‹ Le 14 juilletChapitre 10 sur 42 · LE COMMIS · texte numérisé non relu

LE COMMIS

Au secours !

Les uns rient, les autres crient.

LA FOULE, accourant

Holà ! — Venez voir ! — Qu'y a-t-il ? — C'est une aristocrate qui assomme un patriote ! — A l'eau !

DESMOULINS

Citoyens, c'est une plaisanterie...

LA FOULE, furieuse

A Teau !

HULIN, fendant la foule, qu'il domine de sa taille herculéenne

Holà ! — Il se met devant la Contât. Vous me connaissez bien, camarades. Je suis Hulin. Vous m'avez vu à l'œuvre, l'autre jour. J'ai enfoncé la porte de FAb-

baye, pour délivrer nos amis, les garde française emprisonnés. J'enfoncerai de même la tête du premier qui avance. Respect aux femmes, que diable ! Si vous voulez vous battre, l'ennemi ne manque pas. Allez le chercher !

LA FOULE

Il a raison. — Bravo ! — Pas du tout ! Elle nous a insultés î 11 faut qu'elle demande pardon ! — A genoux, l'aristocrate ! — Qu'elle crie : A bas la Reine !

LA CONTAT

Je ne crierai rien du tout. — a Desmoulins. Aidezmoi à monter. — EUe monte sur une table. Si VOUS m' ennuyez, je crierai : A bas Necker ! Hurlements. Vous ne m'intimidez pas. Croyez- vous me faire peur, parce que vous êtes une foule, et que vous avez cent gueules qui hurlent. Je n'en ai qu'une ; mais elle sait se faire entendi^e. J'ai l'habitude de parler au peuple. Je vous vois tous les soirs en face. Je suis mademoiselle Contât.

LA FOULE

Contât du Théâtre Français ! — du Théâtre français ! — Ah ! ah ! laisse voir ! — Silence !

LA CONTAT

Vous n'aimez pas la reine ? vous lui donnez son congé ? Est-ce que vous allez chasser de France

maintenant toutes les jolies femmes? Vous n'avez qu'à le dire : nous ferons notre paquet. Nous verrons ce qui se passera sans nous. — Vous m'amusez en m'appelant aristocrate. Je suis fille d'une friturière de harengs, qui avait son échoppe sous le Chàtelet. Je travaille comme vous. Jaime autant que vous Necker. Je suis pour l'Assemblée. Mais je ne puis souffrir qu'on me commande ; et je crois, têtebleu ! que si vous vous avisiez de vouloir me faire crier: Vive la Comédie! je crierais: à bas Molière ! Pensez ce que vous voulez. Il n'y a pas de lois contre la sottise. Mais il n'y a pas de lois non plus pour y obliger ceux qui gardent leur bon sens. J'aime la reine, je le dis.

"^ UN ÉTUDIANT

Je crois bien : elles sont de moitié ensemble. Elles ont toutes deux le comte d'Artois pour amant.

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