de bonne foi, mais il ordonna aussi de poursuivre sans relâche les chefs qui l’auraient violée et de désarmer les communes.* Le Comité donna en même 15 temps à Hoche les pouvoirs nécessaires pour agir et po: disposer seul des troupes placées sous ses ordres.

Cormatin et Solilhac furent arrêtés, Bois-Hardi et les deux autres chefs compromis résistèrent et périrent bravement les armes à la main, Les chouans com- 20 prirent que la République ne se contenterait plus d’une paix simulée. Ainsi avertis, ils reprirent leurs armes et se tinrent prêts à combattre : on annonçait la prochaine apparition d’une escadre anglaise portant le secours depuis si longtemps attendu, et déjà sur plusieurs points, 25 dans le Morbihan surtout, les partis en étaient venus aux mains et s'étaient livré de sanglants combats.

Libre enfin d’agir et maître de ses mouvements, Hoche annonça la reprise de la guerre dans son ordre du jour à l'armée. ‘ Braves camarades, dit-il, votre courage n'est 30 plus enchaîné. Vous pouvez désormais combattre ceux de vos ennemis qui ont insulté à votre longue patience et repoussé le bienfait de la clémence nationale... Marchez avec votre valeur accoutumée sur les rassemblements des rebelles : dissipez-les, désarmez-les ; mais 35 épargnez le sang, il a déjà trop coulé. Scrupuieux observateur de l'acte de pacification, j'accueillerai avec humanité et fraternité ceux qui se soumettront de bonne

®* Arrêté du 20 juin 1795.

foi. je poursuivrai les parjures sans relâche jusqu’à ce toute qu’ils aient mis bas les armes:'c’est aux chefs des royal révoltés que je m'en prendrai particulièrement : ceux-là marq seront frappés sans pitié.” * ou de 8 Ce fut le signal d’une nouvelle querre: des colonnes manc mobiles parcoururent : ce:::fe en tous sens et fon: des « dirent sur les rassemt:::::: armés qu’elles disp "sè. défen rent; mais il s’en forma: : vtuut; en peu de jo’ : la chefs Bretagne fut en feu: les « vuan: accouraient se r’.nger homt 10 autour de leurs chefs: ils se dirigeaisnt en masse vers Vaub les côtes du Morbihan, et bientôt l’escadre anglaise, l'évêc portant plusieurs régiments d'émigrés et de grands accor secours d'armes et de munitiuns, vint mouiller en face d'émi de la côte bretonne, dans la baie de Quiberon, à leu et ce:

maté!

Quiberon,

Le comte de Puisaye avait enfin décidé le gouvernement britannique à armer une expédition formidable pour tenter un déb: :rquement et pour seconder les

20 efforts des chouans sur les côtes de Bretagne. Plusieurs régiments émigrés de l'armée de Condé, après les défaites consécutives de la coalition sur le continent, étaient déjà passés, depuis la campagne précédente, à la solde de l'Angleterre: le gouvernement anglais en forma

25 cinq corps réguliers et plusieurs cadres d’autres régiments appelés à se compléter en Bretagne à l’aide des chouans. Les cinq corps enrégimentés étaient : :° le régiment d'Hervilly ou Royal-Louis, qui avait pour colonel le comte d’Hervilly, appelé à un commande-

30 ment supérieur ; 2° la légion de la marine, commandée

par le comte d’ Étector, ancien chef d’escadre, et presque

* Ordre à l’armée du 1% juin 1795. —- Rousselin, Corresp., p. 177

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DE LAZARE HOCIIE, 67

toute composée d'officiers émigrés de l'ancienne marine royale ; 3° la légion du Drenay, sous les ordres du marquis de ce nom: 4° le régiment de Loyal-Emigrant ou de la Châtre; 5° enfin un régiment d’artilierie commandé par M. de la Rotalie, et formé presque en entier des officiers et sous-officiers de cette arme qui avaient défendu Toulon contre la Convention. Les principaux chefs de cette petite armée, d'environ cinq anille hommes, étaient les comtes de Puisaye, d'Hervilly, de Vauban, Dubois, Berthelot, et le chevalier de Tinténiac ; l'évêque de Dol, avec une suite de prêtres missionnaires, accompagnait l'expédition. Cette première division

d'émigrés portait la cocarde blanche afin de conserver

à leur entreprise un caractère national. Ces régiments

et ces cadres furent seuls embarqués d’abord, avec un

matériel assez considérable en armes et en munitions. Ce premier convoi devait être promptement suivi d’un

second, porteur des débr'; ue plusieurs autres régiments

d'émigrés réunis en Hanovre pour être transportés en Bretagne. Ces corps, cruellement éprouvés et décimés, étaient les restes des corps de Béon, de Rohan, de Périgord et de Salm : ils formaient, sous le commandement du jeune comte de Sombreuil, un total de quinze cents hommes : ils descendirent l’Elbe, furent transportés sur une escadre anglaise à Portsmouth, et de là dirigés sur Quiberon. Enfin, lorsque les deux premières expéditions auraient réussi à opérer un débarquement, si la Bretagne se soulevait, comme l'avait annoncé Puisaye, et s’il pouvait prendre possession d’un point important sur la côte, une nouvelle expédition, portant une armée anglaise, un matériel considérable et un prince français, le comte d'Artois, devait sur-le-champ mettre à la voile,

