RES
nom d'armée des côtes de l'Océan, et à ce grand commandement militaire il unit les pouvoirs civils les plus étendus, Jamais homme, depuis 1789, n'avait eu dans sa main une autorité plus grande: Hoche reçut avec 5 modestie ce témoignage d’une confiance si absolue, et ne s’en montra point enivré. Sa renommée était sans tache : elle était la plus haute et en même temps la plus pure de l’époque ; ‘* Hoche enfin était considéré comme le plus glorieux représentant de la République et son
10 plus ferme soutien.”#
Après un séjour d’un mois à Paris, Hoche retourna dans l'Ouest pour achever d’exécuter ses nouveaux projets d'après lesquels une armée tout entière devait envelopper graduellement les provinces insurgées pour
15 les désarmer. Son vaste plan d'opération devait ètre suivi d’abord en Vendée, puis en Bretagne, et il appartiendrait à Hoche de déterminer le moment où la soumission des pays insurgés permettrait d’y substituer, au régime militaire, le régime constitutionnel et légal.
20 Hoche se rendit d’abord à Angers et reconnut qu’il avait été fort mal suppléé par le général Willot, qui avait tout compromis en l'absence de son chef. L’indiscipline était rentrée dans l’armée ; Charette avait franchi la ligne de désarmement et se montrait de
25 nouveau redoutable: d’autres chefs avaient repris les armes ou menaçaient de les ressaisir.
Tout changea de face à l’arrivée de Hoche et, pour assurer l’exécution de son plan de désarmement et de pacification, il comprit qu’il lui fallait d’abord abattre les
30 chefs survivants et surtout Charette et Stofflet. Celui-ci, surveillé de près en Anjou et sur le point d'être réduit à l'impuissance, avait recommencé la guerre. Hoche ne lui laissa pas le temps de rallier ses forces : les colonnes républicaines, partant de divers points, l’enveloppèrent
35 de toutes parts, lui firent éprouer coup sur coup deux défaites et le traquèrent dans les bois. Stofflet trahi, dit-on, par quelques-uns des siens, fut livré aux républiar et conduit à Angers, où il fut jugé militrirement et usillé,
© Jd., ibid.
Hoche poursuivait cependant avec constance son plan de pacification générale et s'attachait à prévenir ou à punir indistinctement tous les excès commis soit par les royalistes, soit par son armée ou par les patriotes. Il provoqua ainsi les plaintes de tous ceux dont il con-$ tenait les fureurs, il s’attira leur haine et se vit de nouveau, en Vendée comme en Bretagne, dénoncé, accusé par tous les mécontents. Plusieurs fois, accablé d'une responsabilité immense, poussé au désespoir et se sentant faiblir : “Je puis braver les boulets, disait-il, ro mais non l'intrigue,”* et il offrit de résigner ses pouvoirs. 11 montrait en toute occasion, par son exemple, que le véritable amour de la liberté est inséparable d'une haute noralité, de la parfaite estime de soi-même. Pauvre, il poussait le scrupule jisqu'au point où le désintéresse- 15 ment devient une vertu rare. L'historien de la Révolution a dit de lui: “Ce jeune général qui aimait les plaisirs, qui était à la tête d’une armée de cent mille hommes et qui disposait du revenu de plusieurs provinces, manquait cependant quelque fois du nécessaire, 20 Ses appointements, payés en papier, se réduisaient à rien: il manquait de chevaux, de selles et de brides, et il d mandait l'autorisation de prendre, en les payant, six selles, six brides, des fers de cheval, quelques bouteilles de rhum et quelques pains de sucre, dans les magasins 2$ laissés par les Anglais à Quiberon : exemple admiratle de délicatesse, que nos généraux républicains donnèrent souvent, et qui allait devenir tous les jour plus rare." Hoche ne connaissait du pouvoir que le fardeau, que la responsabilité qu'il impose: il soupirait après les 30 douceurs de la vie de la famille. Les lettres qu'il écrivait à cette époque, peu de mois après les sanglantes scènes de Quiberon, peignent ses inquiétudes, ses tendres préoccupations pour sa femme et pour l'enfant qu'elle porte en son sein. En les lisant, on voit comme 38 il savait se dérober aux graves soucis de son vaste commandement pour entrer avec sollicitude dans les détails
* Rousselin, Correspondance de Hoche, 16 janvier 1796. + Thiers, Æistoire de la Révolution, iv. XXII,
go BIOGRAPHIE
intimes et dans les soins les plus minutieux de la paternité qui s'annonce. Cette noble indépendance, cette liberté d'action qu’il aime, cette dignité de caractère, tous ces biens précieux qu’il estime à si haut prix, il les veut aussi 5 pour son enfant. Dès le berceau, tout doit tendre à ce but. ‘J'exige, dit-il à sa fernme, que mon enfant n'ait point de maillot : il ne faut pas qu'il soit serré dans des. Jlanges comme dans un étau.… ni lisière, ni bourrelet :. laisse-le marcher sur les pieds et sur les mains, sur une Lo couverture, en hiver dans la chambre, en été dans le: jardin. Parle-lui raison en naissant ; qu'il te respecte et t’obéisse sans te craindre ; qu'il t'aime parce que tu es sa mère et non pour des bonbons: que jamais surtout il ne sache qu'il y a des êtres qui battent leurs enfants 5
15 le mien ne doit pas être avili.” *
Peu de jours après, c’est à sa femme qu’il donne d’intelligents conseils pour elle-même: il s'occupe de compléter son éducation comme il s’occupera plus tard de celle de son enfant à naître. Ildirige ses lectures, il lui enseigne
20 à arrêter son attention et sa réflexion sur ce qu’elle lit, et la familiarité du langage ajoute à sa précision : “Tune dois pas, dit-il, être un perroquet qui n'entend rien à ce qu’il répète : lis peu et analyse beaucoup... dis beaucoup de choses en peu de mots: tu le vois, je te traite en ami: je
25 crois en avoir le droit, certain que je suis l’auteur dont tu retiens le plus volontiers les préceptes.” Sa tendresse s'épanche plus loin avec effusion, et l’enjouement se mêle sous sa plume À la gravité plus que sérieuse d’un homme qui a trouvé des mécomptes dans la gloire, et
30 des épines sous les lauriers. “ Tu vas bientôt être mère, écrit-1l, qu’il me sera doux d’embrasser la mère et l’enfant! que de caresses je prodiguerai à l’un et à l’autre! qui plus que moi sait aimer? Pour avoir l’air et le ton mélancoliques, est-il un cœur plus sensible que le mien?
35 Non sans doute: de longs malheurs, de grandes pertes
ont pu donner à ma figure, à ma conversation un ton morne et pensif, mais je retrouverai le bonheur dans tes
* Correspondance manuscrite de [oche, 34 septembre 179$ Lettre communiquée par sa famille,
bras! J'y retrouverai également ma gaieté, perdue depuis bien des années.” *
Sa tâche en effet était triste : il tressaillait au bruit des combats livrés sur de lointaines frontières par ses compagnons d'armes, ses glorieux émules ; il leur enviait $
eurs victoires remportées contre des étrangers, sur le Rhin ou sur les Alpes, tandis qu'il luttait, lui, contre des Français sur le sol sanglant de la patrie. Il compatissait doublement au malheur des vaincus, mais il n’en poursuivait pas moins sa tâche ingrate avec autant de cons- 10 tance que de vigueur.
De tous les chefs fameux qui s'étaient fait un grand nom dans la Vendée, il n’en restait qu’un, le plus habile comme le plus indomptable, Charette luttait encore et, quoique suivi seulement de quelques centaines d'hommes, 15 le prestige qu’il exerçait sur les esprits était immense, et Hoche comprit que le pays ne serait jamais pacifié aussi longtemps que Charette serait debout sur son sol. Iltefit relancersans relâche par toutes ses colonnes, et confia principalement le soin de sa poursuite à l’adjudant général 20 Travot. Celui-ci ne donna ni repos ni trêve à ses troupes, traquant Charette comme une bête fauve : chaque fois qu’il croyait le saisir, Charette lui échappait, refusant toutes les conditions qui eussent sauvé sa vie, préférant la mort à l'exil, dur à lui-même, terrible à ses ennemis, 25 cruel aux traîtres, impitoyable aussi pour ceux des siens qui parlaient de paix et de soumission. Il fut enfin attiré dans une embuscade : la lutte suprême dura plusieurs heures, et Charette tomba épuisé. Un Allemand fit alors une action admirable ; il prit le chapeau de son général 30 et se fit tuer à sa place, tandis qu'un des siens emportait Charette sur son dos à travers le bois et le cachait sous des ronces à l'entrée du taillis de la Chabotterie. Un déserteur le trahit pour obtenir sa grâce et le livra aux républicains : Travot accourait, et ce fut à lui que Cha- 3$
rette rendit son épée.
Travot traita son prisonnier avec les égards dus au
w Jbid, Letire du 12 octobre 1795, communiquée par sa fae le,
courage et au malheur, Ils entrèrent, dans la ville d'Angers, côte à côte, s’entretenant familièrement à travers le flot des populations accourues à leur rencontre : un mouchoir taché de sang entourait le front de Charette : $ jamais sa contenance n'avait été plus fière ni son regard plus assuré. Transféré à Nantes, il y fut jugé et condamné à mort. L'autorité militaire, au mépris des ordres formels de Hoche, souffrit que Charette fût impunément outragé dans cette même ville où, l’année précédente, il 10 avait lait une entrée presque triomphante, L'offcier de l'escorte chargée de le conduire au supplice le fit passer à des-ein sous les fenêtres de la maison où s'était réfugiée sa famille. Sa sœur parut à la fenêtre : Charette s'arrêta, leva les yeux et l'encouragea du regard et du geste. 15 Parvenu au lieu fatal, intrépide et calme devant la mort, il resta debout, commanda le feu ; puis s’affaissa doucement sur lui-même.
