‹ Le 17e Dix-septième siècle par les textes, morceaux choisesChapitre 241 sur 511 · Circonstances. Traits, particu- du mot · texte numérisé non relu

Circonstances. Traits, particu- du mot

larités. 1. De. Par. Cf. p. 11, n. 2.

Il lui fait ensuite parcourir divers endroits de ce livre où il a découvert cette vérité. Il lui fait prendre garde qu'il n'y est plus parlé de l'homme que par rapport à cet état de faiblesse et de désordre ; qu'il y est dit souvent que toute chair est corrompue, que les hommes sont abandonnés à leurs sens, et qu'ils ont une pente au mal dès leur naissance. Il lui fait voir encore que cette première chute est la source non seulement de tout ce qu'il y a de plus incompréhensible dans la nature de l'homme, mais aussi d'une infinité d'effets qui sont hors de lui, et dont la cause lui est inconnue. Enfin, il lui représente l'homme si bien dépeint dans tout ce livre, qu'il ne lui paraît plus différent de la première image qu'il lui en a tracée.

Ce n'est pas assez d'avoir fait connaître à cet homme son état plein de misère ; M. Pascal lui apprend encore qu'il trouvera dans ce même livre de quoi se consoler. Et, en effet, il lui fait remarquer qu'il y est dit que le remède est entre les mains de Dieu ; que c'est à lui que nous devons recourir pour avoir les forces qui nous manquent ; qu'il se laissera fléchir, et qu'il enverra même un libérateur aux hommes, qui satisfera ^ pour eux et qui réparera leur impuissance.

Après qu'il lui a expliqué - un grand nombre de remarques très particulières sur le livre de ce peuple, il lui fait encore considérer que c'est le seul qui ait parlé dignement de l'Etre Souverain et c^ui ait donné l'idée d'une véritable religion. Il lui en fait concevoir les marques les plus sensibles, qu'il applique à ^ celles que ce livre a enseignées ; et il lui fait faire une attention particulière sur ce qu'elle fait consister l'essence de son culte dans l'amour du Dieu qu'elle adore ; ce qui est un caractère tout singulier * et qui la distingue visiblement de toutes les autres religions, dont la fausseté paraît par le défaut de cette marque si essentielle.

Quoique M. Pascal, après avoir conduit si avant cet homme qu'il s'était proposé de persuader insensiblement, ne lui ait encore rien dit qui le puisse convaincre des vérités

1. Satisfera. Au sens absolu de 3. Applique à. Rapproche de, donnerasatisfaciion. Cî.p. 199, n. 5. confère avec.

2. Expliqué. Développé. Significa- 4. Singulier. Unique. Cf. p. 250, tion originelle du mot. n. 3.

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qu'il lui a fait découvrir, il Ta mis néanmoins dans la disposition de les recevoir avec plaisir, pourv^u qu'on puisse lui faire voir qu'il doit s'y rendre, et de souhaiter même de tout son cœur qu'elles soient solides et bien fondées, puisqu'il y trouve de si grands avantages pour son repos et pour l'éclaircissement de ses doutes. C'est aussi l'état où devrait être tout homme raisonnable, s'il était une fois bien entré dans la suite de toutes les choses que M. Pascal vient de représenter ; et il y a sujet de croire qu'après cela il se rendrait facilement à toutes les preuves qu'il apj)orta ensuite pour confirmer la certitude et l'évidence de toutes ces .vérités importantes dont il avait parlé, et qui sont le fondement de la rehgion chrétienne, qu'il avait dessein de persuader.

Pour dire en peu de mots quelque chose de ces preuves, après qu'il eut montré en général que les vérités dont il s'agissait étaient contenues dans un livre de la certitude duquel tout homme ^ de bon sens ne pouvait douter, il s'arrêta principalement au livre de Moïse, où ces vérités sont particulièrement répandues ; et il fit voir par un très grand nombre de circonstances indubitables qu'il était également impossible que Moïse eût laissé par écrit des choses fausses, ou que le peuple à qui il les avait laissées s'y fût laissé tromper, quand même Moïse aurait été capable d'être fourbe.

Il parla aussi de tous les grands miracles qui sont rapportés dans ce livre; et, comme ils sont d'une grande conséquence pour la religion qui y est enseignée, il prouva qu'il n'était pas possible qu'ils ne fussent vrais ^, non seulement par l'autorité du hvre où ils sont contenus, mais encore par toutes les circonstances qui les accompagnent et qui les rendent indubitables.

Il fit voir encore de quelle manière toute la loi de Moïse était figurative ; que tout ce qui était arrivé aux Juifs n'a^vait été que la figure des vérités accomplies à la venue du Messie ; et que, le voile qui couvrait ces figures ayant été levé, il était aisé d'en voir l'accomplissement et la consommation parfaite en faveur de ceux qui ont reçu Jésus-Christ.

1. Tout homme. Au lieu de nul équivaut à devait nécessairement homme, parce que ne pouvait douter être convaincu.

2. Qu'ils ne fussent. Qu'ils ne fussent pas. Cf. p. 18, n. 3.

M. Pascal entreprit ensuite de prouver le vérité de la religion par les prophéties ; et ce fut sur ce sujet qu'il s'étendit beaucoup plus que sur les autres. Comme il avait beaucoup travaillé là-dessus, et qu'il y avait ^ des vues qui lui étaient particulières, il les expliqua d'une manière fort intelligible ; il en fit voir le sens et la suite avec une facilité merveilleuse, et il les mit dans tout leur jour et dans toute leur force.

Enfin, après avoir parcouru les livres de l'Ancien Testament et fait encore plusieurs observations convaincantes pour servir de fondements et de preuves à la vérité de la religion, il entreprit encore de parler du Nouveau Testament et de tirer ses preuves de la vérité même de l'Evangile.

Il commença par Jésus-Christ; et, quoiqu'il l'eût déjà prouvé invinciblement par les prophéties et par toutes les figures de la loi, dont on voyait en lui l'accomplissement parfait, il apporta encore beaucoup de preuves tirées de sa personne même, de ses miracles, de sa doctrine et des circonstances de sa vie.

Il s'arrêta ensuite sur les Apôtres ; et, pour faire voir la vérité de la foi qu'ils ont publiée hautement partout, après avoir établi qu'on ne pouvait les accuser de fausseté qu'en supposant ou qu'ils avaient été des fourbes, ou qu'ils avaient été trompés eux-mêmes, il fit voir clairement que l'une et l'autre de ces suppositions étaient également impossibles.

Enfin il n'oublia rien de tout ce qui i^ouvait servir à la vérité de l'histoire évangéhque, faisant de très belles remarques sur l'Evangile même, sur le style des évangélistes et sur leurs personnes ; sur les apôtres en particulier, et sur leurs écrits ; sur le nombre prodigieux de miracles ; sur les martyrs, ^ur les saints ; en un mot sur toutes les voies par lesquelles la religion chrétienne s'est entièrement établie. Et, quoiqu'il n'eût pas le loisir, dans un simple discours, de traiter au long une si vaste matière, comme il avait dessein de faire dans son ouvrage, il en dit néanmoins assez pour convaincre que tout cela ne pouvait être l'ouvrage des hommes...

{Préface de la première édition des Pensées, donnée par Port- Boy al.)

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