Ce fut une première faute d’avoir partagé l’entreprise en trois expéditions sans les destiner à agir simultanément ; c'en fut une autre de ie pas avoir mis le prince à la tête de la première ; une troisième faute, et qui eut des

conséquences très-funestes, fut d’avoir divisé le com-

mandement entre le comte de Puisaye dont le gouvernement britannique redoutait l'esprit d’aventure et d’auüace,

et le comte d'Hervilly, chef du premier régiment d’émi- 40

68 BIOGRATHIR

grés, homme méthodique, strict observateur des règles de

l'art, beaucoup plus propre à commander une armée

régulière en rase campagne qu'un corps «le volontaires

dans une guerre d'invasion où le succès dépend de la 5 rapidité des mouvements et de l’audace de l'attaque.

Puisaye exigeait avec raison qu’on débarquât tandis que la côte était encore faiblement gardée, et qu’on se portât rapidement en avant, appelant à soi toutes les bandes armées des chouans qui parcouraient le pays, et

10 en se hâtant de les enrégimenter : il voulait enfin qu’on s'emparât, sur-le-champ, d’une ville importante du littoral et qu’on y proclamât Louis XVII en annonçant la prochaine arrivée d'un prince français. Ainsi conduite, l'entreprise avait des chances réelles de succès, dans

16 l'état où étaient er France les esprits et au plus fort de la réaction thermidorienne contre les terroristes et la Convention, Maïs le prince qui aurait pu rallier toutes les fractions du parti royaliste ne parut pas ; les démêlés entre les chefs, leurs longues hésitations pour le

20 débarquement firent perdre un temps précieux. Enfin l'avis de Puisaye l’emporta: le commodore Warren décida la de:cente : elle eut lieu le 27 juin 1795 dans la baie de Quiberon, formée d’un côté par la côte de Bretagne, de l’autre par une presqu'île longue d’environ

25 deux lieues et dont la largeur varie sans dépasser trois kilomètres. (C'est la fameuse presqu’ile de Quiberon, jointe à la côte bretonne par une bande de sable étroite et d’une lieue de longueur, nommée la Falaise, Le fort Penthièvre, occupé par sept cents républicains et con-

3c struit au centre de la presqu'île, dé‘endait les approches de celle-ci du côté du continent,

L'expédition débarqua au fond de la baie au village de Carnac. Au même moment, des bandes de chouans accoururent, conduits par leurs principaux chefs,

35 Dubois, d’Allègre, Mercier, Genrge Cadoudal ; ils dis-

persèrent sur la côte quelques déta .hements républicains.

et se rendirent au rivage au nombre de quatre ou cinq

mille hommes ; les paysans du voisinage se réunireut à.

eux au cri de: Vive le roi! et Puisaye crut à l’insurrec-

49 tion prochaine de toute la Bretagne, Mais bientôt de-

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DE LAZARF. HOCHE, 69

fâcheuses querelles éclatèrent entre les chouans et les émigrés. Ceux-ci, qui avaient servi dans les armées régulières du continent, n’ouvraient leurs rangs qu'avec inquiétude et répugnance à des hommes indisciplinés, déguenillés, dépourvus de toute instruction militaire, $ beaucoup plus aptes au métier de guérillas qu’au service dans des corps d'élite. L’afitipathie devint promptement réciproque : il en résulta des rixes, il fallut les tenir séparés et perdre à s'organiser un temps qui aurait dû être employé à marcher en avant. 10 Des ordres arrivèrent enfin de Londres our conférer à Puisaye seul la direction suprême de l'expédition. Puisaye prit sur-le-champ d’habiles dispositions, ordonna une impétueuse attaque contre le fort Penthièvre, qui se rendit presque sans combat. Puisaye s'y é'ablit fortement, et, par un ouvrage solidement construit en pierre, il relia la forteresse avec un rocher de soixante pieds de hauteur qui flanquait la presqu'ile à l’ouest du côté de la pleine mer, de telle sorte qu’elle était entièrement coupée et que tout passage était fermé d’un rivage à l’autre. Il fit en même temps débarquer dans la presqu'île tout le matériel apporté par l’esridre anglaise et distribua aux chouans des habits et des armes. Dix mille d’entre eux occupaient déjà la ligne importante de Lorient à Auray. [L’intention de Puisaye était de s'emparer de Brest, de Lorient ou de Saint-Malo, où il avait des intelligences, et de marcher casuite sur Rennes ; ses émissaires parcoururent toute la Bretagne avec la rapidité de l'éclair, réveillant les populations, stimulant leurs principaux chefs, Charette, Stofilet, Scépeaux, etc., et leur annonçant la prochaine arrivée d’un prince du sang royal de France et d’une armée anglaise, Quinze jours s'étaient écoulés depuis la première apparition de l’escadre à Quiberon. Hoche accourut de Rennes avec toutes ses forces disponibles et se montra supérieur aux périls de sa situation. Il était arrivé à Auray avec cinq mille hommes seulement, et les généraux des armées de Brest et de Cherbourg s’empressant de répondre à son appel, de toutes parts des détachements républicains étaient en marche pour le rejvindre. 40