Sa perte consterna les royalistes et remplit de joie les républicains. Le gouvernement ordonna des réjouissances 20 publiques : Hoche fit davantage et rendit l'hommage le plus éclatant à la valeur de ce chef fameux, en ordonnant, le jour même où il apprit son supplice, que l’état de siége serait levé dans toute la Vendée, Hoche passa ensuite avec son armée en Bretagne et 25 enveloppa cette province d’un large cordon de troupes, depuis la Loire jusqu’à Granville. Les chouans étaient hors d'état de lutter contre une si puissante étreinte : ils lui opposèrent néanmoins une résistance opiniâtre, et se laissèrent acculer à la mer avant de se soumettre, Le 30 Morbihan enfin rendit ses armes: déjà Sapinaud avait remis les siennes : toutes les divisions royalistes suivirent successivement cet exemple: Frotté négocia en basse Normandie et fut transporté avec les siens en Angleterre: Puisaye se voyant seul et sur le point d’être pris, s’em- 35 barqua pour Jersey. Hoche, maître du pays, y distribua ses cent mille hommes dans une rnultitude de peuits cantonnements pour le surveiller et l’enlacer d’un réseau de fer, et il acheva ainsi de le soumettre,
* Informé du fait, Hoche chassa cet officier des rangs de l’armée, 49 comme indigne,
11 lui restait à l’administrer et à le maintenir en paix. Il donna à ces soins quelques mois d’un gouverne ment doux, habile, équitable, exempt de faiblesse comme de violence et, tandis que les hommes exaltés de tous les partis dénonçaient son administration comme provo- & | quante et oppressive, il levait partout l'état de siége, if abdiquait les pouvoirs extraordinaires dont il était investi
et renonçait volontairement à la dictature. Il plia au joug de l’ordre légal les royalistes comme les républicains, et rétablit l'autorité des lois dans les contrées mal- 1 heureuses où la force seule avait été souveraine durant quatre années. Il ne put y réussir sans rencontrer d’abord,
des deux parts, une vive résistance dont il eut cruelle-
ment à souffrir, et pour la cinquième fois il offrit sa
démission,* que le Directoire refusa en lui accordant de 15.
nouveaux témoignages de sa confiance et de son estime.
Hoche reprit courage et continua son œuvre sans cesser
de tourner ses regards vers le tc't domestique, de soupirer
après les joies de la famille. Un enfant lui était né:
Hoche était père d’une fille qu'il nomma Jenny, et sur 20
laquelle il veillait à distance avec une sollicitude passionnée : il exigea qu'elle fût nourrie par le sein maternel, ni et au plus fort de sa dernière lutte en Vendée, la veille k même de la prise de Charette, il écrivait à sa femme : ‘4 “Qu'il doit être touchant le tableau de mon Adélaïde 25 caressant, allaitant ma Jenny! il manque à mon bonheur : n’en jouirai-je pas bientôt?” D’autres lettres écrites durant son administration pacifique, nous le montrent si profondément convaincu de la nécessité de faire respecter la loi, qu'il veut que sa femme en soit pénétrée 30 autant que lui: “Sois toujours bien républicaine, lui écrit-il, non en parlant politique, mais en ne souffrant pas qu'on avilisse, chez toi ou en ta présence, les lois constitutionnelles, et en pratiquant les vertus.”f Il ne comprend pas la liberté sans une haute moralité, une répub- 35
® Lettre de Hoche au Directoire, avril 1796.
+ Correspondance manuscrite de Hoche. Lettre du 21 mars 1796, communiquée par sa famille,
1 d., 3 mai 1796.
lique sans des Âmes fortes et viriles. “ La tienne doit s’agrandir, üit:1l à sa femme, et ton époux doit t'avoir donné la portion d'énergie qui te convient."#* Hoche agissait comiue il parlait: toujours ferme et € digne, juste avant tout, aimant mieux conquérir les cœurs par des bienfaits que par la violence. Il imposait, sous les peines les plus rigoreuses, le respect des pro: priétés et des personnes, et en même temps il rétablissait le culte duns tous les lieux soumis à son autorité, Avant 10 Donaparte, il proclama la tolérance religieuse et rouvrit les églises. Tant de soins intelligents, tant d’activité, de prudence et de probité portèrent leurs fruits et réussirent à gagner au général Hoche l'estime et la confiance des populations de l'Ouest ; sa parole loyale était respectée 15 comme la loi vivante et les habitants préféraient une simple promesse de lui à tout engagement contracté avec le gouvernement ; les prêtres surtout se montraient reconnai-sants et lui étaient dévoués : “ Dieu lui-même, écrivait l’un d’eux, satisfait de ce que vous avez fait pour 20 le soutien de sa religion, pour la conservation de ses ministres, qui sont vos frères, écoutera favorablement les prières que nous ne cessons de lui adresser pour vous, et vous coinblera de ses bénédictions.”{ Hoche réconcilia ainsi les départements de l’Ouest 25 avec la République : il pacifia la Bretagne et la Vendée, et c'est sa plus grande gloire. N'ayant pu le vaincre par les arines, le parti royaliste essaya de le gagner : avant de s'adresser à Bonaparte, il rappela à Horhe le rôle de Nonck en Angleterre et fit briller à ses yeux l’épée de 39 connétable, que Hoche repoussa nobleinent, sans dédain comme sans jactance. Fidèle à la République et rejetant les avances de ses plus ardents adversaures, il éclairait d'autre part le Directoire sur leurs intrigues, d’un style persuasif et respectueux, bien différent du ton 35 menaçant dont parlera plus tard à ce même gouverrnement le héros de brumaire. Plaidant pour quelques patriotes et signalant les dangers de la réaction thermi-
® Za., ibid, + Lettre du curé de Lesvière à Hoche,
DER RES ETR D «
dorienne, Hoche écrivait au ministre: “ Pourquoi violer les lois et faire juger militairement quelques malheureux exaltés? Ils m'ont proscrit: je ne puis être taxé de partialité en leur faveur, mais je parle pour les prin- ! cipes : .. il est temps. Défiez-vous de ceux qui, avec & | des formes élégantes et polies, vous donnent le change sur ja situation de la République, et qui désignent les patriotes aux poignards des assassins en les peignant comme des terroristes... Si l'Hôpital et Sully, animés
du bien public, osèrent dire la vérité à leur roi, à leur 10 maître, sans doute vous pardonnerez à un soldat républicain d’avoir imité ces grands hommes dans leur simplicité.”
Hoche était alors à l'apogée de sa gloire et de 8: fortune : le Directoire reconnut les services qu'il avait rendus et lui donna la récompense la plus enviée à cette époque où le luxe, inséparable des invasions et des conquêtes, n’avait point altéré les mœurs de nos armées, et où les généraux conservaient encore quelque chose de la simplicité antique : il décréta qu'il serait fait don à 20 Hoche, comme récompense nationale, de deux magnifiques chevaux et d’une paire de pistolets d'honneur,“ et proclama que l’armée de l'Océan et son chef avaient bien mérité de la patrie,
mt
VI 85 Expéditior d'Irlande,
La pacification de la Bretagne et de la Vendée enlevait à l'Angleterre l'espérance de triompher de la République en s'appuyant sur les provinces de l'Ouest, Cette puissance voyait au contraire cinquante mille 30 hommes disponibles désormais pour quelque redoutable
® Voyez aux pièces-justificatives Appendix C,
entreprise contre elle-même, et Hoche avait, depuis l’époque de sa brillante défense de Dunkerque, conçu la pensée d’une descente sur les côtes d'Angleterre ou d'Irlande, Le moment d'exécuter ce grand projet
& semblait venu, et c'était en Irlande qu l voulait porter le premier coup à la puissance brit2nnique.
L’Irlande alors opprimée était un foyer permanent d’insurre .ion, et l’association de @éfenders ou Zrlandais unis préparait un soulèvement général contre l’Angle-
aoterre. (Cette association, appuyée d’une part sur la sympathie de toute la population catholique et d'autre part sur une armée française, pouvait atteindre son but, qui était de séparer l'Irlande de l'Angleterre: elle appelait les Français à son aide et promettait à l’expédition 25 projetée par Hoche de grandes chances de succès.
La France couvrait alors ses frontières de jeunes républiques, et Bonaparte saisissait les imaginations par ses merveilleux exploits en Italie. Hoche, retenu par les pénibles soins de la pacification de l'Ouest, avait
so suivi de son ardente pensée le vainqueur d'Arcole à travers tous ses champs de victoire : “ Glorieux jeune homme, s’écriait-il en se frappant le front, que je te porte envie l” Il brûlait de faire d’aussi grandes choses, et de trouver un champ de gloire digne de son génie : il .
25 projetait donc de révolutionner l'Irlande, de la transformer en république ; puis de passer en Angleterre et de la frapper au cœur. Il fit adopter son projet par le gouvernement qui, après s'être concerté avec les chefs des révolutionnaires irlandais, prépara à Brest une
80 grande expédition dont Hoche eut le commandement.
