‹ Lazare le patreChapitre 40 sur 64 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

COSME , LA DUCHESSE , MATHÉO , puis SYLYIA.

MATHÉO, entrant précipitamment.

Monseigneur, excusez le vieillard qui a osé pénétrer jusqu'à vous, son seul espoir! Jusqu'à ce jour mon fds avait bien mérité du ciel, et pourtant... pardonnez, monseigneur... mais les sanglots m'étouffent.

COSME

Remettez-vous, vieillard, et parlez : madame la duchesse et moi, nous vous écoutons...

MATHÉO.

Monseigneur, j'ai servi de père à un enfant que votre justice peut déshonorer et que votre clémence peut épargner peut-être !

LA DUCHESSE , imprudemment.

Ayez bon espoir !

MATHÉO.

Tous êtes bonne, madame... et pourtant, vous, qui n'avez pas d'enfant, vous ne connaissez que la moitié de mes douleurs, et vous ne savez pas qu'en frappant Juliano, vous tueriez en même temps ma pauvre fille, à laquelle il est fiancé... pitié pour elle. {A Cosme.) Monseigneur, Juliano vous a dérobé cent ducats d'or; le vieillard son père vous apporte les siens, et vous devra plus que la vie si vous sauvez son coupable enfant !

Il va poser une bourse sur une table à droite. COSME , allant à la Duchesse.

Cent ducats ! Juliano ne savait donc pas que son père avait cet or?...

MATHÉO*.

Hier je ne l'avais pas, monseigneur.

COSME

Et qu'as-lu donc fait pour te le procurer ?

MATHÉO.

Hya quinze ans, monseigneur, quelques heures avant sa mort, le père de Juliano, m'a remis un précieux joyau auquel devait se rattacher la destinée de son fils. Je l'avais précieusement conservé Jusqu'à ce jour, et ce matin, le cœur brisé, je l'ai porté aux juifs, qui me l'ont échangé contre cent ducats que je Aeux employer à réparer le vol...

* La Duchesse, Cosme, MatLéo.

Permettez-moi, monseigneur, d'avoir fait ce sacrifice, TOUS à qui j'en demande un plus grand... le pardon et l'oubli du mal.

COSME , à part.

Pauvre vieillard!...

LA DUCHESSE, vivement. à Cosme.

Le châtiment de Juliano frapperait des innocens, monseigneur !

COSME

Et Dieu nous saura gré d'avoir sauvé le fils pour épargner le père.

LA DUCHESSE

Et peut-être n'est il pas coupable, monseigneur !

COSME

Il l'est, madame ; que son repentir lui fasse trouver grâce au ciel.

MATHÉO.

Vous éjîargnerez mon fils, monseigneur ?

COSME

Demain je le sommerai de me rendre secrètement son épée, et secrètement aussi je lui enjoindrai l'ordre de quitter la Toscane. Ta fille et toi vous pourrez le suivre...

MATHÉO.

Oh ! merci, monseigneur ; je l'entraînerai bien loin, si loin que son souvenir n'arrivera plus jusqu'à vous. Le travail et la misère ne me lasseront jamais, mais le déshonneur m'aurait fait mourir... Maintenant, monseigneur, ma fille est là derrière cette porte : permettez qu'elle entre l.C. 7>ensJ[ fille, viens, S\]\iai. {Syliia parait, il'la preut*'^ lamain.) Va te jeter aux genoux de monseigneur ^^ de Médicis, va te prosterner pleurant aux pieds ^ de la duchesse ÏNativa de Médicis ; car sans eux tu étais bientôt veuve, orpheline, déshonorée. Va, ma fille, va remercier tes sauveurs.

SYLVLi, se jetant aux pieds de la duchesse.

Oh! madame la duchesse!

LA DUCHESSE

Pauvre enfant ! ( Bas à Sylvia, ) Juliano se justifiera plus tard !

SVLVIA .

N'est-ce pas, madame la duchesse?

COSME, qui a été ouvrir la porte à gauche. Efmaintenant viens, Juliano, viens, malheureux enfant.

Il l'amène par le bras.

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