‹ Le 17e Dix-septième siècle par les textes, morceaux choisesChapitre 436 sur 511 · MORT DE TURENNE · texte numérisé non relu

MORT DE TURENNE

Cette funeste nouvelle se répandit par toute la France comme un brouillard épais qui couvrit la lumière du ciel, et remplit tous les esprits des ténèbres de la mort. La terreur et la consternation la suivaient. Personne n'apprit la mort de M. de Turemie qu'il ne crût d'abord l'armée du roi taillée en pièces, nos frontières découvertes, et les ennemis prêts à pénétrer dans le cœur de l'Etat ; ensuite, oubliant l'intérêt général on n'était sensible qu'à la perte de ce grand homme. Le récit de ce funeste accident tira des plaintes de toutes les bouches et des larmes de tous les yeux. Chacun à l'envi faisait gloire de savoir et de dire quelque particularité de sa v'e et de ses vertus : l'un disait qu'il était aimé de tout le monde sans intérêt ^ ; l'autre, qu'il était parvenu à être admiré sans envie ; un troisième, qu'il était redouté de ses ennemis sans en^ être haï. Mais enfin, ce que le roi sentit sur cette perte est le plus grand et le plus glorieux éloge de sa vertu. Les peuples répondirent à la douleur de leur prince ; on vit, dans les villes par où son corps a passé, les mêmes sentiments que l'on avait vus autrefois dans l'empire romain, lorsque les cendres de CTcrmanicus furent portées de la Sj^ie au tombeau des Césars. Les maisons étaient fermées ; le triste et morne silence qui régnait dans les places publiques n'était interrompu que par

1. L'J^g-ZfseducjeZ. «L'Église triom- 2. .Sons fn/érêf. Sans arrière-pensée

phante » par opposition à « l'Église d'intérêt, militante». 3. En. Par eux. Cf. p. 30, n. 6.

les gém'ssements des habitants ; les magistrats en deuil eussent volontiers prêté leurs éj)aules pour le porter de v lie en ville; les prêtres et les religieux, à l'envi, raccompagnaient de leurs larmes et de leurs prières ; les villes, pour lesquelles ce triste spectacle était nouveau, faisaient paraître une douleur encore plus véhémente que ceux qui l'accompagnaient ; et comme si, en voyant son cercueil, on l'eût perdu une seconde fois, les cris et les larmes recommençaient.

{Ibid.)

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