‹ Le 17e Dix-septième siècle par les textes, morceaux choisesChapitre 221 sur 511 · LES RÈGLES · texte numérisé non relu

LES RÈGLES

J'aime à suivre les règles ; mais, loin de me rendre leur

esclave, je les élargis et resserre selon les besoins qu'en a mon sujet, et je romps ^ même sans scrupule celle qui regarde la durée de l'action, quand sa sévérité me semble absolument incompatible avec les beautés des événements que je décris. Savoir les règles et entendre le secret de les apprivoiser adroitement avec notre théâtre, ce sont deux sciences bien diâerentes ; et peut-être que, pour faire maintenant réussir une pièce, ce n'est pas assez d'avoir étudié dans les livres d'Aristote et d'Horace. J'espère un jour traiter ces matières plus à fond et montrer de quelle espèce est la vraisemblance qu'ont suivie ces grands maîtres des autres siècles en faisant parler des bêtes et des choses qui n'ont point de corps. Cependant mon avis est celui de Térence : puisque nous faisons des poèmes pour être -^ représentés, notre premier but doit être de plaire à la cour et au peuple, et d'attirer un grand monde à leurs représentations \ Il faut, s'il se peut, y ajouter les règles, afin de ne déplaire pas aux savants et recevoir ^ un applaudissement universel ; mais surtout gagnons la voix publique ; autrement, notre pièce aura beau être régulière : si elle est sifflée au théâtre, les savants n'oseront se déclarer en notre faveur et aimeront mieux dire que nous aurons mal entendu les règles que de nous donner des louanges quand nous serons décriés par le consentement général de ceux qui ne voient la comédie que pour se divertir.

{Epître mise en teie de la Suivante et imprimée en 1637. )

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