‹ Le 17e Dix-septième siècle par les textes, morceaux choisesChapitre 157 sur 511 · DÉFENSE DE F O U Q U E T · texte numérisé non relu

DÉFENSE DE F O U Q U E T

Certes, sire, je ne puis croire que Votre Majesté puisse rap peler ces souvenirs ^ sans en être attendri. Que serait-ce, si elle voyait encore cet infortuné, même à peine connaissable ^ mais moins changé et moins abattu de la longueur de sa mala die et de la dureté de sa prison que du regret d'avoir pu dé plaire à Votre Majesté, et qu'il lui dît : « Sire, j'ai failli, si Votre Majesté le veut ; je mérite toutes sortes de supplices je ne me plains point de la colère de Votre Majesté ; souffrez seulement que je me plaigne de ses bontés. Quand est-ce qu'elles m'ont permis de connaître mes fautes et ma mauvaise conduite ? Quand est-ce que, par un clin d'œil seulement, Votre Majesté a fait pour moi ce que les maîtres ont fait pour leurs esclaves les plus misérables, ce qu'il est besoin que Dieu fasse pour tous les hommes et pour les rois mêmes, qui est de les menacer avant que de les punir ? Et de quoi n'aurais-je point été capable, de quoi ne le serais-je point, si Votre Majesté avait mieux aimé, si elle aimait mieux encore me corriger que me perdre ? »

Mais, sire, je détourne mes yeux de cette triste pensée. Votre Majesté voit combien il est digne de sa bonté et de sa grandeur de ne pas faire juger M. Fouquet par une chambre de justice, dont même plusieurs membres sont récusables ; qu'on ne saurait prouver les malversations dont on l'accuse, ni par son bien, car il n'en a point, ni par ses dépenses non plus, car il y a fourni par ses dettes et par plusieurs avantages légitimes ; qu'un compte du détail des finances ne se

1. Les souvenirs du temps où Fou- 2. Connaissable. Reconnaissable,

quet administrait les finances de De même connaître s'employait au l'Etat. sens de reconnaître.

Portrait de Fouquet

demanda jamais à un surintendant ; qu'homme vivant à sa pla€e ne le pourrait rendre ; que cette discussion est sujette à une infinité d'erreurs ; qu'il n'a point failli depuis que Votre Majesté lui a donné ses ordres elle-même ; que la mort de Son Eminence \ dont il les recevait auparavant, peut-être même que la soustraction de ses lettres lui ôtent tout moyen de se justifier ; qu'en plusieurs choses, comme on ne le peut nier, son administration a été grande, noble, glorieuse, utile à l'Etat et à Votre Majesté; que son ambition, quand elle passera - pour excessive, a mille sortes d'excuses, et ne doit être suspecte d'aucun mauvais dessein ; que ses services, ou du moins son zèle en mille rencontres, surtout dans les temps fâcheux et au milieu de l'orage, méritent quelque considération ; que la recherche de quelques surintendants ^, sujette à mille artifices de la calomnie et de l'envie, n'a produit aucune gloire aux rois prédécesseurs de Votre Majesté ^ ; que la douceur, que la bonté du grand Henri, son aïeul, en cette occasion et en mille autres, a été célébrée de mille louanges. C'en est assez pour espérer toutes choses de Votre Majesté. Qu'elle n'écoute plus rien qu'elle-même et les mouvements généreux de son cœur. Que l'histoire marque un jour dans ses monuments éternels : « Louis XIV, véritablement donné de Dieu ^ pour la restauration de la France, fut grand en la guerre, grand en la paix. Il effaça, par son application et par sa conduite, la gloire de tous ses prédécesseurs. Il n'aima qu'à répandre le sang de ses ennemis, il épargna celui de ses sujets. Il sut connaitre les fautes de ses ministres, les corriger et les pardonner. Il eut autant de bonté et de douceur que de fermeté et de courage, et ne crut pas bien représenter en terre ^ le pouvoir de Dieu, s'il n'imitait aussi sa clémence. »

{Péroraison du premier Discours.)

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