‹ Le 17e Dix-septième siècle par les textes, morceaux choisesChapitre 279 sur 511 · MADAME DE SÉ\'IGNÉ · texte numérisé non relu

MADAME DE SÉ\'IGNÉ

d'abord \ et que, lorsque nous cherchions quelques formalités pour avoir le consentement de Neuchèse -, l'impatience vous prit. Et, m'étant trouvée^ par malheur assez imparfaite de corps et d'esprit pour vous donner sujet de faire un fort joli portrait de moi, vous le fîtes et vous préférâtes à notre ancienne amitié, à notre nom et à la justice même, le plaisir d'être loué de votre ouvrage. Vous savez qu'une dame de vos amies ^ vous obligea ^ généreusement de le brûler ; elle crut que vous l'aviez fait, je le crus aussi ; et, quelque temps après, ayant su que vous aviez fait des merveilles sur le sujet de M. Fouquet et le mien ^, cette conduite acheva de me faire revenir ; je me raccommodai avec vous à mon retour de Bretagne ; mais avec quelle sincérité ! Vous le savez. Vous savez encore notre voyage de Bourgogne, et avec quelle franchise je vous redonnai toute la part que vous aviez jamais eue dans mon amitié : je revins entêtée ^ de votre société. 11 y eut des gens qui me dirent en ce tempslà : « J'ai vu votre portrait entre les mains de madame de la Baume '^j je l'ai vu. » Je ne répondis que par un sourire dédaigneux, ayant pitié de ceux qui s'amusaient à croire à leurs yeux. « Je l'ai vu, me dit-on encore au bout de huit jours ; )) et moi de sourire encore. Je le dis en riant à Corbinelli ; je repris le même sourire moqueur qui m'avait déjà servi en deux occasions, et je demeurai cinq ou six mois de cette sorte ^, faisant pitié à ceux dont je m'étais moquée. Enfin le jour malheureux arriva où je vis moi-même, et de mes propres yeux bigarrés i°, ce que je n'avais pas voulu croire. Si les cornes me fussent venues à la tête, j'aurais été bien moins étonnée. Je le lus et je le relus, ce cruel portrait; je l'aurais trouvé très joli, s'il eût été d'un autre que de moi et d'un autre que de vous. Je le trouvai même si bien en-

1. D'obord.Tout d'abord. Cf.p.130, 7. Entêtée. Eprise de, passionnée n. 1. pour.

2. Héritier de l'évêque de Châlon. 8. M ""^«^ de la Baume s' était procuré

3. M'étant trouvée. Cf. p. 31. n. 9. une copie des Amours des Gaules,

4. La marquise de Montglas, où se trouve le portrait, et l'avait nommée plus l3in. fait imprimer.

5. 0/)7/grea.Engagea. Cf. p. 105, n.6. 9. De cette sorte. Dans cet état

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