‹ Lazare le ressuscité, suivi de Ponce PilateChapitre 7 sur 15 · LAZ.U\E LE RESSUSCITÉ · texte numérisé non relu

LAZ.U\E LE RESSUSCITÉ

Car je suis la Lumière, et moi seul je connais Les choses qu'il convient d'enseigner à la terre. Je suis la Vérité ; nul, si ce n'est par moi, Ne peut-être éclairé de clartés souveraines ; Je suis la Route ; hors de ce chemin étroit Personne n'atteindra le repos oii je mène.

Bienheureux ici-bas ceux qui croiront sans voir

Dieu n'a pas interdit à l'homme de savoir Les secrets de la terre et ceux du grain de sable, Et ceux-mêmes du ciel visible aux yeux de chair. Qu'il dénombre, s'il peut, les astres périssables Que la main du Très-Haut a jetés dans l'éther ; Qu'il découvre la route assignée aux étoiles ; Que du cèdre à l'hysope, il n'ignore plus rien De ce que l'univers des créatures voile ; Qu'il tienne Béhémoth dompté sous ses liens,

Et que Léviathan soit docile à ses rênes, Ayant au corps de l'homme inspiré son esprit, Dieu ne s'offense pas de la science humaine.

Mais il s'est réservé ce qui ne fut écrit Ni sur la terre, ni sur l'océan, ni même Au livre que sa main déroule au firmament. Il a gardé pour lui la vérité suprême, Et de peur que l'esprit ne s'enfle vainement Et ne se perde, ainsi que les anges rebelles. Il a dit à l'esprit : Tu ne toucheras pas Au fruit où j'ai caché la science éternelle!

Les clartés qui suivront les ombres d'ici-bas, L'homme présomptueux ne doit pas les connaître. Des yeux de son esprit ni des yeux de son corps. Et pour que le secret n'en soit trahi, le Maître A scellé de son sceau les lèvres de la Mort.

Ceux-là seuls qui, sans voir, croiront à ma parole, Posséderont la joie avec la vérité.

Quand tu révélerais à ce peuple frivole Les souvenirs lointains qui te furent ôtés, Si tes lèvres pouvaient balbutier les choses Que l'aube du tombeau t'a permis d'entrevoir, Tu ne gagnerais point tous les cœurs à ma cause. Car si beaucoup d'entre eux n'ont voulu recevoir Le Fils de Dieu venu de la Maison de vie Pour travailler au champ du Père, quel accueil Feraient au serviteur ces âmes asservies Aux œuvres de la chair, du lucre et de l'orgueil?

Quand tu les instruirais des mystères sublimes, Les hommes de ce monde en seraient-ils meilleurs ? Lucifer a roulé dans l'éternel abîme, Pourtant il contemplait la face du Seigneur !

Ne t'afflige donc pas d'un oubli salutaire. Laisse ton cœur troublé reposer dans ma paix Et sache, dans l'amour, adorer et te taire I

Sans doute l'heure approche où l'œuvre que je fais Voudra des ouvriers plus nombreux dans ma vigne. Je t'élirai peut-être au nombre de ceux-ci En posant sur ton front la lueur de mon signe. Mais quelque temps encore il faut que, seul ici. Je travaille aux regards de mon Père et des anges ; Car nul ne peut me suivre au chemin où j'irai, Ni fouler avec moi la prochaine vendange, Ni boire le calice amer que je boirai.

Mais lorsque je serai remonté vers le Père, Je prierai pour la foi de ceux que j'ai choisis Et je vous enverrai ma force et ma lumière : L'Esprit saint descendra dans vos cœurs obscurcis.

Il VOUS inondera de grâce et de sagesse, Yous sentirez couler en vous la Vérité, Et vous croirez dans la douceur et l'allégresse.

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