Vers le 6 juillet, dix ou duuze mille hommes ayant rej int son quartier géréral, il se crut assez fort pour attaquer les chouans qui. sous le commandement de Vauban et de George Cadoudal, au nombre d’environ 5 dix mille, occupaient, en avant de la presqu'île, toute la ligne entre Saint-Michel, Carnac et Sainte-Barbe. Hoche et Vauban avaient compris tous deux l'importance du poste de Sainte-Barbe, qui maintenait ouvertes les communications de la presqu'île avec le littoral. C'est sur 10 ce point que tous les efforts de Hoche furent dirigés. Vauban de son côté mit tout en œuvre pour le défendre, appelant à son aide les émigrés du régiment d'Hervilly; ceux:ci firent une charge malheureuse, après laquelle d'Hervilly ordonna la retraite. Une plus longue résist- 15 ance devenant impossible ; Vauban, pour éviter de voir son armée coupée en deux et rejetée dans les fots, fit rapidement replier son centre et sa droite derrière la gauche toujours en possession de Sainte-Barbe, qu'il abandonna ensuite pour couvrir la retraite des chouans 20 dans la presqu'île. Ils y rentrèrent avec une multitude de femmes et d'enfants et dans le plus effroyable désordre, serrés de près par les baïonnettes républicaines. Ils étaient tous en danger de périr et furent sauvés cette fois par les chaloupes canonnières de l’escadre anglaise 25 qui, embossées des deux côtés de la Falaise, firent pleuvoir une grêle de boulets sur les républicains et arrêtèrent la poursuite. Mais déjà les émigrés et les chouans se trouvaient tous enfermés dans la presqu'île, Hoche les considéra comme ses prisonniers et il établit son 39 quartier général à Sainte- Barbe.

Hocte cependant était lui-même dans une situation très-critique : derrière lui et autour de lui tout le pays était hostile à son armée et à sa cause: il fallait faire venir des vivres de loin sous escorte; les arrivages

35 Ctatent lents, et plus ses troupes grossissaient en nombre, plus les difficultés de les nourrir étaient grardes. Les soldats se répandirent de nouveau dans les campagnes pour y vivre à discrétion et s’abandonnèrent au pillage et à toute sorte de crimes.* Hoche exaspéré les con-

* Rousselin, Correspondance de Hocke.

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DE LAZARE HOCHE, 7T signa dans le camp dont il leur interdit de franchir l’enceinte. Poussés alors par les privations au murmure et à la révolte, les soldats se mutinèrent: Hoche accourut, et marchant rapidement à l’un des plus mutins, il le frappa de son sabre et comprima la sédition. 5

Il était revenu pensif à Sainte-Barbe dans la grange où il avait établi son quartier général et d’où il observait avec une longue-vue les mouvements de ses propres troupes dans le camp, lorsqu'il r£cut la visite de deux représentants, Blad et Tallien, «que la Convention 10 nationale envoyait sur les lieux avec des pouvoirs étendus ; ils étaient accompagnés de Rouget de l'Isle, l'auteur du chant célèbre de /4 Marseillaise, et qui a laissé du sanglant épisode de Quiberon une relation détaillée et fidèle. Il y raconte cette première entrevue 15 dans laquelle Hoche, loin d'accuser ses soldats, dépeignit vivement leurs souffrances, et lui inspira tout d’abord la plus vive sympathie fondée sur le respect et sur l'admiration, “ Pendant qu’il parlait, dit Rouget de l’Isle, je ne me lassai pas d’admirer son imposante stature, son 20 air guerrier, quoique gracieux et sans forfanterie, ses traits doux et fiers, embellis par une superbe cicatrice qui, sans les altérer, lui traversait le front dans toute sa hauteur et venait expirer à la naissance du sourcil droit. J'admirai son héroïque simplicité, l’heureux accord de 25 ses paroles et de ses manières, du son de sa voix avec ses expressions : tout en lui me révélait un homme supérieur.” *

Les deux représentants employèrent pour approvisionner l’armée les procédés révolutionnaires par les- 30 quels la Convention pourvoyait, avec succès, il est vrai, aux besoins du moment; mais en semant au cœur des populations spoliées et terrifiées d’impérissables germes de haine et de fureur. Le danger de la petite armée républicaine isolée au milieu de populations exaspérées 35 s’en accrut et, d’autre part, Hoche voyait en face de lui un ennemi nombreux et très-redoutable, occupant, dans

* Rouget de l'Isle, Keation historique et souvenirs de Quiberon, P. 45 46.

l'étroite presqu’ile où il ctait enfermé, sous i? protection du fort Penthièvre et de l’escadre anglaise, une position trè.-forte et en apparence inexpugnable.

Puisaye conçut un plan d'attaque qui, bien exécuté,

$ aurait eu pour l’armée républicaine de désastreuses conséquences. Il résolut d'envoyer sept mille chouans divisés en deux corps hors de la presqu'île, avec l’ordre de se joindre aux chefs et aux populations soulevées de l'intérieur du pays, pour fondre ensemble sur les der- 10 rières du camp de Sainte-Barbe tandis qu’il l’attaquerait de front. Quatre mille chouans, commandés par le comte de Tinténiac et sous lui par Mercier et d Allècre, furent débarqués le 11 juillet sur des chasse-marée anglais à Sarzeau, près de l'embouchure de la Vilaine, 15 Une seconde division de vrois mille hommes, sous deux chets éprouvés, Jean-Jean et Lantivy, débarqua un peu au-dessus de Quimper. Ces deux divisions avaient ordre de se réunir, le 14 juillet, à Bard, en arrière des républicains, pour attaquer ensemble, le 16, et prendre à revers 20 le camp de Sainte-Barbe.

