PATRU
mier. Or, il était entré force honnêtes gens ^ dans le lieu : il y avait presque tous les officiers du sceau, grands audienciers et autres, plusieurs secrétaires du Roi, quelques conseilliers et maîtres des requêtes. Tous ces gens-là étaient debout dernière nous, et même un peu éloignés de nous. M. le Chancelier était à la gauche de la Reine, mais du côté du feu ; vis-à-vis de lui, au côté droit de la princesse, mais du côté de la porte, le directeur, qui est M. de la Chambre 2, ensuite M. de Boisrobert, moi, M. Pellisson, M. Cotin, M. l'abbé Tallemant ^, et ainsi ensuite *. M. de Mézeray ^ était au bas bout de la table, vis-à-vis de la princesse, avec l'écritoire, le papier, le cahier et le portefeuille de la Compagnie ; et cela comme représentant le secrétaire. Le tour des chaises où nous étions assis passait derrière lui. Nous étions tous découverts, et M. le Chancelier comme nous. Après que nous eûmes pris nos places, le directeur se leva, et nous avec lui. M. le Chancelier demeura assis. Le directeur fit son compliment, mais si bas, que personne ne l'entendit : car il était tout courbé, et il n' y avait que la princesse et M. le Chancelier au plus qui pussent l'entendre. Je ne doute point que le directeur ne dît de fort bonnes choses, parce qu'il a tout l'esprit qu'il faut pour cela, et que la princesse même témoigna par ses gestes qu'elle était satisfaite.
Après le compliment fait, nous nous rassîmes : le directeur dit à la princesse qu'il avait fait un traité de la Douleur, pour ajouter à ses Caractères des Passions, et que, si Sa Majesté l'avait agréable, il lui en lirait le premier chapitre. « Fort volontiers », dit-elle. Il le lut, et, après l'avoir lu, il dit à la princesse qu'il n'en lirait pas davantage de peur de l'ennuyer. « Point du tout, dit-elle, car je m'imagine que le reste ressemble à ce que vous venez de lire. » Ensuite M. de Mézeray dit que M. Cotin avait quelques vers que sa Majesté trouverait sans doute fort beaux, et que, si elle l'avait agréable, on les lui lirait. M. Cotin prit aussitôt ses vers et les lut. Ils étaient fort beaux ^. C'étaient deux traductions de deux