Par suite du traité de Saint-Ildephonse, qui établissait avec l Espagne une ajliance offensive et défensive, la marine espagnole unie à la marine française permettait de disputer l'empire de l'Océan aux Anglais: mais les
35 forces maritimes de la France et de l'Espagne étaient dispersées dans toutes les mers : leur réunion demandait un temps considérable, et l’ardeur impatiente de Hoche n'admettait point de longs délais, Il redoubla d'activité, et puissamment secondé par le ministre de la marine
40 Truguet, il se hâta de combier les grands vides faits
depuis onçu la terre ou A projet it porter
ermanent Jrlandais l’'Anglet sur la et d'autre son but, elle appeexpédition cès.
de jeunes ations par retenu par Juest, avait d’Arcole à rieux jeune que je te des choses,
n génie : il
de la trans-
ngleterre et
projet par le ec les chefs Brest une nandement.
ui établissait défensive, la se permettait ais: mais les agne étaient >n demandait te de Hoche bla d'activité, de la marine is vides faits
dans le corps d'officiers de l’escadre de Brest par l’émigration et les désastres de Quiberon, et il réussit à mettre promptement la flotte sur un pied formidable,
Le corps expéditionnaire devait être formé de plusieurs divisions de l’armée de l'Océan, que rendait $ disponibles la pacification de la Bretagne et de la Vendée, et qui furent dirigées sur lrest: Hoche y joignit deux légions, qu’il nomma légions des Francs:
il composa la première des officicrs et des soldats les plus résolus, audacieux jusqu’à la témérité ; il forna la 10 seconde, il faut le dire, d'éléments indignes, et c’est un reproche pour sa mémoire. Détestant l'Angleterre, partageant de tristes préjugés et regardant, en haine du gouvernement britannique, le peuple anglais comme le suppôt de ministres perfides et d'une odieuse aristo- 16 cratie, tous les moyens lui semblaient permis pour abaisser et pour désoler cette fière nation : il agit en conséquence et fit entrer dans cette seconde légion tout ce qu'il put ranasser de gens perdus, de bandits et de massacreurs, et il la mit sous le commandement d’un 50 chef étranger connu par sa sauvage énergie.* Cette légion devait aborder en Angleterre pour abuser l'ennemi sur la véritable destination de l’escadre portant le corps expéditionnaire : elle eut l’ordre de débarquer à l'embouchure de la Saverne, de se porter 25 de nuit sur Bristol, d’incendier cette ville et de semer la dévastation dans les campagnes environnantes : puis de se rembarquer pour jeter plusieurs détachements sur différents points du littoral en portant partout la mort, le ravage et l'incendie, attirant ainsi sur elle et 30
* La première pensée de la composition de cette légion infernale appartient au général républicain Labarrolière, qui en fit l’objet d’une note dont Carnot se servit plus tard dans une instruction rédigée par lui pour l'établissement d’une chouannerie en Angleterre. On en trouvera quelques extraits à la fin du volume, 35 Appendix D. Hoche en obtint communication et eut le tort d'en faire usage dans la composition de sa seconde légion des Francs et dans les instructions qu’il lui donna.
Voyez, pour de pie amples renseignements à ce sujet, un intéressant écrit de M. le général marquis de Grouchy, publié sous 40 cetitre: Le génés al de Grouchy et l'Irlande en 1796.
retenant en Angleterre une partie considérable des forces britanniques, tandis que l’expédition cinglerait vers la côte irlandaise.
Le Directoire avait envoyé à Hoche de pleins pou- $ voirs pour diriger à sa volonté l'expédition qu’il préparait avec tant d’ardeur et déjà vingt mille hommes de troupes étaient réunis à Brest, prêt; à s’embarquer en novembre 1796. Mais l’état de la marine laissait beaucoup à désirer: le dévouement et l'activité du 10 nouveau chef donné à la flotte de Brest n'avaient pu suppléer à tout ce qui lui manquait encore. Les approvisionnements n'étaient pas faits: les vides énormes que l’émigration et ses suites désastreuses avaient ouverts dans les rangs des officiers, * étaient 15 mal comblés ; beaucoup d'officiers nouveaux manquaient d'expérience et avaient à combattre, à leur bord, l'indiscipline et l’insubordination, et cet état de choses créait sans cesse de nouveaux obstacles.
Hoche, irrité de tant de délais, apprend que l'Irlande 20 est en pleine révolution, il entend dire que les insurgés ont expulsé de l’île dix mille Anglais envoyés pour les soumettre. Son sang bouillonne, il ne mesure pas le danger: il a promis de secourir les de/enders irlandais ; il n’attendra pas la flotte ; il partira seul, et il écrit au 25 Directoire : “* J'ai donné ma parole que j'irais trouver ce brave peuple, je dois la tenir. Permettez-moi de partir avec une frégate, vous m’enverrez, cet hiver, tel secours que vous jugerez convenable. Je demande une frégate, parce que l’escadre n’est pas prête à sortir et 30 que, tandis qu’un peuple généreux et confiant brise ses fers, on nous fait ici les scènes les plus désagréables. Les généraux Villaret et Morard de Galles ont bien voulu promettre de me seconder: je compte sur leur parole...”#
35. ‘* Lors d’une première visite que firent ensemble Hoche et l'amiral Villaret dans le port de Brest où mouillaient beaucoup de navires désemparés, Hoche s’informa de ce qu'étaient devenus les officiers qui les avaient glrieusement commandés. Villaret répone dit : ‘* Perdus pour la France, morts À Quiberon ! ”
40 Lettre de Hoche au Directoire, 3 novembre, 1796.
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Le Directoire n'accorda point la permission demandée par le jeune et ardent général. . Un mois s’écoula encore après lequel Hoche, perdant tout à fait patience, céda au découragement, et écrivit au ministre de la guerre : “ Après bien des travaux, je me vois contraint 5 de renoncer à mon entreprise, notre détestable marine ne peut et ne veut rien faire. J’offre au gouvernement les seize mille hommes que j'ai réservés pour l’expédition ; attendre plus longtemps serait les exposer à périr ’ de faim et de misère. Obtenez, je vous en supplie, 10 ; que je ne les quitte pas : je les conduirai où l’on voudra en qualité de général divisionnaire, et quel que soit l’homme sous lequel on me place, soyez convaincu que je remplirai mon devoir.”*
Les directeurs à qui cette lettre fut soumise l’accueil- 15 lirent mieux que la précédente. Ils avaient peu de confiance dans le succès de l’expédition, quoiqu'ils eussent
donné à Hoche tout pouvair pour agir : en lutte avec les conseils législatifs, ils méditaient un coup d'Etat pour affermir leur autorité chancelante, et déjà ils avaient jeté 20 les yeux sur Hoche comme sur l’homme le plus propre à seconder leurs vues, osant compter sur son dévouement absolu à la cause républicaine et sur l'attachement de l’armée pour sa personne. Ils le virent donc avec une secrète satisfaction renoncer de lui-même à une entreprise 25 difficile qui, selon toute apparence, le tiendrait éloigné
au moment où ils prévoyaient qu’ils auraient besoir de |
lui, et après avoir hésité dix jours, ils décidèrent que }
l'expédition n'aurait pas lieu et appelèrent Hoche à à. Paris. 11 était trop tard : lorsque l’ordre du Directoire 30 l
parvint à Brest, déjà Hoche s'était ravisé ; la confiance il
lui était revenue; son cœur de flamme avait tout
entraîné : la flotte avait appareillé depuis deux jours et faisait voile pour l'Irlande,
L'armée expéditionnaire était forte d'environ quinze 35 mille hommes. L’avant-garde était sous les ordres du général Lemoine : Grouchy, le plus ancien des généraux
%6 Lettre de Hoche au ministre de la guerre Petiet, 8 décembre 17 (1 KH 2
divisionnaïres, commandait le corps de bataille, et le général Hurty l’arrière-garde ou la réserve. La flotte comptait dix-sept vaisseaux, treize frégates, treize bâtiments inférieurs, en tout quarante-trois voiles: Morard $ de Galles la commandait en chef, ayant sous ses ordres le major général Brueix et les trois contre-amiraux Richery, Bouvet et Nielly.
La baie de Bantry, en Irlande, fut le point de ralliement marqué à tous les capitaines dans des ordres 30 cachetés qui ne devaient être ouverts qu’en pleine mer, et l’ordre du jour du général en chef contint des instructions détaillées et précises pour opérer un débarquement immédiat. Hoche et l'amiral Morard de Galles montaient ensemble une frégate très-légère, la #rafernité, 35 afin <'être en mesure de se porter rapidement sur tous les points où leur présence serait nécessaire, L'ordre d’appareiller fut donné dans la nuit du 15 au 16 décembre, par un temps sombre et favorable. A la sortie du port, quatre vaisseaux se heurtèrent et eurent a0 des avaries : l’escadre en fut retardée et contrainte de mouiller, cette nuit même, dans la rade extérieure, dite de Camaret. La nuit suivante, elle appareilla de nouveau, et son départ fut marqué par un premier et terrible sinistre : le vaisseau % Séduisant, de soixante-quatorze 85 canons, donna sur une roche, dans les ténèbres, au passage du Raz, et s'abima soûs les eaux. De treize cents hommes qui le montaient, quarante-cinq seulement furent sauvés et recueillis sur la côte, Les autres bâtiments réussirent à gagner le large, sans rencontrer les 30 croisières anglaises. Les ordres furent décachetés, et toute l’escadre se dirigea sur la baie de Bantry, en Irlande.
Mais alors, comme toutes les fois que, depuis l’époque de la conquête normande une invasion de l'étranger avait 35 menacé l'Angleterre, son heureux destin Cétourna d'elle le péril. Jamais ce fait n’a été plus saisissant que sous la Révolution et l’Empire ;* et, pour peu qu’on veuille
® Je ne connais rien de plus concluant à cet égard que l'exposé fait par M. Thiers des causes, aussi nombreuses qu'extraordinaires, 40 qui firent échouer la fameuse expédition projetée à Boulogne,
ordres e mer, )strucement
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15 au
A la eurent inte de re, dite de nouterrible uatorze res, au e treize } seuleautres atrer les jetés, et ntry, en
l'époque ger avait na d'elle jue sous n veuille
je l'exposé ordinaires 2ne.