L'agence royaliste de Paris, toujours hostile à Puisaye, fit échouer ce plan savamment combiné. Cette agence, qui aurait voulu agir indépendamment des Anglaus, et s'assurer, sans leur concours, d’une piace du littoral,

25 après avoir échoué dans une tentative pour enlever Saint- Malo, projetait maintenant de s'emparer de Saint-Brieuc, et lorsqu'elle eut appris que Tinténiac et Lantivy étaient heureusement débarqués, avec leurs divisions, ces deux chefs furent sommés par elle, au nom du roi, de marcher

30 sur cette place et de s’en rendre maîtres. Ils cédérent à regret à cette injonction royale et, deux jours plus tard, Tinténiac fut tué à l’attaque du château de Coëtlogon, Puisaye, ignorant son sort et confiant dans l’exécution des ordres qu’il avait donnés, fit embarquer

35 Vauban avec douze cents chouans, et lui prescrivit de faire une fausse attaque par la gauche des républicains à Carnac en essayant de se lier sur les derrières de leur camp à Tinténiac. Une première fusée devait être tirée par Vauban s'il réussi-sait à débarquer, et une

40 seconde dans le cas où il serait repoussé et ne pourrait

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tenir sur le rivage. Vauban débarqua et tira sa première fusée ; mais bientôt l’ennemi accourut en force supérieure: Vauban, contraint à se rembarquer, tira sa seconde fusée, mais celle-ci ne fut pas aperçue.

Puisaye demeura persuadé qu’il était parvenu à prendre 5 position et à rejoindre Tinténiac : il eut le tort de ne pas s’en assurer d’une manière précise, et il sortit de la presqu'île avant le jour avec toutes ses troupes régulières, marchant fièrement en colonnes d'attaques au nombre d'environ cinq mille hommes. Le régiment ro de Loyal-Émigrant était en tête; à droite s'avançaient les régiments de Royal-Marine et de du Drenay, soutenus par six cents chouans sous les ordres du duc de Lévis Le régiment d’Hervilly, avec mille chouans, formait la gauche; l'artillerie enfin, 15 dans laquelle étaient incorporés les canonniers toulonnais, marchait sous les ordres du colonel Rotalie. L'armée royale s’avança ainsi par la Falaise sur le camp de Sainte-Barbe,

Puisaye, entendart au loin un feu de mousqueterie, 20 s’'écria : “C’est Tinténiac !” et il fondit sur les avantpostes républicains commandés par le général Humbert : celui-ci ne soutint pas ce choc impétueux et se replia dans le camp.

Hoche, impassible, attendit les royalistes dans ses 25 retranchements qu'ils attaquèrent avec fureur. Faisant alors démasquer sur leur flanc de redoutables batteries,

il les accable sous une pluie de mitraille, d'obus et de boulets, Le massacre est épouvantable; les plus héraïques efforts des royalistes sont impuissants contre 30 une armée trois fois plus nombreuse, commandée par un général aussi habile qu'infatigable, Des files entières tombent fauchées par la mitraille ; la plupart des chefs sont tués ou blessés: mais personne ne recule, et les survivants combattent avec un acharnement sans pareil. 38 Cependant le feu de la mousqueterie a cessé sur les derrières du camp républicain : il devient évident que Tinténiac et Lantivy ne se sont point trouvés au rendezvous assigné, et que la petite armée royaliste est seule engagée dans l'attaque. Il faut dès lors renoncer à 40

vaincre : Puisaye ordonne la retraite. Celle-ci s'exécute avec une extrême confusion sous un feu terrible, Hoche poursuit les royalistes, et sa cavalerie se déploie dans la plaine pour les rejeter dans la mer avant qu'ils n’aient 5 atteint le fort Penthièvre. Pour comble de malheur, d’'Hervilly qui luttait avec le plus grand courage, reçoit en pleine poitrine un biscaïen qui le met hors de combat, et l’armée aurait encore une fois péri tout entière si l'amiral Warren n’eût fait avancer ses cha- 10 loupes. Celles-ci avaient recueilli Vauban et ses douze cents hommes rejetés du rivage où ils avaient d’abord débarqué. Ils s’élancent sur la Falaise dont ils protégent ‘’entrée : ils couvrent ainsi la désastreuse retraite de l’armée royale, et tiennent en échec les républicains, 15 tandis que les chaloupes ouvrent sur eux un feu épouvantable : ils s'arrêtent, reculent à leur tour et rentrent au Camp.

