‹ Le 17e Dix-septième siècle par les textes, morceaux choisesChapitre 285 sur 511 · A LA MÊME · texte numérisé non relu

A LA MÊME

Paris, 16 mars 1672.

... Je suis au désespoir que vous ayez eu Bajazet par d'autres que par moi : c'est ce chien de Barbin ^, qui me hait, parce que je ne fais pas des Princesses de Clèves et de Montpensier -. Vous en ^ avez jugé très-juste et très-bien, et vous aurez vu que je suis de votre avis. Je voulais vous envoyer la Champmêlé pour vous réchauffer la pièce. Le personnage de Bajazet est glacé ; les mœurs des Turcs y sont mal observées, ils ne font point tant de façons pour se marier ; le dénoûment n'est point préparé : on n'entre point dans les Taisons de cette grande tuerie. Il y a pourtant des choses agréables ; et rien de parfaitement beau, rien qui enlève, point de ces tirades de Corneille, qui font frissonner. Ma fille, gardons-nous bien de lui comparer Racine, sentonsen * la différence ; il y a -^ des endroits froids et faibles, et jamais il n'ira plus loin qu' Alexandre ^ et qu' Aîidromaque. Bajazet est au-dessous, au sentiment de bien des gens, et au mien, si j'ose me citer. Racine fait des comédies " pour la Champmêlé, ce n'est pas pour les siècles à venir. Si jamais il n'est plus jeune, et qu'il cesse d'être amoureux, ce ne sera plus la même chose. Vive donc notre vieil ami Corneille ! Pardonnons-lui de méchants vers en faveur des divines et sublimes beautés qui nous transportent : ce sont des traits de maître qui sont inimitables. Despréaux en dit encore plus que moi ; et, en un mot, c'est le bon goût, tenez- vous-y...

Montélimar, jeudi 5 octobre 1673.

Voici un terrible jour ^, ma chère enfant ; je vous avoue que je n'en puis plus. Je vous ai quittée dans un état qui

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