DE LAZARE HOCHE, [Le réfléchir, la raison demeure confondue devant les obstacles sans nombre et tout à fait indépendants de la volonté et du génie de l’homme, qui, à diverses époques et durant huit siècles, se sont interposés entre l’Angleterre et ses ennemis. Peut-être alors est-il permis de 5 demander s’il n’entrait pas dans les mystérieux desseins de cette Providence qui régit les destinées humaines, que la liberté fondée sur le respect des droits et de l'ordre légal, eût quelque part en Europe un inviolable
asile, 10
A peine cette flotte formidable fut-elle arrivée à la hauteur de l’île d'Ouessant qu’une tempête souleva les flots et dispersa tous les navires. Le troisième jour, le vent tomba, et la plus grande partie de la flotte fut ralliée par le contre-amiral Bouvet et dirigée au point 15 désigné pour le débarquement, en face de la côte d'Irlande (comté de Cork) et à l'entrée de la baie de Bantry. Neuf navires manquaient, et parmi eux était la frégate qui portait les deux chefs de l'expédition, Hoche et l’amiral de Galles, 20
Cependant les circonstances étaient propices: les chefs de l'association irlandaise accouraient et promettaient leur puissant concours; aucune force anglaise n’était proche et n'avait encore l'éveil : le temps était calme, tout enfin favorisait un débarquement pour lequel 25 Hoche avait laissé par écrit des ordres formels.
En l'absence de Hoche, le commandement appartenait au général de Grouchy, le plus ancien des généraux divisionnaires. Celui-ci ordonna au contre-amiral Bouvet, chef de la division navale, de mander à son 30 bord ses deux collègues, Richery et Nielly : il leur dit qu’il était dépourvu d'instructions spéciales, pour le cas d'absence du général en chef; mais il ajouta qu'il se conformerait aux ordres reçus et qu’il ferait son devoir.
Il commanda donc aux trois amiraux de pénétrer au 35 fond de la baie de Bantry avec leurs divisions, et d’y opérer sans retard le débarquement prescrit par le général Hoche.
Bouvet seul obéit : il entra dans cette baie, profonde de vingt-huit kilomètres, avec dix-sept bâtiments, portant 40
sept mille hommes d’excellentes troupes, et prit les premières dispositions nécessaires pour débarquer, Le vent s'éleva de nouveau, le 23 décembre, et fit craindre à la flotte une tempête dans un mouillage peu S sûr. L’amiral Bouvet crut ses bâtiments en danger et jugea le débarquement difficile, avec des troupes trop peu nombreuses d’ailleurs pour obtenir dans l’île aucun résultat sérieux : voyant en outre les amiraux Richery et Nielly se tenir, avec leurs dix-neuf voiles, en dehors de 40 la baie et plus disposés à les ramener en France qu’à les débarquer en Irlande, présumant enfin que la frégate qui portait Hoche et l’amiral en chef avait été capturée. ou engloutie, Bouvet changea de résolution et suivit l'exemple de ses collègues. Bravant les commande- 35 ments, les menaces mêmes du général Grouchy qui, dans son ordre du jour du 24 décembre, prescrivait un débarquement immédiat, l’amiral Bouvet donna l'ordre de couper les câbles, sortit de la baie et mit, avec ses collègues, le cap sur la France. La flotte fut de nouveau so dispersée par les vents, et le 1* janvier enfin, quinze jours après avoir quitté le port de Brest, remplie d’audace et d'espérance, elle y rentra, battue de la tempête et désemparée.* Ce jour-là même, Hoche et l'amiral, après avoir couru #5 les plus grands dangers pour échapper aux croisières ennemies, entraient enfin eux-mêmes dans la baie de Bantry. Hoche n'y trouva ni la flotte, ni son armée, et lorsqu'il apprit qu’elles étaient venues, que l’armée n'avait débarquée, et que la flotte go l'avait ramenée en France, il fut saisi d’un affreux désespoir et voulut la suivre pour revenir avec elle en Irlande : mais son bâtiment fut de nouveau assailli par
e T'ous ces faits, appuyés de pièces iriéfutables, ont été mis en lumière avec une parfaite clarté, dans la brochure écrite par le 35 général marquis de Grouchy, pour défendre la mémoire du général de Grouchy son père, à la conduite duquel M. Bergouniuux et d’autres historiens ont trop légèrement imputé l'insuccès de l'expédition d'Irlande. Le général de Grouchy, ramené en France malgié lui, dénonça au Directoire la conduite de l'amiral Bouvet, et 49 provoqua sa destitution.
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de furieuses tempêtes durant trois semaines, et ne reantra à Brest qu'après une absence de plus d’un mois: il trouva la flotte hors d'état de reprendre immédiatement la mer et ajourna à d’autres temps sa grande entre- 4 prise d’outre-Manche.*
Ainsi furent détruites par la destinée toutes les espérances que Hoche avait conçues d’une expédition pré:parée avec tant de soin et à si grands frais. Il en conçut la plus amère douleur : mais bientôt il obtint du Directoire un commandement sur le Rhin, à la hauteur de son 10 ambition et de son génie, et fut nommé, en janvier 1797, général en chef de l’armée de Sambre-et-Meuse,
Hoche général en chef de l'armée de Sambre-et-Meuse. Campagne é É de 1797 sur le Rhin. 18 il
Sambre-et-Meuse | nom glorieux et cher aux cœurs français! que de souvenirs il rappelle! combien k d’exploits fameux, combien de victoires !! Wat- ‘1 tignies, Wissembourg, Fleurus ! la Belgique con- à quise, le Rhin soumis, le Danube menacé! L'armée de 20 Sambre-et- Meuse, dans laquelle l'armée de la Moselle avait été fondue, avait fait toutes ces grandes choses : elle était composée d'hommes héroïques, endurcis aux 1 fatigues, aguerris à tous les périls, en état de défier 1 l'Europe. L’enthousiasme ne s'était pas éteint dans leurs 25 cœurs, l’amour désintéressé de la liberté enflammait
* La seconde légion des Francs commandée par ie colonel Tale, après avoir débarqué en Angleterre, selon les instructions qu’elle avait reçues, fut bientôt enveloppée par des forces supérieures et faite prisonnière de guerre. Le gouvernement anglais, ayant appris 30 de quels indignes éléments elle était compo-ée, pensa qu'il rendrait service À la France en la retenant sur ses pontons ; il la fit donc rembarquer et la rendit tout entière à la France d'où elle avait été vomie sur la côte britannique.
encore l’âme des soldats et de leurs chefs, et ces chefs étaient Le Fèvre, Grenier, Richepanse, Ney, Championnet, et beaucoup d’autres, prédestinés comme ceuxci à une 2glorieuse renommée. Cette armée avait été $ conduite l'année précédente (1796) par Jourdan au cœur de l'Allemagne jusqu'aux frontières de la Bohême; puis elle avait été refoulée en arrière, avec celle de Moreau, par les habiles manœuvres de l’archiduc Charles, et, après avoir perdu deux batailles, elle s'était repliée sur
10 le Rhin. Jourdan, à qui ses revers n’enlevaient rien de sa gloire, mais pour qui l’heure du repos était venue, avait demandé sa retraite et avait été remplacé par Beurnonville : c’est à celui-ci que Hoche fut donné pour successeur,
15 L'armée de Sambre-et-Meuse occupait alors, sur le Rhin, les positions avancées de Dusseldorf et de Neuwied et s'appuyait à droite sur l’armée du Rhin commandée par Moreau, tandis que Bonaparte ayant en face Alvinzi, se préparait à détruire, à Rivoli, la dernière
20 armée qu’eût l’Autriche en Italie. Telle était, en janvier 1797, la situation des armées françaises à la veille de tenter un effort décisif pour dicter la paix à l'Autriche,
Le nom de Hoche, du brillant vainqueur de Wissembourg, avait été reçu par l'armée de Sambre-et-Meuse
25 comme le présage de nouvelles victoires, et elle accueillit avec transport son nouveau général. Un grand changement s'était opéré en lui depuis trois années. Il avait encore le même dévouement à la révolution et à la République, et son cœur de flamme brûlait toujours pour
30 la gloire et pour la patrie: mais mûri avant l’âge par l’habitude du commandement, à la fougue impétueuse, à la brillante parole du général de l’ancienne armée de la Moselle avait succédé une dignité froide et un langage laconique : il avait senti le besoin d'imposer davantage
35 le respect à des chefs plus anciens que lui et déjà illustres, devenus ses subordonnés, avec lesquels il se montrait digne, froid, réservé, et ne s’épanchait plus que dans l'intimité.
Une disposition nouvelle et dangereuse, trop habitu-
40 elle aux chefs militaires, le mépris de l'autorité civile
chefs hamceuxit été 1 CŒUT ; puis oreau, es, et, ée sur ien de venue, r Beur- Dur SUC-
sur le e Neuin comen face dernière janvier veille de triche.