Les pertes des émigrés étaient énormes, et, dans le seul régiment de Royal-Marine, sur soixante-quatorze 20 «fficiers, cinquante-trois avaient été tués ou mis hors de combat: mais en même temps il leur arrivait du renfort, La seconde division, celle d'Allemagne, formée de régiments au service de l’Angleterre, était entrée le 16 juillet Cans la rade de Quiberon, au moment même du combat, 25 inais trop tard pour prendre part à l’action: l’ardent Sombreuil qui la commandait avait seul obtenu de l'amiral la permission de descendre à terre: il avait combattu en volontaire, et c’est lui que d'Herviily, blessé à mort, désigna pour lui succéder dans le com- 30 mandement, sous la direction supérieure de Puisaye : c'est lui Sombreuil qui disputera le dernier à Hoche ce lambeau sanglant de terre, tombeau de tant de braves. Sombreuil unissait aux dons extérieurs, à toutes les grâces de la personne, des sentiments chevaleresques et 35 un bouillant courage, exalté encore par le souvenir d’un père et d’un frère morts sur l’échafaud, et d'une famille #ntière fatalement entraînée dans la misère, dans l'exil ou dans la tombe. Il avait tout dernièrement épousé, à Londres, une jeune personne éperdument aimée et, le 40 jour même de ses noces, il s'était arraché à sa jeune

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fiancée pour rejoindre l'escadre anglaise et cingler vers Quiberon.

Sombreuil avait reconnu toute l'importance du fort Penthièvre qui, flanqué de retranchemerits construits par les émigrés du côté de la pleine mer, coupait entièrement la presqu’ile d’un rivage à l’autre : de la conservation de ce fort dépendait le salut de l’armée royale. Sombreuil insista pour que la garde en fût exclusivement confiée à sa division: Puisaye refusa, craignant d'offenser les émigrés des autres divisions. Mais dans toutes se trouvaient incorporés beaucoup de prisonniers républicains, qui, pour échapper aux souffrances qu'ils avaient endurées ou qui les attendaient sur les pontons anglais, avaient consenti à s'engager parmi les royalistes, acceptant leurs offres jusqu’à l’heure où ils pourraient s'échapper et trahir leurs nc'iveaux compagnons. Déjà un grand nombre, profitant de la marée basse le long des murs, s'étaient jetés dans l’eau qui recouvrait les sables de la Falaise et avaient rejoint l’armée républicaine, en remarquant, à droite et à gauche du fort Penthièvre, les passages guéables qui conduisaient au camp. Chaque nuit y amenait ainsi de nouveaux déserteurs : l’un d’eux, David Goujon, offrit à Hoche de conduire une colonne par la pleine mer jusqu’au fort : Hoche accepta et résolut d'attaquer la presqu’île sans délai.

Dès le lendemain, 19 juillet, il rédigea un ordre du jour remarquable entre tous par sa précision et sa terrible énergie. Le fort Penthièvre sera attaqué de trois côtés à la fois dans la nuit suivante à la basse mer, à gauche par le général Humbert, à l’extrême droite par le général Valletan, et par l’adjudant général Ménage qui, avec trois cents hommes d'élite, tentera d'escalader le rocher relié au fort par le retranchement des émigrés : Hoche lui-même dirigera l’attaque au centre,

Dans la nuit du 20 juillet, par un temps sombre, Hoche mit en mouvement ses colonnes, marchant à leur tête, avec les représentants Blad et Tallien. Sa marche est suspendue par un orage épouvantable mêlé de grèle et d'une pluie glacée qui tombe à torrents,

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tandis que les vents déchainés avec fureur soulèvent le sable en épais tourbillons : les soldats ne distinguent plus ni leur direction ni la voix des chefs, et s'arrêtent dans un désordre affreux. Enfin ils reprennent leur

$ marche et parviennent, après beaucoup d'efforts e! sans

être aperçus, au pied des remparts, au centre de la position ; là ils s'arrêtent et attendent des nouvelles de l'attaque de gauche. Celle-ci échoua ; Humbert, arrêté par la fureur des éléments, ne put atteindre la forteresse

10 qu'aux premières lueurs du jour, au moment même où

la division centrale était découverte par les ass éiés. Les canonniers toulonnais firent feu sur elle et donnèrent léveil à vne chaloupe anglaise qui accabla la division d’Humbert, sous les boulets et les obus. Il

15 fallut se retirer : et Hoche rallia les républicains et com-

mença la retraite. La journée semblait perdue : l’unique chance de succès dépendait maintenant de l'attaque de droite, commandée par Ménage et entreprise sous la direction du transfuge David. Elle présentait d’ira-

20 menses difficultés. La mer en fureur battait le roc

bastionné au pied duquel David amer: i1 colonne républicaine, protégée par le bruit des flots furieux et par les ténèbres, ‘ Ménage et sa tronpe escalulen: le roc, s’accrochant aux ronces, aux arbrisseaux, 5 usant

25 «les échelons de leurs baïonnettes qu’ils enfoncent dans

les crevasses, et s’aidant, se poussant les uns les autres, ils parviennent au sommet. Le parapet restait à gravir et, au cri d’une sentinel'e, ils pouvaient tous être précipités dans la mer. Mais ils entendent des paroles

30 amies: David avait des complices dans le fort, et ceux-

ci tendent la main aux républicains qui s’élancent sur la plate-forme. Les royalistes, qui s'étaient crus vainqueurs, sont surpris et massacrés, les canonniers toulonnais pris à tover: sont tués sur leurs pièces: tout ce

