‹ Le 17e Dix-septième siècle par les textes, morceaux choisesChapitre 411 sur 511 · L'ACADEMIE FRANÇAISE ET LA LANGUE · texte numérisé non relu

L'ACADEMIE FRANÇAISE ET LA LANGUE

.... Vous êtes, Messieurs, un conseil réglé et perpétuel, dont le crédit, établi par l'approbation publique, peut réprimer les bizarreries de l'usage, et tempérer les dérèglements de cet empire trop populaire ^. C'est le fruit que nous espérons recevoir bientôt de cet ouvrage admirable que vous méditez ; je veux dire ce trésor de la langue, si docte dans ses recherches, si judicieux dans ses remarques, si riclie et si fertile dans ses expressions -. Telle est donc l'institution de l'Académie ; elle est née pour élever la langue française à la perfection de la langue grecque et de la langue latine. Aussi a-t-on vu, par vos ouvrages, qu'on peut, en parlant français, joindre la délicatesse et la pureté attiques à la majesté romaine. C'est ce qui fait que toute l'Europe apprend vos écrits ; et, quelque peine qu'ait l'ItaHe d'abandonner tout à fait l'empire, elle est prête à ^ vous céder celui de la politesse * et des sciences.

Par vos travaux et par votre exemple, les véritables beautés du style se découvrent de plus en plus dans les ouvrages français, puisque on y voit la hardiesse, qui convient à la liberté, mêlée à la retenue, qui est l'effet du jugement et du choix. La licence est restreinte par les préceptes ; et toutefois vous prenez garde qu'une trop scrupuleuse régularité, qu'une délicatesse trop molle, n'éteigne le feu des esprits et n'affaiblisse la vigueur du style. Ainsi nous pouvons dire, Messieurs, que la justesse est devenue par vos soins le partage de notre langue, qui ne peut plus rien endurer ni d'affecté, ni de bas : si bien qu'étant sortie

1. Cf. Vaugelas, p. 165-166. 3. Prêle à. Dans le sens de près de.

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