Wissemet-Meuse accueillit | change- Il avait à la Réours pour e par l'haeuse, à la née de la in langage davantage ui et déjà quels il se t plus que
rop habituorité civile
DE LAZARE HOCHR,
et de la bourgeoisie, trouvait momentanément accès dans son cœur; d'autre part, pour établir en France un gouvernement libre ct stable, il avait peu de confiance dans l'intervention de Ja multitude par le suffrage universel : # en perdant beaucoup d'illusions il sentait aussi parfois s'affublir son respect pour le régime légal, et les faits qu'il avait alors sous les yeux étaient peu propres à lui inspir d'autres pensées, Son armée manquait du nécessaire dans un pays conquis où des commissaires nommés par les conseils législatifs se gorgeaient Ge la substance des populatiors administrées par eux, Hoche obtint que le Directoire se mit audessus de la loi pour destituer, sans le secours des deux conseils, ces commissaires prévaricateurs. Il prit en main de sa propre autorité, la direction suprême sur tout le territoire occupé par son armée, et il en rendit l'administration directe à ceux qui l'avaient avant la conquête, aux baillis et même aux chapitres diocésains : Hoche institua, pour les surveiller, une commission supérieure composée d'hommes d’une grande probitt, qu’il déclara inamovibles et il afferma les impôts dont elle était chargée d’assurer le recouvrement, Les services publics furent dès lors assurés : le soldat fut nourri, habillé, chaussé aux dépens des provinces conquises. Hoche remonta sa cavalerie et son artillerie : il offrit même des vivres à son collègue Moreau dont l'armée en manquait et il mit la sienne en état de remporter de nouvelles victoires.
Renforcée par trente mille hommes de l'armée de l'Océan, elle présentait un effectif magnifique de quatrevingt mille soldats. Hoche divisa son infanterie en trois corps: il confia la droite à Le Fèvre, la gauche à Championnet, le centre à Grenier. Il rassembla sa cavalerie en grandes masses groupées selon les armes. Il mit à l'aile droite les chasseurs sous Richepanse : Klein commanda les dragons à l’aile gauche ; Ney les
*«4#Le peuple qui souffre, écrivait-il au Directoire, est toujours désireux d’un mieux dre et il croit le trouver en changeant sans cesse.” Voyez à la fin du volume les notes E et F.
BIOGR APHIE
avalerie
hussards au centre, et d'Hautpoul la grosse C
formant la réserve.
Hoche voulait franchir le fleuve à la fin de inars ER combinant 5 ec ceux de l'armée du Rhin commandée à sa droite par Moreau: Cette armée n'était pas prête encor Moreau, fidèle à ses habitudes, ne voulait agir que lorsque 5e5 troupes seraient parfaite» isi tout le matériel de Elles ne l'étaient
passer le Rhin.
zo pas et manquai
Hoche, impatient et brûl
Moreau un équipage de pont, et le fit avertir que, le 17
avril, il opérerait le passage du fleuve, avec où sans son
concours, €t qu'il attaquerait les Autrichiens.
Ceux-ci, SOUS les ordres des feld-maréchaux Warneck 1 6 idables moyens de
dans les environs, toutes les 20 de distance En distance, s armées de pièces de gros calibre défendaient la position que Hoche 5€ disposait à enlever.
Le 17 avril, Championnet reçoit l’ordre de sortir de pusseldorf, de passer la Sieg et de prendre à revers Îles 25 Autrichiens: béit : Warneck, instruit de 5€$ manœuvres forces à Dierdorf, pour l'écraser ; mais il affaiblit ainsi, En face de Hoche, le corps du maréchal de Kray; qui défendait Neuvwied. Le gros des forces françaises; dans la nuit du 17 au 18; go se Massa armée franchit le fleuve à Neuwied et 5€ Sur le point d’être attaqué, Kray parlemente * une amnistie. Hoche exige que ja célèbre forteresse d'Ehrenbreitstein Jui soit rendue; et que l'armée 3 autrichienne $€ retire derrière ja Lahn, conditions qu'une armée vaincue pouvait seule accepter. Kray les ine de boulets
choc :
résiste à Son butée, 5€$
40 Sa cavalerie cu
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hrs en ée du armée tudes, ) rfaiteériel de étaient e Rhin.
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17 au 18, ée franchit laine. Sur t demande >: forteresse ue l'armée | conditions r. Kray les de boulets ors; rien ne sont forcées, doutes son
tournées et enlevées à la baïonette, Hoche poursuit
vivement les Autrichiens jusque dans les montagnes:
puis il marche sur Dierdorf pour porter secours à Championnet : celui-ci avait passé la Sieg la nuit précédente et enlevé les hauteurs d'Ukcrath et d'Altenkirchen. $ Hoche rercontre sur son chemin, près Dierdof, un corps autrichien de réserve d'environ huit mille hommes: il l'attaque et le met en fuite, tandis que, sur la droite, Le Fèvre enfonçait aussi l'ennemi et le poursuivait l'épée dans les reins jusqu'à Montabauer, 10
Telle fut la journée du 18 avril (29 germinal), dans laquelle les Autrichiens, forcés dans leurs retranchements, furent refoulés au delà de la Lahn et sur le Mein, après avoir perdu huit mille hommes, sept drapeaux, vingt-sept bouches à feu et soixante canons. Les 18 Français prirent aussitôt position à Dierdorf, Altenkirchen et Montabauer,
La victoire n’était pour Hoche qu’un stimulant, elle l'excitait à courir à de nouveaux triomphes: vainqueur à Neuvwied à la tête d’une armée de 86,000 hommes, il se 20 sentait de force à repousser les Autrichiens jusqu’au Danube, Déjà, refoulant Warneck devant lui, 1l lui avait livré plusieurs glorieux combats et prenait les dispositions nécessaires pour lui couper la retraite et le séparer de l’Autrich Son avant-garde, commandée 28 par Le Fèvre, marchait rapidement sur Francfort : elle avait franchi la Nidda et se préparait à attaquer la place et à charger l’ennemi quand un courrier arriva, porteur des préliminaires de paix signés par Bonaparte à Leoben. so
Hoche suspendit sur-le-champ sa marche victorieuse, renonçant à la gloire presque assurée de contraindre une armée autrichienne 4 déposer 1es armes: il ne laissa percer que la satisfaction de voir arrêtée l’effusion du sang, et il écrivit au Directoire pour la lui témoigner : 38 “ Après avoir fait, dit-il. trente cinq lieues en quatre jours et triomphé dans trois vatailles et cinq combats, l’armée de Sambre-et-Meuse a accueilli la nouvelle de la paix avec la plus vive émotion.”
Hoche adressa en même temps à sa femme ces 4
simples lignes, pure expression d'un cœur affectueux et
dans lesquelles, avec le héros, se rencontre l'époux et le
père : “ La paix est faite, ma bonne amie ; ton mari
vainqueur se porte bien et t'embrasse : prends bien soin 8 de notre petit enfant.” *
Les hostilités étant suspendues entre la France et l'Autriche, Hoche reporta sur l'Irlande son ardente pensée : c’est là qu’il veut atteindre et frapper le gouvernement anglais dans lequel il voit toujours le plus
10 redoutable enneini de la France. D'accord avec l'amiral Truguet, il prend toutes les dispositions nécessaires pour créer un nouvel armement plus formidable encore que le précédent. Les travaux du port de Brest sont activés, les vieux vaisseaux sont réparés, de nouveaux sont con-
15 struits Hoche, quoique à distance, remplit toutes les âmes du feu de la sienne: il envoie au ministre de la marine les spargnes qu'il a pu faire sur les contributions des pays conquis ; puis il court en Hollande pour s’entendre avec le gouvernement de la république batave,
20 alors alliée de la république française, et se concerte avec les principaux officiers de terre et de mer pour une descente simultanée des troupes françaises et hollandaises sur les côtes d’Irlande, De retour dans son cantonnement cu Rhin, Hoche dirige sur Brest un
35 nombreux détachement de l’armée de Sambre-et-Meuse et se rend enfin à Paris pour hâter les préparatifs de l'expédition nouvelle, et aussi, il faut le dire, pour seconder la conspiration de la majorité du Directoire contre les conseils législatifs et préparer avec eux le
8° coup d’État du 18 fructidor.
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VIII, Coup d'état de fructidor.— Maladie et mort du général Hoche,
Il était impossible qu'un régime aussi affreux que celui de 4 Terreur ne provoquât point une violente réaction d'une longue durée, et que les hommes qui 8 l'avaient établi ne fussent bientôt en butte à la haine publique et à l’horreur générale, Cette réaction, commencée le 9 thermidor 1794, continua durant les années suivantes avec une violence toujours croissante, entretenue par une cause dont les historiens n'ont pas tenu 10 suffisamment compte, Le régime de la Terreur était tombé, mais la plupart de ceux qui l'avaient Mtronisé ne tombèrent pas avec lui: quelques scélérats avaient péri, mais le plus grand nombre des conventionnels qui les avaient soutenus de leurs votes restèrent debout et 15 maîtres de la situation. La Convention survécut une année à Robespierre, et lorsque enfin elle se retira de la scène, elle réussit à vivre de nouveau sous d’autres noms. Elle dit et parvint à faire croire à une foule de républicains ardents et honnêtes, au général Hoche entre autres, 20 que la Révolution était incarnée dans les conventionnels, et elle fit violence à l'opinion publique en déclarant, par les décrets de fructidor an III, que les deux tiers de ses membres feraient partie des nouveaux conseils législatifs dont ils formeraient ainsi la majorité.# 25
Après la promulgation de ces décrets et la journée du 13 vendémiaire,t où la Convention mitrailla la bourgeoisie parisienne qui les avait rejetés et qui protestait contre eux à force ouverte, les deux conseils législatifs, celui des Anciens et celui des Cing- Cents, formés pour les 30 deux tiers d'anciens conventionnels, cherchèrent une garantie contre la réaction en choisissant les cinq mem-
© Voyez mon Æistoire de France, 12° édition, t, II, p. 323 à 324. + éd.