35 qui résiste est égorgé, «t Ménage plante sur la muraille

le drapean tricolore, Hoche l’aj erçoit et rebrousse aussitôt cheuiiu ; il entre sans résistance dans la forteresse, ei hrsse Ménage, le nomme général de brigade et dispose ut jour compléter sa victoire.” *

e Rouget de isle, Srsvenirs de Quiberon. —De la Tousche,

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Ische,

DE LAZARE HOCHE, 77 Au premier bruit de la prise du fort, Puisaye comprit que tout était perdu. Ii ne s'agissait plus de défendre la presqu'île ouverte au flot toujours grossissant des troupes républicaines, mais d’arrêter celles-ci assez longtemps i pour permettre aux débris de l’armée royaliste de se 5 ; rembarquer. Sombreuil et lui prirent à la hâte, dans ce but, au milieu d’une confusion épouvantable, d’urgentes et vaines dispositions. Toute l'artillerie était prise ou détruite; aucun retranchement n'était élevé dans l'intérieur de la presqu'île, encombrée par la foule des 10 | blessés et par une multitude de paysans, vieillards, femmes, enfants, courant tous en désespérés vers le rivage, rompant et entraînant avec eux les valeureux bataillqns qui essayaient de se former et qui n'avaient que ‘enr poitrine à opposer aux feux violents de la 15 mousqueterie et des canons. Sur divers points, ralliés ps Sombreuil, ils parvinrent à se former et, se précipiii sur les républicains avec toute la furie du désespoir, ils ie firent reculer : vains efforts ! que pouvait l’héroïque vaieur de trois ou quatre mille hommes contre un ennemi 20 quatre fois plus nombreux et enivré par la victoire! A chaque m ment les royalistes perdaient du terrain et se rapprochaient de la mer; mais la marée était basse, la flotte anglaisse était à l’ancre à une lieue du rivage, et la tourmente soulevait encore les vagues et rendait très 25 difficiie l'approche des embarcations. Le ciel était fort sombre, et l'amiral n'aperçut pas le drapeau tricolore flottant sur la forteresse ; il ignorzit qu'elle fût prise. Puisaye envoya successivement à bord un pilote intrépide et un aide de camp, le marquis de la Jaille : puis 30 voyant tout désespéré, il s’'embarqua lui-même, au fort Haliguen, sur un frêle esquif, pour hâter l’arrivée des secours et aussi, dit-il, pour mettre en sûreté sa correspondance, qui eût compromis toute la Bretagne. L'honneur militaire exigeait qu’il restât pour mourir avec 35 ceux qu'il avait entrainés dans le péril, mais sa fuite fut à tort considérée comme une trahison.

Relation du désas're de Qub:ron.—Villeneuve la Roche-Barnaud, Mémoire sur l'expédition de Quiberon,

Averti du désastre, l'amiral Warren fit faire force voiles vers le rivage et ouvrit un feu terrible sur les républicains : quelques coups mal dirigés portèrent sur la foule des fuyards et sur leurs défenseurs. Le plus

$ affreux spectacle s’offrait alors aux regards. La mer agitée sous un ciel toujours sombre écartait les embarcations vers lesquelles une multitude de malheureux de tout sexe et de tout âge tendait les mains en poussant des cris. Beaucoup s'avançaient jusque dans la mer pour ne plus 10 reparaître, ou retombaient, roulés et brisés, sur le rivage, au bruit de la fusillade et des canons de l’escadre, qui vomissaient une pluie de fer autour d’eux et sur eux.*

Un petit fort tout démantelé, le tort Neuf, autrement appelé fort Saint-Pierre, était à l'extrémité sud de la

15 presqu'île et à un quart de lieue du fort Haliguen : là fut le dernier refuge des légions royalistes. Ce fort n'avait aucune défense du côté de la terre; huit cents émigrés environ s'y trouvaient réunis, tournant le dos à la iuer: le rivage, à droite et à gauche, était désert à cause du feu

20 continuel des chaloupes qui rendaient de chaque côté les approches très-dangereuses : mais en face des émigrés, les grenadiers républicains, Hoche à leur tête, avançaient toujours, criant : ‘Bas les armes, à nous les patriotes ; ” plusieurs voix criaient aussi: ‘ Rendez-vous, on ne vous

25 fera rien.” A trois cents pas environ ils s’arrêtèrent, et Hoche se porta en avant des siens. Sombreuil sortit du fort à sa rencontre pour capituler : il dit à Hoche qu’il offrait sa vie en sacrifice pour celle de ses malheureux compagnons, et demanda que ceux-ci fussent traités en

39 prisonniers de guer:e. Mais les lois étaient précises et, dans l’état désespéré où étaient les émigrés, Hoche ne crut pas pouvoir accéder à la demande de Sombreuil. Il admira son noble dévouement, et répondit que les vaincus devaient s’en remettre à la clémence de

35la Convention. Cependant il tira sa montre et accorda une demi-heure pour le rembarquement.

* Des reproches injustes ont été adressés, dans cette circonstance,

à l'escadre anglaise. Il était impossible que, dans cette épouvant-

able mêlée, un certain nombre de royalistes ne fussent atteints par 490 les boulets destinés à les protéger.

