‹ Le 101me régimentChapitre 47 sur 50 · SEPTIÈME AVANTAGE · texte numérisé non relu

SEPTIÈME AVANTAGE

Comme il faut un terme à tout, je passe sous silence une foule d'avantages, tous plus considérables les uns que les autres.

Qui veut trop prouver ne prouve rien.

Qu'importe, après tout, de n'avoir la visite ni de son tailleur, ni de son bottier, ni de toute la fastidieuse cohorte des gens qui viennent frapper à votre poche ?

Remarquez en passant que les gens qui se permettent de vous demander de l'argent sentent tellement qu'ils sont dans leur tort, qu'ils s'empressent d'ajouter, pour pallier leur inconvenance, qu'ils ont un billet à payer.

L'excuse est pitoyable.

: te FOLIOLES

S'ils étaient véritablement embarrassés, ils n'embarrasseraient pas les autres.

Mais il n'est pas question de cel i.

Il s'agit du dernier avantage, le plus grand et le I lus inappréciable de tous, de celui qui suffirait seul à rendre la patrie reconnaissante envers l'inventeur :

IL N'Y AURA PLUS DE PORTIERSl!!

Il n'y aura plus de portiers!

De Calcutta aux îles Baléares, des îles Baléares au cap Vert, du cap Vert à la Villelte, l'univers fera entendre un immense cantique d'amour et de bonheur. L'oiseau dans le ciel, le poisson dans l'eau, le lion dans son antre, le renard dans son terrier, l'aigle d?ns son aire, les jeunes hommes aux brasseries, les vieillards à la Petite-Provence, les enfants dans les rues, les femmes partout, diront leur félicité en vers harmonieux; Dollingen au nez de pourpre et Pelloquet au nez d'albâtre, suivis de trois mille jeunes filles vêtues de blanc et couronnées de fleurs, portant des sistres d'or...

10LÏ0LES 25'

— T.out cela est fort joli, mais que deviendront les concierges?

Les concierges deviendront maigres.

Il y a à Paris dix-huit cents rues; chacune de cc-s rues possède, en moyenne, soixante maisons; soit: cent huit mille maisons, partant cent huit mille portiers et autant de portières; total: deux cent seize mille concierges. — C'est effrayant î

En supposant, et cela n'a rien d'invraisemblable, que chaque couple possède deux rejetons, un garçon et une fille, nous trouvons cent huit mille petits portiers de l'avenir et cent huit mille élèves du Conservatoire.

Poussons nos investigations statistiques jusqu'au bout.

Voilà quatre cent, trentre-deux mille gens délogés et uinés; qu'en faire?

L'inventeur de l'appareil conciergifuge propose de les interner purement et simplemeat au Champ de

Mars. Les jours de revue, ils seraient transférés dans a salle des Bouffes -Parisiens, au passage Choiseul.

Il est permis de penser que le gouvernement ne s'empressera pas d'adhérer à cette proposition, si l'on songe à ce qu'il faudrait de pot-au-feu, de ragoûts, de bols de café au lait, de gouttes de cognac, de tabac à priser, pour la consommation journalière de ces ennemis du réveil, sans compter leurs chats.

Pauvres bêtes ! on les donnerait aux zouaves.

Je trouve qu'il serait plus simple d'envoyer tous ces braves gens dans la Nouvelle-Calédonie, pour fonder une colonie.

Les sauvages de Kanak ne sont point comme nous; ils n'ont aucune raison pour ne pas aimer les portiers, puisqu'ils mangent les matelots, qui sont bien plus durs.

Décidément, la science est une belle chose.

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