bres du Directoire chargé du pouvoir exécutif parmi les hommes les plus compromis aux yeux des royalistes, parmi les régicides, * L’Opposition, vaincue en vendémiaire, attendit son s succès des élections nouvellest et de la marche légale l] des événements : elle dominait dans le corps électoral, mieux composé alors qu'il ne l’a été peut-être à aucune époque de notre histoire. Les élections étaient à deux degrés, et les électeurs unissaient à l'autorité du nombre 10 l'autorité non moins nécessaire de la capacité présumée, Leurs choix furent, en l’an IV, comme l'année précédente, l'expression fidèle de l'opinion dominante, celle de l'esprit de réaction contre les terroristes et les montagnards, et du parti constitutionnel et 15 modéré, ami des principes de 1789 et qui voyait avec effroi le pouvoir exécutif toujours entre les mains des conventionnels et des révolutionnaires.f Les deux conseils législatifs, après l'élection du second tiers de leurs membres, furent donc composés, 20 en grande majorité, d'hommes qui, sans vouloir une contre-révolution, voulaient cependant, avec la paix, l'abolition des lois révolutionnaires encore en vigueur, $ une liberté réelle et l'épuration successive et légale d’un Directoire héritier de la Convention.|| 25 Les noms de quelques arclents royalistes étaient sortis, il est vrai. des dernières élections. Ceux-ci, fidèles à la tactique constante des minorités, faisaient cause commune dans l'opposition avec la majorité constitutionnelle et modérée, et cherchaïent, par toutes 30 sortes de moyens, à faire du bruit et à grossir leur im-
* On nommait ainsi ceux dont les votes avaient envoyé Louis XVI à l’échafaud,
+ Les conseils se renouvelaient par tiers tous les ans.
f De Barante, Æistoire du Directoire, t, III. 35 $ Ces lois fermaient les églises et proscrivaient les prêtres, elles décrétaient la peine de mort et la confiscation contre les émigrés, et beaucoup d’autres mesures draconniennes.
| Voyez de Barante, /Zistoire du Directoire, t, III, et mon
Histoire de France, t. Il, p. 346-347.
parmi listes,
it son légale ctoral, ucune à deux ombre sumée.
fe préinante, oristes nel et it avec ns des
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portance, Ils n'étaient en cela que trop bien secondés par trois directeurs, Barras, Rewbel et La Reveillère- Lepeaux,* et par leurs amis montagnards qui disaient hautement et publiaient dans leurs journaux, que l'opposition tout entière était monarchique, que leg pouvoir allait passer aux royalistes. qu’on allait voir reparaître les Bourbons et les aristocrates, et aue c'en était fait de la Révolution. ;
Ces bruits menaçants, grossis par la peur, étaient crus, surtout à distance, par beaucoup d’honnêtes gens 10 sincèrement dévoués à la Révolution, enthousiastes pour la liberté qu'ils voyaient presque exclusivement dans l'égalité civile, dans le maintien du régime républ' ain et dans l'indépendance nationale, Le générar Hoche, nous l'avons dit, était de cc nombre. Parvenu rapidement, par son mérite, des derniers échelons jusqu'aux premiers, il avait toujours devant les yeux l’ancien ordre de choses où il risquait de végéter dans un rang obscur, les liens qui eussent arrêté son essor et tous les obstacles qu’il eût rencontrés dans une 20 société constituée comme elle l'était sous le régime détruit.
Semblable en cela à la plupart des hommes qui n’ont dû leur élévation qu’à eux-mêmes, il n’aimait pas, en principe, et tenait pour suspects les privilégiés, quels 25 qu’ils fussent, rois ou gentilhhommes:f ïil voyait,
e Ces trois directeurs formaient la majorité au sein du Directoire, où ils eurent pour opposants Carnot et Barthélemy: ce dernier avait été récemment élu par le parti modéré à la place de Letourneur. 30
t Dans son impartiale Æistoire du Directoire, M. de Barante a présenté sous son véritable jour cette époque qui a été obscurcie par des historiens appartenant aux partis extrêmes les plus opposés.
t Dans la pratique de la vie, cette disposition fit souvent place 35 en lui à une aflection très-1éelle pour des hommes appartenant à la classe des anciens privilégiés, surtout pour ceux qui servaient sous ses ordres, et nous avons vu aussi qu'il garda constamment une amitié reconnaissante au général comte Le Veneur dont il avait été l'aide de camp. Il eut même le bonheur, dans les derniers 40 temps de sa vie, de rendre un service considérable à son ancien général et à son ami.
dans les premiers, des tyrans, dans les seconds leurs
soutiens naturels ou leurs complices, dans les
priviléges qui les avaient faits ce qu'ils étaient le plus grand obstacle à la liberté, et dans l’abo- S lition de ces priviléges la liberté même, Hoche confondait ainsi l'égalité avec la liberté: il ne s'était pas suffisamment rendu compte des véritables conditions d’existence de liberté politique, seule garantie de toutes les autres: il paraissait ignorer que la représentation d'un
1o peuple ne saurait être vraiment nationale qu’'autant qu’elle est l’expression libre et vraie de la volonté publique: il oubliait enfin que la liberté ne subsiste qu’autant que ja loi règne, et que la loi n’est souveraine que si le législateur est inviolable.
153 Hoche considérait le sort de la République comme lié à la politique du Directoire qui tendait à révolutionner l'Europe et à maintenir les lois révolutionnaires qui proscrivaient les émigrés et qui armaient le gouvernement de pouvoirs extraordinaires : à ses yeux, les vrais patriotes,
20 les seuls défenseurs de la Révolution et de la liberté, étaient les trois directeurs et leurs partisans qui voulaient conserver à tout prix ces lois exceptionelles ; tandis que ceux qui désiraient les abroger et y substituer un régime légal et modéré étaient pour lui des royalistes, des adver-
25 saires de la liberté, des ennemis à écraser.*
Hoche vint à Paris, il fit part au gouvernement de ses appréhensions touchant les progrès du royalisme au sein des conseils législatifs, et dit qu’il était indispensable d’en triompher au besoin par la force. Il se con-
30 certa particulièrement avec Barras et s’offrit avec son armée pour seconder toute entreprise violente des directeurs contre la majorité électorale et la puissance législative. Ii dirigea, de concert avec lui, deux de ses divisions commandées par Richepanse, sur Brest, sous pré-
35 texte de les faire concourir à une nouvelle expédition d'Irlande : il les fit passer à peu de distance de Paris et les cantonna à La Ferté-Alais, en deça des limites fixées
par la constitution aux troupes qui ne seraient point
® Voyez aux pièces justificatives la note F,
s leurs s les taient l’'aboe conait pas ditions toutes bn d’un autant té pubsubsiste veraine
me lié tionner qui pronent de atriotes, liberté, oulaient dis que | régime s adver-
t de ses isme au dispense convec son »s direcce légisses divius pré- Dédition Paris et es fixées nt point
appelées dans la capitale par l'autorité législative même.* L'arrivée de ces troupes aux environs de Paris, et à une distance prohibée, coïncida avec un remaniement ministériel dans lequel Hoche fut désigné comme ministre de la guerre.
Le conseil des Céng-Cents s’en émut: il se crut en péril, et déclara la constitution violée, si les troupes ne rétrogradaient jusqu'aux limites qu’elle avait fixées. Il s'éleva en même temps contre la promotion projetée de Hoche au ministre de la guerre, alléguant qu'il n'avait point l’âge légal pour les fonctions ministérielles, et il exigea que le Directoire rendît compte de sa conduite,
Sur les cinq directeurs, trois seulement voulaient un coup d’État contre les conseils ; les deux autres, Carnot et Barthélemy, s’y montraient contraires et persistaient à vouloir demeurer dans la légalité. Carnot avait alors la présidence du conseil directorial : il somma le général Hoche de justifier, devant les directeurs réunis, son absence de son armée, sa présence à Paris et les ordres donnés aux troupes qui avaient franchi la limite constitutionnelle. Hoche allégua son ignorance : il dit que le général Richepanse avait reçu l’ordre de conduire sa division à Brest, et qu'il ignorait sans doute aussi que La Ferté-Alais fût dans le rayon prohibé. Il avait compté sur Barras pour le défendre, et Barras garda le silence. La Reveillère intervint et fit cesser cet interrogatoire sévère et périlleux. Hoche n'étant pas soutenu par le gouvernement, voyant en outre le Directoire incertain et le coup d’État ajourné, fit rétrograder ses
divisions jusqu’en Alsace, quitta Paris et revint dans son 30
quartier général, à Wetzlar.
Mais l’alarme avait été jetée dans la majorité législative qui redoutait avec raison un coup d’État, et les adversaires de Hoche eurent recours à tous les moyens,
même aux plus odieux, pour ruiner son crédit et détruire 35
* En vertu de la constitution, il était interdit aux troupes de s'approcher, dans un rayon de douze lieues, de l'endroit où siégeaient les conseils législatifs, si elles n'étaient appelées par une loi.
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sa popularité, Le général Willot, son ennemi personnel, le dénonça ouvertement dans le conseil des Cinq-Cents comme aspirant au rôle de Marius ; un autre membre, Dufresne Saint-Léon, l’accusa de n'avoir versé dans le
S Trésor public qu’une faible partie des sommes prélevées sur les territoires que son armée occupait, par la commission financière qu'il avait arbitrairement instituée, et il fit entendre que Hoche avait sans doute gardé le reste pour lui et pour son état-major. Hoche, il est vrai,
to n'avait versé qu'une partie de ces sommes dans les caisses de l’État ; il en avait réservé une autre partie pour les besoins éventuels du Gouvernement, et, avec le reste, il avait nourri et emretenu ses soldats, préiérant user de ces ressources plutôt que de recourir aux avides
25 fournisseurs et spéculateurs qu’il avait chassés de son armée.