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Sombreuil revint au fort et, selon quelques versions, il fit espérer à ses compagnons qu'ils seraient traités comme prisonniers de guerre. Mais, selon le récit d’un écrivain royaliste, présent à cette scène, et qui entendit les paroles de Sombreuil, celui-ci dit aux émigrés : ‘“ Une demi- $ heure vous est accordée pour vous embarquer.” * Etil ordonna de déposer les armes. Un murmure s'éleva :

on obéit en-frémissant, et chacun coucha son arme devant soi. Deux fois alors le comte de Sombreuil lança

son cheval sur la pointe des rocs en se dirigeant vers la 10 flotte anglaise, et deux fois il fut rejeté par les vagues furieuses sur la côte ; l’égarement du désespoir était dans

ses yeux, dit l’auteur de la relation déjà citée ; il cherchait la mort, et comme il s’élançait une troisième fois,

un officier arrêta son cheval : Sombreuil alors mit pied à 15 terre et parut résigné,

L'escadre anglaise, arrêtée par des signaux répétés, avait cessé son feu ; mais avant qu’elle eût mis ses embarcations à la mer, la demi-heure accordée par Hoche était ecoulée. Hoche se retira ; son armée marcha en 20 avant, enveloppa les royalistes et les fit prisonniers : on dit que plusieurs émigrés se percèrent de leurs épées ; d’autres se précipitèrent dans les flots pour échapper au sort fatal qui les attendait.t

Après les combats acharnés vinrent les massacres 25 juridiques. Les huit cents prisonniers faits au fort Neuf, réunis à ceux du fort Penthièvre, formaient environ trois mille homnies qu’on envoya à Auray, sous la conduite du général Humbert et du représentant Blad. Tallien se rendit à Paris, où il exalta la récente victoire des 30 armées de la République, en se glorifiant lui-même, et il se montra impitoyable envers les vaincus. Hoche avait intercédé pour eux et pensait avoir ému Tallien en leur faveur :f mais Tallien appela sur leur tête la wengeance

* De Corbehem, Dix ans de mæ wie. Récit de l'affaire de Qui- 35 beron,

+ De Corbehem, #14.

j Selon Rouget de l'Isle, Tallien avait promis à Hoche d’intervenir pour les prisonniers.

8o BIOGRAPHIE

nationale ; il fit plus, il les calomnia, et avant d'immoler

ses victimes, il essaya de les flétrir, les accusant de

porter des armes empoisonnées. Les malheureux prisonniers, conduits à Auray, furent entassés dans les 5 églises et dans les prisons de cette petite ville: avec eux était l’évêque de Dol, et tous les prêtres qui avaient, comme lui, fait partie de l'expédition de Quiberon. Les chouans furent ensuite séparés des émigrés. Ceux-ci furent livrés à une commission militaire devant laquelle

10 ils invoquèrent une capitulation dont il leur fut cependant impossible de démontrer l’existence, ayant pris pour une convention régulière les puoles de clémence sorties, dans le feu de l’action, des rangs républicains.*

15 ie sentiment public se prononçuit avec énergie en faveur de cette multitude d’infortunés, les uns dans la fleur de l’âge, les autres blanchis dans les combats, criblés de blessures, mornes et fiers, égarés sans «loute, mais tous victimes de leur loyauté chevaleresque, de leur

20 dévouement héroïque à leur cause, et dont un grand nombre avaient été, sous le régime précédent, l’honneur de la marine française. Le représentant Blad ne vit pas la tache indélébile que le sang de tant de braves, froidement versé par le gouvernement républicain, allait

25 imprimer sur la République tout entière: les soldats eux-mêmes préposés à leur garde étaient émus et attendris: deux fois la commission parut faiblir et fut renouvelée: Blad fut inexorable, et la Convention nationale, avant de se dissoudre, offrit encore au

30 démon des guerres civiles cet immense holocauste.

Les émigrés appartenant aux divers régiments furent conduits successivement et par corps au lieu du supplice. Ceux du régiment de Béon furent appelés les

* La question de savoir s'il y avait eu ou non une capitulation 35 verbale a donné lieu à d’intérminables controverses. L'é ude attentive des faits et le caractère loyal de Hoche, ne permettent pas d'admettre qu’une capitulation ait été consentie par lui. Cette question a été examinée avec impartialité dans la Biographie de Hoche, par M. Desprez ; j'en ai inséré un court extrait aux pièces 49 justificatives. Voyez Appeudix B,.

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DE LAZARE HOCHE, 8r

premiers : “Je les vis défiler devant moi, allant à la mort, dit un émigré échappé au massacre ; un tambour les devançait, battant l'air de route: venait ensuite un peloton d'infanterie ; une troupe de paysans, la bêche sur l'épaule, fermait cette marche funèbre... Les officiers $ marchaient deux à deux: le calme et la résignation se peignaient dans leurs traits, la fierté dans leur maintien.”’* Ils furent tous conduits dans un champ attenant à la ville d'Auray, Là on les fusilla : plus de sept cents de leurs compagnons eurent le même sort, et 10 les exécutions durèrent plusieurs jours.

Le comte de Sombreuil avait été transféré, quelques jours auparavant, d'Auray à Vannes, avec l'évéque de Dol, et le lendemain ils furent conduits au supplice. “Un général républicain s’approcha de Sombreuil et le 15 pria de permettre qu'on lui bandât les yeux.—‘ Non, répondit Sombreuil, je veux voir mon ennemi en face jusqu’au dernier moment.” Invité à se mettre à genoux,

il dit: ‘ J’y consens ; mais je fais observer que je mets

un genou en terre pour mon Dieu, et l’autre pour mon 20 roi.” t [l mourut en soldat et en chrétien: l’évêque de Dol périt après lui, fusillé avec ses prêtres.

