SCÈNE IV
JULIANO , puis LAZARE.
JULIANO
Ils m'ont laissé seul... Voyons! voyons, que je relise cet écrit mystérieux que je pouvais à peine déchiffrer dans l'obscurité de ma prison. (Il déploie un papier et lit. ) « Judaël a juré ta mort... » Cette nuit il doit te faire transporter dans les » prisons de l'Arsenal et t'y faire périr... Dans deux » jours on pourra venir à ton aide... cherche et » trouve un moyen de garantir jusque là ta vie.» Judaël veut me faire assassiner... mais qui m'a écrit cela?... [Apercevant Lazare.) Quelqu.'\ial LAZARE, s'approchant de lui.
Eh bien! comment t'évaderas-tu?
JULIANO
Que veux-tu dire ?
LAZARE
C'est moi qui t'ai jeté cet écrit par le soupirail de ton cachot.
JULIANO, cherchant à cacher la lettre. Quel écrit?
LAZARE
Oh ! tu peux te confier à moi, Juliano !
JULIANO
Mais qui donc es-tu?
LAZARE
Un prisonnier !
JULIANO
Ton nom?
LAZARE
On me nomme ici Lazare ; mais ne t'inquiète pas du mystère qui m'enveloppe, et écoute-mol... Judaël ne t'accuse plus de vol... on t'accuse d'être l'amant de la duchesse de Médicis.
JULIANO
Infamie!...
MAGASIN THÉÂTRAL
LAZARE
Oui, c'est une infamie, n'est-ce pas, d'accuser le fils d'être l'amant de sa mère ?...
JCLIAXO.
Que dis-tu?...
LAZARE
Je sais tout ; ne clicrclie pas à en deviner les causes, et dis-moi, pourras-tu parvenir à gagner tes assassins?...
3vu\yo.
Comment ? je suis pauvre.
LAZARE
Mais par des promesses...
JULLiNO.
Ils n'y croiront pas.
LAZARE
Mais n'as-tu pas des amis parmi les officiers des prisons d'Etat?
JULLVXO.
Aucun.
LAZARE
Malheur ! malheur !
JULIAXO.
oh! oui, je le tenterai.
LAZARE
Ah! ccoule!.
Quoi donc?
JILIAXO.
On ne peut me conduire dans les prisons de l'Arsenal sans me faire traverser l'Arno !
Non.
Jl'LIAXO.
Alors, que Dieu me soit en aide !
LAZARE
Que feras-tu ?
JULIAXO.
Lorsque j'étais enfant à Naples et vivant sur le tord de la mer, j'ai souvent fait plusieurs lieues à la nage... et les plus habiles ne pouvaient égaler ma vitesse... Cette nuit, j'abandonnerai la barque, je me précipiterai dans le fleuve, et, nageant entre deux eaux, je tromperai les rameurs qui, si Dieu me secourt, chercheront vainement à me saisir encore; à la faveur de l'obscurité, je gagnerai le bord, et me traînant sur les mains... j'atteindrai les rues désertes de la ville, puis j'irai me cacher vivant, tandis que Judaël me croira noyé dans le fleuve...
LAZARE
Mais si les eaux t'étouffent?... si ta force te trahit?...
JULUXO.
Dieu décidera,
LAZARE
Si les archers fon feu sur toi?
3LLIAX0.
Dieu décidera, Lazare.
Non, je ne veux pas que tu t'exposes ainsi.
JLLLYNO.
Veux-tu donc que j'aille me faire égorger dans les prisons de l'Arsenal ?
LAZARE
^^on pas!
JULIANO
Que veux-tu que je fasse?
LAZARE
Je n'ai pas la force de te conseiller.
JULIANO
Mais moi je veux avoir celle d'agir : tu m'as dit qu'on accusait ma mère, et je veux vivre dans l'espoir de la justifier ou de la venger un jour.
LAZARE
Mais quand on publiera ta mort, comment saurai-je si elle sera vraie ou fausse?... Oh! je ne pourrai vivre dans cette horrible inquiétude, car je t'aime, moi, Juliano !
JULLANO, lui prenant la main.
Oui, tu m'aimes, toi qui me sauves... et ce que tu ordonneras je le ferai ; mais par quel moyen ? LAZARE, le menant à la fenêtre.
Tiens! connais-tu cette maison?
JULLiXO.
C'est celle de IMathéo mon père.
Eh bien! situ réussis, il faut qu'un signal...
JULIAXO.
Oui, Lazare, si Dieu m'y conduit... avant même d'embrasser mon père et ma fiancée, je viendrai mettre une lumière à cette fenêtre obscure que tu vois d'ici.
LAZARE
Bien, mon enfant ; tu me le jures?
JULLVXO.
Je le jure.
LAZARE
J'entends des pas!
Il court écouter à la porte.
JULL\XO.
C'est Judaël sans doute.
LAZARE, traversant la scène.
Qu'il ne me voie pas ici ! {Ouvrant la porte grillée adroite.) Dieu soit avec toi ! N'oublie pas le signal.
JULLVXO.
Je te l'ai juré... {Il ferme la porte sur Lazare.) D'où me vient cette providence?... {Avec inquiétude, voyant entrer un Garde par la porte de gauche.) Oh! vient-on déjà m'entrahier dans les prisons de l'Arsenal? (Foya/if entrer Cosme.) Le duc de Médicis!
Cosme fait un signe d'intelligence au Garde qui est entré devant lui, le Garde sort.
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