L'illustre général Jourdan, membre des Cinq-Cents, ne put entendre de sang-froid l'accusation calorunieuse dirigée contre celui qu’il considérait comme l'honneur
ao des armées françaises, et, bien qu’appartenant lui-même à la majorité menacée, il se leva indigné et dit: “Souvent les armées auraient péri de misère si les généraux en chef n'avaient usé des contributions faites en pays conquis. J'ai commandé cent cinquante mille
25 hommes, et j'ai la preuve que le gouvernement payait à des fripons cent cinquante mille rations par jour, et que l’armée n'en recevait que dix mille. Il fallait donc que les généraux s’occupassent de faire vivre le reste de l’armée, Il n’est au pouvoir de personne de me faire
30 croire que le général Hoche ait commis un autre crime, et les coupables de son espèce ont droit aux remerciements de la patrie reconnaissante,”
Cet éclatant témoignage, donné de si haut à son intégrité, rendit pour Hoche moins amère une calomnie
35 contre laquelle il protesta soudain en demandant un jugement public. Mais les reproches injustes auxquels il s'était vu en butte dans le sein des conseils législatifs dont il avait excité les alarmes, l’irritèrent profondément, jl crut que la majorité avait résolu sa perte pour être 40 plus libre d'accomplir ses projets contre-révolutionnaires:
D nnel, Cents mbre, ans le evées
comée, et e reste t vrai, ns les partie hvec le étérant avides de son
-Cents, inieuse onneur i-même et dit:
si les s faites te mille ayait à et que pnc que este de ne faire e crime, mercie-
à son alomnie jant un uxquels gislatifs dément.
our être nnaires:
Îl voulut rendre à ses adversaires menace pour menace et, ayant réuni ses généraux dans un banquet patriotique pour fêter l'anniversaire du 10 août, dernier jour de la monarchie, il but à la République, et dit : “ Amis, la paix va être signée : mais, je ne dois pas vous le dissimuler, $ vous ne pouvez vous dessaisir encore de ces armes terribles par lesquelles vous avez tant de fois fixé la victoire, Avant de le faire, peut-être aurons-nous à assurer la tranquillité intérieure que des rebelles aux lois de la République essaient de troubler.” 10 Hoche n’alla pas plus avant dans cette voie : déjà la mort était dans son sein, cette mort prématurée qui met les belles actions des gens de bien en sûreté et à couvert des revers de la fortune.*# Il avait senti à Brest, l’année précédente, les premières atteintes d’un mal inconnu qui 18 redoubla d'intensité à Wetzlar : il tomba bientôt gravement malade, et le bruit se répandit qu’on l'avait empoisonné. Il était, aux yeux des royalistes le plus résolu et le plus vaillant champion du gouvernement républicain : comme tel, il était en butte à de criminelles attaques et 20 il avait précédemment échappé, comme par miracle, à un assasin soudoyé par ses ennemis :f on savait sa vie trèsmenacée, et dans chaque nouvelle crise d’un mal qui semblait inexplicable, on croyait voir les indices d’un attentat contre sa personne. 25 Déchiré par une toux sèche, brûlé d’un feu intérieur et dévorant, il était en proie à une irritation nerveuse et tombait dans des spasmes dont il sortait épuisé. Il languissait dans cet état si douloureux lorsqu'il apprit l’acte violent du 18 fructidor exécuté contre les conseils légis- 39 latifs par les trois directeurs, Barras, La Reveillère- Lepeaux et Rewbell. Cette nouvelle impatiemment attendue et dont il ne prévit point les suites, lui causa
® Plutarque, Pélopidas.
Ÿ Revenant un soir du spectacle à Rennes, comme il rentrait dans 35 son hôtel, un coup de feu fut tiré sur lui presque à bout portant et ne l’atteignit pas. On saisit l'assassin qui avoua son crime et désigna pour son complice un ancien chef de chouans. Hoche sollicita inutilement leur grâce, ils périrent sur l’échafaud.
la joie la plus vive et lui rendit des forces. Le Directoire cependant avait eu recours à d’odieux moyens pour réussir dans son entreprise * et s'était condamné à une longue série d'actes tyranniques, sans pouvoir s'arrêter 5 jamais dans la légalité, jusqu’au ‘our peu éloigné où, à son tour, il tomba, victime méprisée du coup d'État de brumaire.t Hoche ne pressentit point cela, et salua avec enthousiasme la liberté qu’il croyait sauvée par la journée de fructidor, tandis qu’elle était irrévocablement perdue, 10 Peu de jours après, le Directoire destitua le général Moreau, qui avait perdu sa confiance, et donna son armée au général Hoche, qui réunit ainsi le commandement des deux armées de Sambre-et-Meuse et du Rhin. Mais ses forces l’abandonnèrent de nouveau : en proie 15 au feu qui le dévorait, il se disait revêtu, comme Hercule, de la robe empoisonnée du Centaure. Son médecin, Poussielgue, lui ordonnait un repos nécessaire : mais, pour cette nature ardente, dont l’action était l'élément naturel, ie repos était une fatigue plus qu’un soulagement, 30 Il parut cependant s’y résigner et se rendit à la foire de Francfort pour se distraire : il y fit connaissance avec un empirique fameux qui promit de le guérir sans le condamner au repos : Hoche prit en secret ses remèdes, et son état fut bientôt désespéré. Il lut son arrêt dans les 25 yeux de Poussielgue, se vit mourir et accepta doucement son sort.
Il voulut revoir une dernière fois ses amis, ses compagnons d’armes, et les reçut d’un air serein, tandis qu’au pied de son lit sa jeune ferame étouffait ses sanglots.
30 Il s’entretint une heure avec eux, les remerciant de leur
* Les principaux moyens auxquels les trois directeurs eurent recours pour prolonger leur autorité furent: la déportation à Cayenne de leurs deux collègues, Carnot et Barthélemy, de cinquanteneuf membres des deux conseils législatifs et de quarante journalistes,
35 la suspension de la liberté de la presse, et la remise en vigueur des mesures révolutionnaires contre les émigrés et les prêtres.
+ Ce jour-là, 19 brumaire an VIII (10 novembre 1799), le général Bonaparte, récemment revenu d'Égypte, expulsa le conseil des Cinq-Cents à Saint-Cloud, mit en arrestation trois directeurs et
40 cassa la Constitution de l'an III. 11 se fit élire ensuite premier
consul. Voyezmon Héstoire de France, t. IL, p. 365, 366.
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affection, et s’efforçant même de sourire. Il parla aussi des affaires publiques et revint sur le coup d’État de fructidor qu’il jugeait toujours indispensable, Toutefois, mieux éclairé au moment suprême, il reconnut qu’il était
heureux qu'aucun des généraux commandant en chef les $
armées de la République n'eût participé de sa personne à cet acte de violence, et qu'Augereau, en l’exécutant, par l’ordre des trois directeurs, eût paru obéir aüux pouvoirs civils: une république, dit-il, deva't toujours être servie et non protégée par l’epée.
Ce dernier effort l'avait épuisé; il congédia ses lieutenants, et vers le soir il s’endormit. Après quelques heures de repos, il s’éveilla en suffoquant. Il ne parlait plus : il eut une crise terrible et, le 19 septembre 1797, il expira doucement entre les bras de sa femme et du général Debelle, son beau-frère. *
Hoche avait à peine atteint vingt-neuf ans et sa renommée comme celle de son jeune et brillant rival, le vainqueur d’Arcole et de Rivoli, remplissait l’Europe. Qui pourrait dire la désolation de ses compagnons d'armes, le désespoir de ses soldats! L'armée entiè e fit à son chef de magnifiques et touchantes funérailles. On décida qu’il serait enseveli à Pétersberg dans le camp retranché de Coblentz, à côté d'un jeune héros enlevé comme lui à la fleur de son âge, au milieu d’une glorieuse carrière et qui laissait un grand nom, le général Marceau.
Le convoi funèbre quitta Wetzlar le 21 septembre et se dirigea vers Coblentz. Les aides de camp de Hoche, les généraux et tout l'état-major escortèrent le char,
devant lequel étaient portés les étendards et les drapeaux 39
en deuil. Le cortége s’avança ainsi au son lugubre des tambours voilés et au glas funèbre des cloches mises en branle par les habitants des villes et des bourgs qu'il traversait. Les paysans des environs accoururent en foule et firent cortége aussi au général dont ils avaient
* On ouvrit son corps et l'on trouva, dans l'estomac, quelques taches où l’on crut reconnaître des indices de poison, suffisants peut-être pour légitimer des soupçons, mais trop faibles pour les
confirmer.
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reçu des témoignages de commisération et qui avait allégé pour eux les charges de la guerre.
