‹ Le 14 juilletChapitre 4 sur 42 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

Dimanche 12 juillet 1789, vers dix heures du matin. — Le jardin du Palais-Royal, vu du café de Foy. — Au fond, le « Cirque ». (i) A droite, un bassin aux eaux jaillissantes. Entre le Cirque et les galeries du Palais, une allée d'arbres. — Les marchands sont embusqués à la porte de leui*s boutiques, décorées d'enseignes patriotiques : Au Grand Xecker; A l'Assemblée Nationale. — Des filles, poitrine nue, épaules nues, et bras nus, empanachées d'énormes bouquets de fleurs, se promènent au milieu de la foule d'un air provocant. — Des colporteurs crient des journaux. — Des teneurs de tripots (et, parmi eux, GonchonJ circulent en robe de chambre, escortés d'hommes armés de gourdins. — Des « banquiers » en plein vent se glissent parmi les groupes, avec des tabourets-pliants sous le bras, s'installent un instant, déploient un jeu qui se pUe comme une carte, sortent des sacs d'argent, s'esquivent brusquement, et passent. — Foule remuante et inqriiète, incertaine de ses mouvements, qui s'assied devant les cafés, se lève, court au moindre bruit, monte sur les chaises et sur les tables, va, revient sur -se s pas, augmente peu à peu, jusqu'à la fin de l'acte, où les galeries et le jardin regorgent de telle sorte, que beaucoup montent aux arbres, se suspendent aux branches. Toutes les classes mêlées : — gueux faméliques et déguenillés, travailleurs, bourgeois, aristocrates, soldats, prêtres, femmes, enfants, dont quelques-uns continuent leurs jeux entre les jambes des promeneui's.

(1) C'était une enceinte couronnée d'une terrasse, et revêtue de treillages, qui s'élevait alors comme un bosquet fleuri, au milieu du jardin.

MARCHANDS DE JOURXAUX

Grand complot découvert ! . . . La famine ! Vlà la famine ! L'arrivée des égorgeurs !

LA FOULE, les appelant

Psst î... Par ici!

UN UOMME DU PEUPLE, anxieusement, à un bourgeois qui lit

Eh bien ?

LE BOURGEOIS

Ah ! mon ami ! ils viennent ! Les Allemands, les Suisses... Paris est cerné ! Dans un moment, ils seront ici !

l'homme du peuple Le Roi ne le permettra pas.

UN gueux Le Roi ? Il est avec eux dans le camp des Sablons, au milieu des Allemands.

l'homme du peuple Le Roi est un Français.

LE BOURGEOIS

Le Roi, oui. La Reine, non. L'Autrichienne nous hait. Son maréchal des brigands, le vieux de Broglie, a juré d'écraser Paris. Entre les canons de la Bastille et les troupes du Champ de Mars, nous sommes pris dans un étau.

UN ETUDIANT

Ils ne bougeront pas. Monsieur Xecker est à Versailles, et il veille sur nous.

LE BOURGEOIS

Oui, tant que monsieur Necker restera ministre, il ne faut pas désespérer tout à fait.

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