Un Patru très Pa/ru. c'est-à-dire 4. Vers
très sévère. Cf. le début de la lettre. 5. Feignit. Imagina.
peut penser, et comme il le raconte lui-même, ne tarda guère à les y venir troubler et produisit quantité d'événements considérables. D'Urfé y fit arriver toutes ses aventures, parmi lesquelles il en mêla beaucoup d'autres et enchâssa les vers dont j'ai parlé, qui, tout méchants qu'ils étaient, ne laissèrent pas d'être soufferts et de passer à la faveur de l'art avec lequel il les mit en œuvre : car il soutint tout cela d'une narration également^ vive et fleurie, de fictions très ingénieuses et de caractères aussi finement imaginés qu'agréablement variés et bien sui\às. Il composa ainsi un roman qui lui acquit beaucou23 de réputation et qui fut fort estimé, même des gens du goût le plus exquis, bien que la morale en fût fort vicieuse, ne prêchant C{ue l'amour et la mollesse et allant quelquefois jusqu'à blesser un peu la pudeur. Il en fit quatre volumes qu'il intitula Astrée, du nom de la plus belle de ses bergères; et sur ces entrefaites étant mort-, Baro, son ami^, et, selon quelques-uns, son domestique ^, en composa sur ^ ses mémoires un cinquième tome qui en formait la conclusion et qui ne fut guère moins bien reçu que les quatre autres volumes. Le grand succès de ce roman échauffa si bien les beaux esprits d'alors, qu'ils en firent à son imitation quantité de semblables dont il y en avait même de dix et de douze volumes ; et ce fut quelque temps comme un espèce de débordement sur le Parnasse. On vantait surtout ceux de Gomberville, delà Calprenède, de Desmarets et de Scudéry. Mais ces imitateurs, s'efforçant mal à propos d'enchérir sur leur original et prétendant ennoblir ses caractères, tombèrent, à mon avis, dans une très grande puérihté ; car, au lieu de prendre comme lui j)our leurs héros des bergers occupés du seul soin de gagner le cœur de leurs maîtresses, ils prirent, pour leur donner cette étrange ^ occupation, non seulement des princes et des rois, mais les plus fameux capitaines de l'antiquité, qu'ils peignirent pleins du même esprit que ces bergers, ayant à leur exemple fait comme une espèce de vœu de ne parler jamais et de n'entendre jamais parler que d'amour. De sorte