ODE AU COMTE DE BUSSY
Bussy, notre printemps s'en va presque expiré ; Il est temps de jouir du rejjos assuré
Où l'âge nous convie ; Fuyons donc ces grandeurs qu'insensés nous suivons, Et, sans penser plus loin, jouissons de la vie
Tandis que nous l'avons.
Donnons quelque relâche à nos travaux j^assés ^ ; Ta valeur et mes vers ont eu du nom = assez
Dans le siècle où nous sommes ; Il faut aimer notre aise ^, et, pour vivre contents, Acquérir par raison ce qu'enfin tous les hommes
Acquièrent par le temps.
Que te sert de chercher les tempêtes de Mars
Pour mourir tout en vie au miUeu des hasards
Où la gloire te mène ?
1. Eut sa oie expirée. Eut expiré vers et un entrelacement de rimes sa vie. Cf. p. 12, n. 5. plein de nonchalance. » (Sainte-
2. /{eZiyue. Reste. Le mot n"a plus Beuve, Lundis, t. VIII). aujourd'hui qu'un sens spécial. 4. Notons dans cette pièce deux
3. Racan... a encore imité Ho- rimes masculines différentes de suite, race avec bonheur dans son ode l'une à la fin de la strophe, et l'autre au comte de Bussy (Quid bellico- au commencement de la suivante. sus Cantaber...). Les amateurs re- 5. Snm. Renom, marqueront, dans le rythme qu'il 6. .4i.se. Plus fort que dans l'usage emploie, une heureuse coupe de actuel. Cf. p. 14, n. 2.
RACAX 53
Cette mort qui promet un si digne loyer ^ N'est toujours que la mort qu'avecque ^ moins de peine L'on trouve en son foyer.
Que sert à ces galants ^ ce pompeux appareil Dont ils vont dans la lice éblouir le soleil
Des trésors du Pactole ?
La gloire qui les suit après tant de travaux Se passe en moindre temps ^ que la poudre ^ qui vole
Du pied de leurs chevaux.
A quoi sert d'élever les murs audacieux
Qui de nos vanités font voir jusques aux cieux
Les folles entreprises ?
Maints châteaux, accablés dessous ^ leur propre faix, Enterrent avec eux les noms et les devises
De ceux qui les ont faits...