SCÈNE VIII
Les mêmes, COSME.
COSME
Tavernier ! quelqu'un...
GIACOMO, sans se déranger.
Voici, maître! Au diable l'importun! [A Battista. ) Battista , veux-tu répondre à cet étranger? je suis en grande affaire.
BATTISTA
Volontiers.
Il va vers Cosme. Rodolphe et Giacomo causent bas
avec mystère.
COSME, à Battista, qui s'est approche de lui.
Peux-tu, camarade, me trouver un homme qui porterait promptement un message?
BATTISTA
Est-ce loin 2
COSME
Non, à une demi-lieue.
BATTISTA
Paiera-t-on généreusement?
COSME
Un sequin.
BATTISTA
Diable! je suis prêt à vous servir, maître; je n'ai rien à faire jusqu'au soir.
cosME, regardant son costume.
Toi !... tu es un sbire?... et ton service ?...
BATTISTA
Je me repose aujourd'hui, maître... et comme je ne gagne qu'un sequin par huitaine , je veux saisir l'occasion d'en gagner autant en\ine heure.
COSME
C'est bien ! attends.
Il écrit.
RODOLPHO, à Giacomo en se levant.
Et tu m'as bien compris ?
GIACOMO
Parfaitement. Au premier sentier de la forêt, un homme de quarante ans, affublé d'un manteau brun.
RODOLPHO
Les deux paroles que tu dois prononcer ?
GIACOMO
Florence et Venise.
RODOLPHO
A ces deux mots il s'arrêtera pour t'écouter.
GIACOMO
C'est bien.
RODOLPHO
Tu es sûr que depuis un an que tu ne"i'eji. servi, ton stylet ne s'est pas rouillé?
GIACOMO
Avant une heure vous en aurez la preuve. ( Arrêtant Rodolpho, qui monte la scène.) Encore un mot !
RODOLPHO
Que veux-tu ?
GIACOMO
Pour le reste de la somme où vous trouverai-je?
RODOLPHO
GIACOMO
C'est bien! dans une heure.
RODOLPHO
Dans une heure. ( A part. ) Et maintenant, Cosme de Médicis doit être dans ce village, il faut que je l'y trouve.
Il sort. Giacomo reste pensif au fond.
COSME, à Battista. après lui avoir fait signe d'approcher.
Tiens ! prends ce billet , va jusqu'au premier sentier de la forêt; là tu verras passer un homme de quarante ans, couvert d'un manteau brun; tu lui diras ces deux paroles : Florence et Venise' il s'arrêtera pour t'écouter, tu lui remettras ce billet, et tu recevras de lui le sequin promis.
BATTISTA
Bien, maître !
cosME, se levant.
Et sans relard.
BATTISTA
.Je pars.
COSME, désignant une route.
Ce chemin conduit à la ferme?
BATTisTA, désignant la chapelle.
Oui, maître! mais en traversant la chapelle vous y serez plus tôt.
COSME
Merci !
Il sort par la chapelle.
BATTISTA, à Giacomo.
Nous ne jouerons pas aux dés, Giacomo; je suis chargé d'une commission.
GIACOMO
Et moi aussi, je vais partir.
BATTISTA
Tu sors ?
GIACOMO
Oui.
BATTISTA
Quel chemin prends-tu?
Celui de la forêt.
BATTISTA
Et moi aussi.
GIACOMO
Tant mieux ! nous ferons route ensemble.
Ils mettent chacun leur chapeau et se mettent en route.
BATTISTA, près de la porte.
Je ne t'accompagnerai que jusqu'au premier sentier.-^ . ,
GIACOMO
C'est là que je dois m'arrêter.
BATTISTA
Et moi aussi; je dois y rencontrer un homme vêtu d'un manteau brun auquel...
GIACOMO l'interrompant.
Et moi aussi...
BATTISTA
C'est sans doute le même?
GIACOMO
Dois-tu le reconnaître à d'autres signes encore, Battista?
BATTISTA
Oui, à son âge, et à deux mots que je dois prononcer.
Florence et Venise, n'est-ce pas?
BATTISTA
Précisément.
GIACOMO
Et pourquoi t'envoie-t-on près de cet homme?
BATTISTA
Pour lui remettre cette lettre... Et toi?
GIACOMO
Pour le tuer.
BATTISTA, étonné.
Le tuer!
GIACOMO
Quelle singulière aventure!... Battista, il est
inutile de porter ce message à cet homme qui va mourir... et en lisant cette lettre, nous découvrirons peut-être quelque important secret qui pourrait nous servir.
BATTISTA
En effet, voyons!... Tu sais lire, toi?
GIACOMO
Donne. [Il décachette la lettre et lit.) « Je ne » connais pas l'homme qui te donnera cette let- » tre... je suis forcé d'être imprudent, mais j'es- » père en Dieu... Frère, change de route, il faut » renoncer à nos projets... la noblesse met à cette » heure nos têtes à prix ; reprends le chemin de » Florence, la révolte seule pourra cette nuit nous » garantir de la mort... Je vais à la ferme pour » trouver la trace des deux frères Salviati. Tu sais » notre rendez-vous à Florence... Espoir et promp- » titude! » 3Iais ce sont les deux Médicis !
BATTISTA
En effet, nous pouvons les livrer.
GIACOMO
Non, pas les livrer, Battista!... le conseil, qui a peur, paiera plus chcrleur mort que leur dénonciation.
BATTISTA
Tu as raison!
GIACOMO
Ah ! maître, tu veux me faire agir et profiter du résultat de la besogne; mai«nousdevons nous revoir, et tu me paieras, je te le jure, plus de centsequins la vie d'un Médicis!
BATTISTA
La ferme dans laquelle 3Iédicis doit se cacher est sans doute celle dont il m'a demandé le chemin... Moi je vais y courir à l'instant, et m'y faire accompagner par les archers de ce village.
GIACOMO
Oui, tu as raison, Battista, car peut-être le 3Iédicis n'est pas seul... il faut attaquer sans retard.
BATTISTA
A chacun de nous un Médicis, Giacomo... Vive Dieu! l'on ne trouve pas tous les jours pareille chance de fortune.
Et il faut se hâter pour la saisir.
BATTISTA
Cours à la forêt, Giacomo!
GIACOMO
Cours vite chercher les soldats, puis conduisles à la ferme. Battista.
BATTISTA
Le jour baisse, hàloiis-nous !
GIACOMO, sortant.
Bonne chance 1
Il sort ]iar l;i petite porte latérale h gauche.
BATTISTA
Bonne chance!... Et maintenant, vite, appelons les archers à notre aide!
Il va pour sortir par le fond à droite et renrontre Svlvio.
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