Vingt ans plus tard, les restes des braves morts à Auray furent précieusement recueillis, et un monument funèbre leur fut élevé dans le champ même où ils avaient 25 péri et qui, aujourd’hui encore, est consacré par le sentiment populaire sous le nom de camp des martyrs.

On frémit au souvenir de tant de cruautés commises de sang-froid. Hoche eut lui-même à souffrir de l'horreur générale soulevée par cet épouvantable sacrifice qu'il eut 30 le désir, mais non le pouvoir d'empêcher, et dont la responsabilité tout entière appartient à Tallien, à Blad, au Comité de salut public et à la Convention.

La cause royale reçut, à Quiberon, un échec irréparable, mais la France y reçut aussi, par l’immolation 35 de tant de victimes, une incurable blessure : elle donna

* De Corbehem, Souvenirs de Quiberon.

+ Villeneuve la Roche-Barnaud, Mémoire sur l'expédition de Quiberon, G

plus tard un douloureux souvenir aux valeureux compagnons des d'Estaing, des de Grasse et des Suffren, si cruellement immolés à Auray, lorsqu'elle voulut, après ces guerres fratricides, disputer l'empire des mers aux

$ Anglais, et plus d’une fois depuis cette époque, dans ses désastres maritimes, elle entendit sortir du fond de l’abime qui engloutissait ses flottes, ce cri vengeur: QUIBERON | QUIBERON |

Suîte et fin des opérations de Hoche dans l'Ouest, Pacification de la Bretagne et de la Ventée.

Charette avait repris les armes et occupait une grande partie de la basse Vendée et tout le littoral, lorsqu'il apprit le désastre des émigrés à Quiberon et le supplice

15 des survivants, A cette dernière nouvelle, la fureur s’empara de son âme, et comme représailles, il fit sans pitié fusiller, sous ses yeux, trois cents républicains qu’il tenait prisonniers. Il obtint, vers le même temps, des témoignages de la plus haute faveur du prince qui

20 résidait à Vérone et que les royalistes et les puissances étrangères avaient reconnu pour roi sous le nom de Louis XVIII.* Charette reçut le cordon rouge, le titre de lieutenant général et le commandement en chef des armées catholiques et royales. Tant de faveurs accu-

25 mulées sur sa personne stimulèrent encore davantage son zèle infatigable, et il redoubla d’énergie pour soulever le pays et tenir tête aux trois armées républicaines de l'Ouest, de Brest et de Cherbourg, dont les généraux se rendirent à Nantes pour y concerter un plan d’opéra-

30 tions.

* Le jeune prince nommé Louis XVII, depuis le 21 janvier 1793 était mort âgé de huit ans, à la suite de traitements affreux, en juin 1795. Ses droits au trône passèrent à son oncle Louis, Stanislas-Xavier, comte de Provence,

come en, si après s aux s ses d de geur ;

Cette conférence n'eut aucun résultat si‘rieux : Hoche en gémit, et, dans son rapport au Comité de salut public, il annonça la descente prochaine d’une nouvelle expédition anglaise sur les côtes et déplora la lenteur avec fl laquelle la guerre était conduite. “Verrai-je donc $ toujours, dit-il, à la honte de nos armes, moisir nos troupes dans nos cantonnements? Prétend-on attendre

la saison des pluies pour agir en Vendée? Ne voit-on pas que les rebelles cherchent à gagner du temps et attendent les secours qui leur sont promis pour agir? 19 Dieux de mon pays, enflammez tous les cœurs. Fais, Ô liberté, que tous nos soldats deviennent des héros ! et

la patrie sera conservée indépendante.” *

Peu de jours après l’envoi de ce rapport, Hoche fut nommé au commandement de l’armée de l'Ouest, en 18 remplacement du général Canclaux, et, dans son premier ordre du jour, il mit de nouveau en évidence les grands principes qui avaient, en toute circonstance, dirigé sa conduite: obéissance au gouvernement, observation rigoureuse de la discipline, respect inviolable des lois de 20 l'honneur, compassion pour les malheureux, égards et protection aux habitants paisibles des campagnes, guerre sans trêve aux coupables et aux ennemis de la patrie. Hoche obtint que son armée, qui occupait le foyer même de l'insurrection royaliste, fût portée à quarante- 25 quatre mille hommes, et il fit sur-le-champ les plus «' habiles dispositions pour prévenir le débarquement de i| l'expédition de toute part annoncée,

Le danger en effet était imminent, Le désastre de Quiberon n'avait point découragé le gouvernement 30 anglais. Une nouvelle escadre cingla vers la côte de France dans les derniers jours de septembre: elle portait deux mille hommes d'infanterie, cinq cents cavaliers tout équipés, des cadres de régiments d’émigrés, des armes, des munitions, des vivres pour une 38 armée nombreuse, et enfin le prince depuis si longtemps attendu, le comte d'Artois, frère de Louis XVI, et qui devint le roi Charles X.

® Correspon.'ance de Hoche.—(14 fructidor) 31 août 1796, G 2

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