Le corps fut reçu avec honneur à Braunfels par le prince souverain, qui l’attendait sur la place publique à
5 la tête de toute sa maison, Lorsqu'il passa au pied des remparts fameux de la citadelle d'Ehrenbreitstein gardée par les Autrichiens, il fut salué par toutes les batteries de la p'ace et par le feu de la garnison rangée en bataille sur les glacis. Le gouverneur sortit des portes pour le
10 recevoir et conduisit le corps jusqu'aux bords du Rhin, entre une double haie formée par ies soldats de France et d'Autriche. Le convoi traversa ensuite Coblentz, puis se dirigea vers les hauteurs de Pétersberg où une partie de l’armée était sous les arines pour le recevoir,
15 Là un simple monument. qu’un grand poëte a célébré dans des vers immortels, renfermait les restes de Marceau.* Cette tombe modeste pour laquelle Hoche avait souscrit de ses deniers quelques jours avant sa mort, réunit les deux héros. Le corps de Hoche y fut
20 descendu après avoir reçu les adieux de ses compagnons: Le Fèvre, Championnet, Grenier rendirent hommage à leur général dans un langige militaire, simple et vrai : après eux un grenadier s’avança, présenta l'arme devant le cercueil, y déposa une couronne de chêne, disant :
25 ‘ Hoche, au nom de l’armée, reçois cette couronne ; ” | et il pleura. Ses larmes exprimaient mieux qu'aucune 1 parole les sentiments de tous.
Hoche n’était plus, mais il vivait dans le cœur de ses soldats et de ses concitoyens : toute la France se sentit
30 . * Ce que lord Byron a dit de Marceau peut a beaucoup d’égards être appliqué à Hoche à qui le poëte a également rendu hommage. ‘6 Prés de Coblentz, sur une riante colline est une pyramide simple et modeste couronannt le sommet d’un monticule verdoyant : sous sa base repose un héros......Kapide et triomphant fut son jeune essor. Tous l'ont pleuré, amis et ennemis, et l'étranger, qui s'arrête ici pour méditer, peut à bon droit prier pour le repos de son esprit généreux, car il fut le meilleur champion de la liberté. 11 fut de ceux, trop peu nombreux, hélas, qui n'ont point franchi les justes bornes qu’elle assigne aux guerriers qu'elle arme de son glaive. Son 40 âme demeura sans tache ; c’est pourquoi les hommes ont pleuré sur lui” (Lord Byron, CAild- Harold, chant III, LVI, LVI1.)
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frappée en lui, et la douleur publique se fit jour au milieu des honneurs funèbres que le gouvernement rendit en grance pompe à sa mémoire, le 1°" octobre suivant, à Paris. Tous les corps de l'État, le peuple et l’armée furent conviés par le Directoire au Champ de Mars pour cette fête funèbre dans laquelle l’illustre Daunou prononçÇa l’oraison funèbre du héros, et fut l’éloquent interprète des douleurs de la patrie.
Telle fut la brillante et trop courte carrière de Lazare Hoche, qui excita l’adrniration de tous, même de ses ennemis, et qui obtint la gloire la plus enviable à l’âge où les plus illustres commencent à peine à attirer sur eux l'attention. Il eut à un degré éminent ce caractère particulier aux grands hommes de par:ître toujours supérieurs à leur situation : plus il montait plus il semblait grand, et l’on est d’accord pour reconnaître que sa fortune, s’il eût vécu, n'aurait eu d'autre limite que celle que le devoir lui eût tracée et qu'il se fût marquée à luimême, Sa vie entière porte le cachet de la vraie grandeur : en la contemplant, l'âme s'élève et se sent poréée à l'oubli de soi, au dévouement, aux grandes actions. Ses traits les plus saillants furent la loyauté, la magnanimité, l’ardent patriotisine, le culte de l’honneur, et une activité dévorante pour laquelle le repos était une intolérable souffrance. À ces grands traits il faut juindre le dé. sintéressement d’une ambition qui n'eut jamais pour but que l'avantage de son pays, une bonté compatissante aux maux des malheureux, une intégrité qui ne comprenait pas qu’il fût possible de n’en pas avoir. “Tu me recommandes, écrivait-il à sa jeune femme, de songer à la fortune de notre caïant ; je jui laisserai un nom sans tache: c'est tout ce que je lui dois.” *
Jamais général ne posséda mieux le cœur de son armée: ‘Aime, disait-il souvent, si tu veux être aimé:” c’est ainsi, c’est en aimant ses soldats qu'il en était devenu l’idole, Son bien était le leur, et sa générosité n'avait point de bornes: “Tu aurais dans ta
* Lettre communiquée par sa famille,
120 BIOGRAPHIE bourse 200,000 francs de plus, lui dit un de ses proches, si tu ne donnais au tiers et au quart tout ce que tu possèdes, — J'aurais un million de moins, répondit Hoche, dans celle de mes amis, si j'en avais besoin.” Pour
$ rencontrer à cet égard, parmi les héros de l’histoire, un capitaine digne de lui être comparé, il faut remonter à du Guesclin dont j'ai raconté la vie avant la sienne, et avec qui Hoche eut de nomlreux traits de ressemblance: on admire en eux même générosité, même
10 héroïsme, même commisération pour les misérables, égale horreur des fripons et des sangsues du pauvre peuple. Ils eurent l’un et l’autre, devant l’ennemi, la parfaite possession d'eux-mêmes, le coup d'œil rapide et l'inspiration soudaine ; ils firent voir un mélange égal de
15 circonspection pour préparer, de fougue pour accomplir, et, méprisant la routine, ils firent avancer l’art militaire et montrèrert l'instinct des graades innovations, inères de la tactique et de la stratégie modernes. Tous deux enfin eurent la bonne fortune de vaincre chaque fois
20 qu'ils commandèrent en chef et l’amer regret de mourir dans leur lit, après avoir passé leur vie au milieu des périls, et sur les champs de bataille,
Hoche eut sur Bertrand du Guesclin le grand avantage de naître à une époque de civilisation plus avancée, et
25 comprit la supériorité que donne la culture des lettres et les jouissances qu’elle procure. Bertrand ne savait pas lire et ne s’en mit jamais en peine: Hoche, au contraire, regretta toujours de n'avoir reçu dans son enfance qu'une instruction trop insuffisante, et il ft tout ce qui
30 était en son pouvoir pour en combler les lacunes. Il lisait, il étudiait dans les camps : les auteurs anciens et surtout les historiens de la Grèce et de Rome eurent pour lui un puissant attrait : il trouvait dans leurs écrits une sève de vertu républicaine dont son âme intègre et
35 fière se nourrissait avec délices, et il se sentait puissamment attiré par ces figures héroïques, par ces grands chefs qui, en déposant leur glorieuse épée, s’honoraïient de conduire la charrue. Il gagna beaucoup au commerce de l’antiquité : on s’en aperçoit surtout au style
40 de ses proclamations et de ses ordres du jour dégagés
oches,
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DE LAZARE HOCHE, 121 peu à per de ce ton déclamatoire fort en usage alors dans le langage officiel, pour atteindre, dans des formes pures et sévères, à une éloquente précision, Hoche arrive au goût par l'application d’un esprit délicat et d’un rare bon sens à l’étude des grands modèles, et après avoir, dans sa première jeunesse, beaucoup lu sans règle et sans choix, il apprit à distinguer, à choisir, et à donner d’excellents conseils à sa jeune femme pour la guider dans ses lectures : il cherchait à former son goût en éclairant son esprit, et dans un temps où l’enthousiasme pour Rousseau était à son apogée, Hoche ne donna point une médiocre preuve de bon sens en se préservant de la contagion générale: il sut découvrir l’exagération, le paradoxe, le mensonge même à travers la magie d’un style trop séduisant, et il prit soin de prémunir sa femme contre les périls de cette lecture, Plusieurs lettres de lui sont remplies de détails délicats et charmants; toutes respirent la fierté d’une âme droite, forte, indépendante, et l'on voit dans quelquesunes l'extrême importance qu’il attachait, pour l’éducation des femmes comme pour celle des hommes, à tout ce qui tend à développer de bonne heure dans les caractères la vigueur, l'énergie et la sincérité.* Tout en lui tendait au même but : les paroles, les écrits et les actes. Son caractère offre au regard attentif, un type harmonieux et grand dans chaque partie comme dans l'ensemble.
On y trouve aussi quelques ombres: Hoche eut toujours beaucoup de peine à faire violence à sa nature ardente, impétueuse, ennemie de toute contrainte : impressionnable autant que passionné, il passait rapidement d’une résolution à une euire quelquefois opposée, comme à l’époque de l’expeuition d'Irlande qu’il abandonna un jour pour l’entreprendre le lendemain. Il était sujet à des abattements d'esprit st à des défaillances temporaires ; muis ceiles-ci provenaient tantôt d’une erreur de son jugement, tantôt d’une irritation excessive ou d’une déception douleureuse, jamais d'aucun vice:
® Voyez aux pièces justificatives la note G.
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bientôt sa haute raison, son cœur ferme et loyal reprenaient l'empire et le ramenaient, dans le droit chemir:, à son but véritable. Il eut quelques-uns des préjugés de son temps et de sa situation personnelle : il fit des $ fautes, il risqua de mettre lui-même en péril la liberté de son pays en croyant la servir: il se trompa, mais de bunne foi; ses intentions restèrent pures. La liberté qu'il aimait d'un amour plus sincère qu'éclairé lui demeura chère, et les grands principes ce 1789 lui 10 furent toujours sacrés. Mais l'expérience lui manquait comme à tous: avec le temps, il aurait reconnu les véritables conditions d'existence de la liberté au sein d’un grand peuple : Hoche eût compris qu’elle ne peut avoir d’autre fondements que le respect des droits de 15 tous, de l’ordre légal et de l'opinion publique sérieusement exprimée: jamais il n’eût préféré son propre avantage au bien de sa patrie, jamais non plus il n’eût élevé sa fortune sur les ruines de la liberté. Il était de la race de ceux qui revivent pour l'honneur de
80 l'humanité, sous la plume de Piutarque, il appartenait à la grande famille des Cimon, des Phocion, des Paul- Emile, des hommes par qui les Républiques subsistent ou qui meurent avec elles.
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